mardi 16 février 2010

archives (1) le juif de lascaux, projet de film abandonné (c'est l'amorce de la version/roman, qui devait être un best seller ...)
1.
Lascaux n'était pas son vrai nom. D'abord, c'était DE Lascaux, Juif de Lascaux exactement. Drôle de nom,drôle de rencontre. Rencontre avec qui, d'abord? Avec moi évidemment. Pourquoi "évidemment"? Parce que.
Dire que ma vie fut changée par cette rencontre est un euphémisme. Depuis que je connais Juif de Lascaux, je ne suis plus le même. Avant, j'étais insouciant, léger, inconsistant. Je flottais aau dessus de moi-même comme un nuage, mon propre nuage. Où j'allais m'importait peu, je ne savais même pas que j'y allais. Disons que je passais ma vie à battre des oeufs en neige comme d'autres, les enfants, les saints, battent des mains au moindre bruissement d'ailes du premier ange qui passe. C'est joli ce que je viens d'écrire, vous ne trouvez pas? C'est assez pour aujourd'hui, non?

2.
Juif, il ne l'était pas. Enfin, je pense qu'il ne l'était pas. La thèse d'un Lascaux juif avait circulé un temps, véhiculée en particulier par Goyave de St André, une mauvaise langue qui prétendait que non seulement Juif de Lascaux n'était pas noble, mais qu'il avait usurpé à la fois son nom et le titre de Comte de Lascaux. Selon Goyave, il s'appelait en réalité Suif de Laakov (ou Levi de Laakov) et venait d'un village reculé d'Ukraine ou de Pologne. Comment il avait réussi à fuir les hordes de nazis qui déferlaient comme des Huns sur les autres membres de sa tribu, resterait toujours un mystère. Comment il avait réussi à changer de nom et à s'imposer aussi vite à la bonne société française était une énigme au moins aussi secrète pour ceux qui répandaient ces rumeurs sur lui, en premier lieu pour Goyave de St André. Jaloux, Goyave? Evidemment.

3.
Ai-je dit à quel point Juif de Lascaux prenait soin de son apparence? Jamais un faux pli à ses vêtements qui n'ait été soigneusement calculé, ou une ride au coin de ses lèvres qui n'ait été entretenue. Rouges, les lèvres? Evidemment. Il était comme ça, Juif. Rouge de la bouche aux cheveux. Tout rouge? Oui.
Ses amis l'appelaient Dorian Le Gris parcequ'il exigeait de son miroir qu'il lui rappelle que sans faire le moindre effort, il était le maître des lieux. Les lieux, quels lieux? Les siens, les miens,ceux que dans le beau monde, on ne prend même pas la peine de nommer. On dit "le monde", c'est tout.

4.
J'étais arrivé le premier ce jour là. Au café où Juif et ses amis se réunissaient, il n'y avait encore personne. Le soir n'était pas tombé, moi non plus. Je tenais encore sur mes jambes, je pouvais examiner de près la place de chacun.Chaque place vide était déjà pleine de la personne qui allait précisément l'occuper. Grenadine, Bleuette, Myrtille, chacune des femmes du juif exhalait par avance son parfum entêtant. Curieusement, aucun de ces parfums ne se mélangeait jamais à un autre. Mais les femmes du juif se mélangeaient-elles? Même si elles occupaient chaque soir la même place, elles s'ignoraient absolument, attendant chacune de son côté que Juif veuille bien lui faire la conversation. Leur faisait-il autre chose? Il est trop tôt pour le dire. Disons qu'il les courtisait à sa manière, toute juive en somme.
Et les hommes? Combien étaient-ils? Il est aussi trop tôt pour le dire. Disons qu'ils le courtisaient chacun à sa manière, toute juive en somme.
C'était une drôle de compagnie, c'est tout ce qu'on peut dire. Pour l'instant, c'est tout.

