vendredi 7 mai 2010



brive, 23/04/2010 (photo: sylvain marchou)

axelle ropert, pierre léon, louis skorecki (brive, 2010)
skorecki déménage (louis rostain/louis skorecki)

mercredi 28 avril 2010

c'était comment brive? chaleureux, presque planant .... comme ce très beau texte signé pierre léon


Skorecki déménage est un film primitif, un burlesque plus proche des Lubitsch allemands que des Charlot, mais d’une drôlerie juive aussi extravagante. Un slapstick politique géant, joué avec une ferveur, une énergie, une confiance aveugle dans sa propre vitesse — sa fuite en avant. Il incendie tous les ponts et se jette dans la vraie tragédie, celle des hommes ridicules. Les gags s’accumulent et se bousculent dans une répétition effrayante, des gags sinistres, mélangeant les humiliés avec les offenseurs, les victimes avec les bourreaux, et personne n’y gagne de beau rôle. Pas de rôle du tout, en réalité. Pas de rôle, dans le sens “registre” du mot — ou bien alors dans celui, médiéval, de “rouleau” — c’est la Torah, un récit infini à la Gertrud Stein.
Qu’est-ce que ça veut dire, de perdre sa place dans la communauté ? Comment faire pour que cette communauté ne se débarrasse pas de vous (en appelant les “encombrants”, puisqu'il est question de meubles et d'immeuble dans cette comédie minimale), alors que vous êtes certain qu’en procédant de cette façon elle signe son arrêt de mort ? Le tout agit ici sans métaphore aucune — depuis 1987, le journal Libération (c’est de ça que ça parle, et de Louis Skorecki, qui le quitte en même temps qu'il en est quitté), physiquement installé dans un garage, s’est peu à peu rangé des voitures, il n’a plus aucun soucis à se faire. Il n’a donc plus besoin de son dernier tireur imprévisible. Alors Skorecki s’en va — je veux dire l’acteur Skorecki —, il arrache l'affiche des Cinéphiles (ceux de 1989), fouille les poubelles à la recherche de cartons, va et vient, arpente les couloirs obliques et les gens le regardent comme un Diogène privé de son tonneau. D’ailleurs : encore un peu, et il va trouver un carton assez grand pour se coucher dedans, à la cloche de l'art.

à lire sur le blog de pierre léon http://le-blob.blogspot.com/2010/04/brives-louis-s.html
(photo: sylvain marchou)
http://www.brivemag.fr/?p=31801

LOUIE LOUIE par adrian martin et guillaume ollendorff


"A movie exists only once. Then basta. Seeing it again for pleasure – OK, why not? But the idea of ‘re-evaluating’ a movie is a nonsense, a heresy, a horror. Ban this ‘re-evaluation’ business from your life. If the movie seems not so good the second or the third time around, then tell yourself that you are the one who's wrong".
You can read Louis Skorecki on-line, but that’s nothing like reading him in the newspaper, each day, several days a week. There are people who text each other, over breakfast, with the most outrageous things that Skorecki has just said in his column in the French newspaper Libération, which he has been writing for years. It is literally a column: one long column, hard to cut out successfully, with one small photo always in the same spot in the middle. The page is devoted to television; and Skorecki’s section is titled ‘Le Film’, meaning the film-of-the-day on TV – free-to-air or cable TV. But Skorecki makes a point of returning to certain films, and certain filmmakers again and again, and even recycling his own texts, with only slight changes.

mardi 27 avril 2010

les films d'occasion présentent la plus rare des chansons de beverly kenney: i hate rock and roll

les films d'occasion sont de retour sur youtube/premier clip: le grand emmett miller

beverly kenney/deux versions de ball and chain (sweet lorraine)

jeri southern (voice/piano)/blame it on my youth

r.h. harris/shine on me (1950, inédite) .... la voix du maître de sam cooke, la voix de dieu

columbo vs don draper (fragments)