5.
Juif de Lascaux n'avait que 35 ans mais il avait déjà vécu plusieurs vies. Comment est-ce possible? C'est possible, c'est tout. Question de vitesse? Ah non, vraiment pas. Dédoublement de la personnalité? Mieux que ça. Disons que Juif mernait sept ou huit vie parallèles en même temps. Comment faisait-il? Il le faisait, c'est tout. Ca lui venait tout seul. Il était né comme ça, avec ce curieux pouvoir qui lui avait été donné comme un prénom en plus ou une seconde religion. Il faisait avec, c'est tout. Certaines de ses vies (conducteur de calèche à Izmir, vendeur de journaux au Caire, professeur d'anglais à mi-temps à Asmara) n'avaient pas plus d'intérêt que ça. Elles étaient presque monochromes à force d'ennui. D'autres vies lui avaient laissé de sérieux souvenirs. Elles le submergeaient de temps en temps sans prévenir. Son cerveau s'y était fait. Lui aussi.
Il avait été écrivain de science-fiction, cette vie là le ravissait souvent à lui-même. Des lambeaux de vie, des lambeaux de texte lui soufflaient au visage très tôt le matin. Avait-il été un grand écrivain seulement? Il aimait à penser que oui. Il avait été délirant, prophétique, défoncé du matin au soir. Il avait aimé ça.Il se rappelait avoir aimé ça.

6.
Il avait écrit un livre qui portait son nom, à un article près. Le livre s'appelait LE juif de Lascaux, ce qui ne sonne pour le moins pas pareil. Ca ne veut pas non plus tout à fait dire la même chose. LE JUIF DE LASCAUX, contrairement aux autres livres de Juif de Lascaux,n'était pas un livre de science-fiction à proprement parler. Un vrai livre de science-fiction n'est jamais comme un autre, objectera-t-on,ce qui n'est pas faux. Disons alors plus simplement que ce lIvre là ne resseblait à rien.Plutôt que de l'anticipation, c'était comme un bond en arrière dans le temps,un retour aux sources les plus archaïques de son imaginaire torturé. Comment retourner en arrière, au rouge cuisant des origines? Comment se retrouver nu, sans rien pour se cacher des autres et du monde? Comment remonter aux temps d'avant le temps? Pour Juif de Lascaux,ce livre était une fantaisie pré-civisationnelle qui ne ressemblait à rien de balisé, rien de connu. Pour lui aussi, pour lui surtout, c'était un saut absolu et sans espoir de retour dans l'inconnu. "Rien de connu", c'est ce que les critiques auraient écrit s'ils avaient lu le livre, mais voilà, il n'était jamais paru. On raconte que le manuscrit avait été détruit à Saragosse, un soir de Sabbath. Des fragments furent retrouvés des années plus tard du côté de Buenos Aires (Borges en eût une copie très abimée, dit-on). Tout ça avait-il existé? Cerains soirs, Juif en doutait. Mais il doutait de tout ces soirs là, même de lui-même. Et s'il n'était qu'une pure fiction? Il frissonna et se rendormit.Je décidais de faire de même.

7.
Retenez ce chiffre, "sept".Si vous l'oubliez, vous prenez un grand risque. Lui ne vous oubliera pas. Sept hommes échevelés le regardaient derrière les buissons. Il était nu, il était roux, il avait honte. La fille était à peine plus vêtue que lui. L'avait-elle vu? Il jurerait qur lui si on lui demandait.
Il avait trop froid pour penser. Dieu que la fille était belle. Elle était de leur clan, c'est sûr. Le clan de la caverne, le clan de la grotte. Il était juif mais il avait oublié ce que celà voulait dire. Comment était-il arivé là? Sur quel engin spatial, quel rêve inopiné? Quelle était cette caverne? Qui étaient ces hommes? Où était-il?
skorecki déménage (louis rostain/louis skorecki)


LA RAFLE

il arrive que l'abjection d'un film se lise sans même qu'on ait eu à le voir ...
éviter la Rafle, c'est respecter ce qui reste de cinéma dans le cinéma
putain de pétain, toujours là dans les corps et les esprits d'une france sous influence, trouillarde et dénonciatrice comme avant, comme si rien, ne s'était passé ... et si rien ne s'était passé? ... s'il n'y avait jamais eu de lettres anonymes? ... et si les juifs n'étaient pas passé par ce drôle de pays fuyant?
putains de juifs, même pas fichus de faire la différence entre un bourgeois sépharade de casa (gad el maleh) et un paysan russe ou polonais du shtetl (ashkénaze de mère en fils depuis vingt-et-une générations)? ... .... ....
putain de baal shem tov (israel ben eliezer, 1698-1760), l'inventeur oublié du hassidisme, charretier visionnaire qui parlait à dieu dans les yeux ... et qui l'engueulait s'il le fallait ... .... .... en moins d'un siècle la ferveur se tarit: "c'est à partir de la quatrième génération, dit martin buber dans les récits hassidiques, son grand oeuvre, "qu'on fixe d'habitude le début de la décadence du mouvement hassidique"
putain de longue litanie de rabbins magiques: le grand maggid de mezrtish (dov barer); son fils, abraham, l'ange; pinhas de koretz et son école; menahem mendel de vitebsk; levi yitzhak de berditchev; elimelekh de lisensk; schnéour zalman de ladi (le rav); shlomo de karlin; israël de kosnitz; yaakov yitzhak de lublin (le voyant); yaakov yitzhak de pjyzha (le juif); simha bounam de pjyzha; enokh d'alexander ... et c'est à peu près tout .... jusqu'au rabbi nachman et ses contes abstraits, codés, dignes d'un arrière petit fils du baal shem tov, et qui a détruit tout ce qu'il a écrit, sauf ses contes cryptés, kabbalistiques, indéchiffrables ...
putains de rabbins mélancoliques ou déprimés (le pire défaut selon dieu, qui n'aime que la joie évidemment), qui pleurent l'abandon de dieu, la fin du mouvement, sa décadence ... et voici que la pensée hassidique s'étiole, dégénère jusqu'aux années grotesques, aux années modernes, où des petits enfants de juifs tunisiens ou marocains se travestissent (redingote noire, feutre noir, pensées noires) en hassidiques purs et durs .... ..... .... .... .... ..... .....
putain de simulacre qui permet à un juif de prendre impunément la place d'un autre (un juif massivement mort, gazé, cramé) sans que qui que ce soit, juif ou pas, n'y trouve à redire ... j'aurais évidemment préféré, dans cette Rafle putassière qui prend le monde à témoin de sa bonne foi, qu'un catholique bon teint ou un musulman intégriste, interprète le personnage du juif polonais condamné à mourir en holocauste, mais tant pis, ça ne choquera jamais que moi ...
et c'est gad el maleh qu'on rafle? tu veux rire ou quoi? quant à moi, je regrette le temps heureux, disons avant 1956, ou la figure du juif n'avait pas encore été inventée, ce temps délicieux ou le jeune skorecki, treize ans, se sentait mieux dans ses baskets ... ... peut-être parce qu'il ne savait pas encore qu'il l'était, juif
(je n'ai pas vu ce film, je n'irai pas le voir, un ou deux extraits télé suffisent)

bob dylan - positively 4th street/1965/1999



LOUIE LOUIE



par adrian martin et guillaume ollendorff


"A movie exists only once. Then basta. Seeing it again for pleasure – OK, why not? But the idea of ‘re-evaluating’ a movie is a nonsense, a heresy, a horror. Ban this ‘re-evaluation’ business from your life. If the movie seems not so good the second or the third time around, then tell yourself that you are the one who's wrong".


You can read Louis Skorecki on-line, but that’s nothing like reading him in the newspaper, each day, several days a week. There are people who text each other, over breakfast, with the most outrageous things that Skorecki has just said in his column in the French newspaper Libération, which he has been writing for years. It is literally a column: one long column, hard to cut out successfully, with one small photo always in the same spot in the middle. The page is devoted to television; and Skorecki’s section is titled ‘Le Film’, meaning the film-of-the-day on TV – free-to-air or cable TV. But Skorecki makes a point of returning to certain films, and certain filmmakers again and again, and even recycling his own texts, with only slight changes.

dimanche 7 février 2010

which country hero do you prefer: johnny cash or dick curless?


young johnny cash posing as young johnny cash/old dick curless posing as baron of arizona, prince of maine, raoul walsh revisited

vendredi 5 février 2010

three immaculate versions of syd barrett's dark globe, the first one is an alternate take by syd himself, then a lovely reading by R.E.M, and a live version by robyn hitchcock (both from a mojo cd) ... i've always loved syd barrett's music, in a way he's my singing salinger ...



SYD BARRETT REVISITED

Il fallait oser. Refaire le premier album de Syd Barrett, The Madcap Laughs, cette sublime complilation déjantée de comptines anglo-orientales, c’était pour le moins casse-gueule . Limite sacrilège. Mais quand il s’agit d’oser, les anglais de Mojo ne prennent pas de gants : il suffit de se rappeler du superbe remake d’Abbey Road, le dernier vrai Beatles, ou du très beau travail sur Highway 61 Revisited de Dylan dont j’avais parlé ici, en insistant sur la version étonnante que The Handsome Family avait donnée de Just Like Tom Thumb’s Blues. Tout ce travail, cette intelligence de production, pour un simple disque gratuit collé sur la couverture, qui fait encore ça?
Se rappeler d’abord de l’importance inouïe des deux albums de Syd Barrett : avec les quelques chansons gamines du premier Pink Floyd (The Piper At The Gates of Dawn), et ses deux ou trois singles pour le groupe (Arnold Layne, See Emily Play, Apples and Oranges), ils forment un univers fragile d’enfance inaboutie, nuageuse, évaporée, droguée, entêtée, rêveuse, qui flottera des années après la mort de ce jeune homme si beau aux yeux chargés de khôl ... ... ...
(à suivre dans ROLLING STONE)
pure singing trombone genius: jack teagarden/don't smoke in bed

mercredi 3 février 2010

crooner's corner
frank sinatra/the moon was yellow/deux versions sublimes de 1962 -fin de la période capitol, début des années reprise (japon, angleterre)

mardi 2 février 2010

pleurer dans le noir/penser dans le noir

pas de hors-champ chez charles laughton comme l'ont écrit les imbéciles: tout est dans le champ, dans le plan, suffit de regarder, de penser, de rêver

night of the hunter (lilian gish/robert mitchum)/charles laughton & james agee

pleurer en plein jour, à la télévision (jean richard/maigret/ 1977)

réalisation: jean kerchbron

un style de chanteur méconnu: crooner country

bing crosby l'a inventé, dean martin l'a porté à la perfection

gentle on my mind (his best sentimental country song)/ please compare with dean martin & bing crosby's great duo, just opposite, left column

bing crosby sings harold arlen and ira gershwin's romantic song, the search is through to the beautiful grace kelly ( (the country girl, 1954)/
please compare with bing crosby's fabulous early cowboy performance, just opposite, left column
.... .... sinatra, c'est autre chose ... ce n'est pas exactement un crooner, il est plus qu'un crooner, moins qu'un crooner, un trombone chantant qui aurait la légèreté détachée d'un ange .... sinatra? disons que c'est dieu

DYLAN, MARS 2010 (suite)

bob dylan/watching the river flow (tokyo)

une version fabuleuse de don't think twice, it's alright

tokyo, 2010
dylan à nagoya/japon, vendredi 19 mars 2010

things have changed (osaka, 11/03/10)/et autres vidéos volées: à 7O ans dylan chantera comme un dieu

bob dylan/things have changed ... listen well ... enjoy

tryin' to get to heaven/senor/man in the long black coat (bob dylan/osaka/dimanche 14 mars 2010)




bob dylan chante leopard skin pill box hat et rainy day women n°2010 à nagoya (19/03/2010)

AUTRES DYLAN (tokyo, osaka, séoul ....)

forever young/bob dylan à tokyo, lundi 29 mars 2010 (septième concert)
BOB DYLAN A TOKYO (SIXIEME CONCERT, DIMANCHE 28 MARS 2010): ballad of a thin man

BOB DYLAN: lay lady lay/LOVE MINUS ZERO (NO LIMIT) (dimanche 28 mars 2010), TOKYO)


po' boy, 1ère version, 2010/po boy, version lente (tokyo, cinquième concert)



bon dylan/i feel a change coming on (cinquième concert de tokyo)

slowest dramatic version of "forgetful heart "... /masters of war (tokyo 2010, 2ème concert)


bob dylan: memphis blues again (tokyo 2)/memphis blues again (tokyo 3)/it ain't me babe (tokyo 3))



bob dylan/girl from the north country, nagoya, first show
bob dylan/girl from the north country, nagoya, first show

every grain of sand/+ real new strange version of "the lonesome death of hattie carroll"


bob dylan's ballad of a thin man (tokyo, march 2010)

DEAN MARTIN, BING CROSBY, JIMMY DURANTE, ETC ....

jimmy durante/dean martin: young at heart/bob dylan (it's all over now baby blue, 29/03/2010))



dean martin as the ultimate country singing star (rio bravo, hawks, 1958)
maître et disciple, crooner et crooner/bing crosby & dean martin
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bing crosby, the first country crooner sings his most famous cowboy song

ethel waters and lee wiley/maître(sse) et disciple (films d'occasion productions)


bob dylan/knockin' on heaven's door (sheryl crow:accordéon, vocals, 1997)



bob dylan/young but daily growing (bleecher apartment tapes, 1962)

BOB DYLAN/JUST LIKE A WOMAN/HIGH WATER (FOR CHARLEY PATTON)(SEOUL, 31 MARS 2010)


BOB DYLAN/LAY, LADY LAY/I'LL BE YOUR BABY TONIGHT/(SEOUL, 31 MARS 2010)



ET MEMPHIS BLUES AGAIN/LEVEE'S GONNA BREAK (SEOUL, 31/03/2010)


like a rolling stone, long version (osaka, 13/03/2010)

SKORECKI DEMENAGE .... DANS UNE DIZAINE DE JOURS A BRIVE

don't think twice, it's alright .... a lovely new version



sur suggestion de tim ("drôle, la ligne mélodique... ... on pense aux stones!!")/the rolling stones/i'm alright (bo diddley)

dean martin/bobby troup/they didn't believe me

this bootleg version of billy/from pat garrett and billy the kid to salute ZANZIBAR QUARTERLY




BOB & BONNIE
Si vous me lisez depuis longtemps, vous savez que j’adore me répéter. Ressasser, radoter, ça fait partie du crédo d’un ex-cinéphile qui n’a pas su guérir de son amour du cinéma, un ex-cinéphile qui n’a jamais que deux ou trois idées, pas plus, mais qui ne les lâche pas, comme un chien ne lâche jamais son maître. Plutôt se laisser enterrer avec lui que l’abandonner. En relisant sept ou huit chroniques écrites entre 2002 et 2007, sur Dylan dans Pat Garrett & Billy le Kid (reproduites dans le premier numéro d’une belle revue, Zanzibar QUATERLY & co), je me disais une fois de plus: tu radotes, Skorecki, mais tu es le seul à le faire si bien.
Voici la première de ces chroniques aléatoires:

PAT GARRETT & BILLY LE KID (Libération, 2002)
Au début des années 60, quand il zonait dans le village avec Pierre Cottrel, Dylan n'imaginait ce qu'il allait devenir : la mémoire ambulante de la musique populaire américaine, un crooner tardif, et même un acteur à succès. Le moins étonnant, dans sa métamorphose, c'est la greilmarcusation de son image, sa transformation en roi roots de l'Amérique blanche. Depuis Love and Theft, on sait que Dylan le vrai Dylan, se trouve plutôt du côté des black minstrels. Du coté de la peur, mêlée de fascination, des petits blancs pour les noirs. Il doit y avoir travestissement (du corps et de la musique) pour que ça passe. A travers Emmett Miller, le dernier black minstrel, Dylan rend enfin hommage aux branleurs prérock qui posent en nègres, et aux chanteurs de bordel transformés en preachers(Georgia Tom/Thomas A.Dorsey).
Si Pat Garrett et Billy le Kid est le moins mauvais Peckinpah, c'est à Dylan qu'il le doit. A sa musique mélancolique en forme d'aubades mexicaines, mais aussi à son apparition dans le film. Il ne joue pas, il est là. Se contenter d'être là, c'est bon pour les grands acteurs (Mitchum) ou pour les légendes. Dylan tisse en direct la toile d'invraisemblance qui supporte sa maladresse extrême, sa maigreur. Il n'a rien à faire, juste être là, au milieu de la rue, au milieu du film, comme un rappel de ce qu'il est. Il est quoi, au fait, Dylan? Avant de devenir crooner-acteur, on a longtemps cru qu'au mieux, ce nasillard nerveux vendrait des chansons aux autres. Fred Neil, l'ami des virées junky, n'arrêtait pas de lui dire: « T'es pas un chanteur, toi. » S'il avait su, pauvre Neil, que c'était la version Nillsson de sa belle chanson, Everybody's Talkin'About you qui allait triompher, et pas la sienne, il aurait fermé sa gueule. Et Pat Garrett? Et Peckinpah? Seule la fragilité évanescente de Dylan, aux côtés d'un crooner country moins convaincant, Kris Kristofferson, donne quelques inconsistances au film. Ressortir d'urgence Renaldo and Clara. Version longue ou courte, le film est une merveille d'étrangeté symboliste.
L'Amérique rigole quand on lui dit que Paul Newman et Bob Dylan sont ses plus grands cinéastes. L'Amérique rigole toujours quand il ne faut pas.

Sinon, les concerts japonais et coréens de Dylan sont sublimes (plus de 50 chansons, d’une beauté lourde et évanescente à la fois, sont en écoute au 2/02/2010 sur mon blog). Presque aussi beau, le dernier CD du mutant Bonnie Prince Billy : harmonies îvres, dissonances prédylaniennes, perfection malade. Ca s’appelle The Wonder Show of the World. Ne ratez pas ça.
(à paraître dans ROLLING STONE)

young bob dylan at osaka, 4th night (14/03, levee's gonna break (other brilliant songs on left column)


" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."