Il y a vingt ans, personne ne s'intéressait aux séries. Il y a cinquante ans, personne ne s'intéressait au cinéma. Eternelle confusion, éternel recommencement. En 1960, à part deux ou trois dizaines de tarés des Cahiers, de Positif, de Présence du cinéma, seuls les prolos fréquentaient les salles de cinéma. Ils ne s'en portaient pas plus mal, les prolos. Les films étaient beaux, on pouvait s'identifier au héros, on rêvait très fort dans le noir. Le quidam n'avait pas de mots pour expliquer l'alchimie d'amour entre les films et lui, mais elle fonctionnait à merveille. On pouvait chasser en paix dans un territoire vierge qui ne s'appelait pas encore le pays de la cinéphilie. Ce qu'on sait moins, c'est qu'à Hollywood, ce beau rêve était déjà en train de s'évanouir. Dès 1958, avec Rio Bravo ou la Mort aux trousses, le post cinéma commençait. Ce qu'on sait encore moins, pour ne pas dire pas du tout, c'est que depuis 1955, avec Hitchcock aux manettes, la série télé à grande diffusion débarquait en Amérique. Autrement dit: en même temps qu'il sophistiquait à outrance son cinéma, qu'il le surlignait avec une volupté rageuse et raffinée, Alfred Hitchcock présente inaugurait la miniature noir et blanc, celle qui va droit à l'essentiel: deux personnages, trois répliques, un ton drôlatique et inquiétant, et le renoncement définitif à tout effet de signature.

(fragments d'un texte, à paraître dans quelques semaines dans GQ)

three fabulous versions of smokestack lightning



clarence edwards (vocal) & butch cage (violin)/howlin' wolf/the who
and the charley patton song (moon going down, 1929), supposed to be the basis of howlin' wolf's orginal version of smokestack lightning

une photo sublime de dylan à newport, en 1965, signée bernard gidel


tout dylan est effacé de youtube, je cherche les contacts pour les derniers pirates à encore envoyer du dylan

berlin, 25 mai

la plus belle voix du maine

dimanche 25 avril 2010

bonnie prince billy chante deux chansons sublimes tirées de THE WONDER SHOW OF THE WORLD


bonnie prince billy & the cairo gang/live version of with cornstalks or among them (copyright drag city/domino, 2010)

bonnie prince billy & the cairo gang/live version of someone coming through/you win (copyright drag city/domino, 2010)

annette hanshaw, i'm sure of everything but you (1932): the invention of pop jazz


THE INVENTION OF JAZZ: BILLIE HOLIDAY/ALL OF ME (1941)

mardi 16 février 2010

archives (1) le juif de lascaux, projet de film abandonné (c'est l'amorce de la version/roman, qui devait être un best seller ...)
1.
Lascaux n'était pas son vrai nom. D'abord, c'était DE Lascaux, Juif de Lascaux exactement. Drôle de nom,drôle de rencontre. Rencontre avec qui, d'abord? Avec moi évidemment. Pourquoi "évidemment"? Parce que.
Dire que ma vie fut changée par cette rencontre est un euphémisme. Depuis que je connais Juif de Lascaux, je ne suis plus le même. Avant, j'étais insouciant, léger, inconsistant. Je flottais aau dessus de moi-même comme un nuage, mon propre nuage. Où j'allais m'importait peu, je ne savais même pas que j'y allais. Disons que je passais ma vie à battre des oeufs en neige comme d'autres, les enfants, les saints, battent des mains au moindre bruissement d'ailes du premier ange qui passe. C'est joli ce que je viens d'écrire, vous ne trouvez pas? C'est assez pour aujourd'hui, non?

2.
Juif, il ne l'était pas. Enfin, je pense qu'il ne l'était pas. La thèse d'un Lascaux juif avait circulé un temps, véhiculée en particulier par Goyave de St André, une mauvaise langue qui prétendait que non seulement Juif de Lascaux n'était pas noble, mais qu'il avait usurpé à la fois son nom et le titre de Comte de Lascaux. Selon Goyave, il s'appelait en réalité Suif de Laakov (ou Levi de Laakov) et venait d'un village reculé d'Ukraine ou de Pologne. Comment il avait réussi à fuir les hordes de nazis qui déferlaient comme des Huns sur les autres membres de sa tribu, resterait toujours un mystère. Comment il avait réussi à changer de nom et à s'imposer aussi vite à la bonne société française était une énigme au moins aussi secrète pour ceux qui répandaient ces rumeurs sur lui, en premier lieu pour Goyave de St André. Jaloux, Goyave? Evidemment.

3.
Ai-je dit à quel point Juif de Lascaux prenait soin de son apparence? Jamais un faux pli à ses vêtements qui n'ait été soigneusement calculé, ou une ride au coin de ses lèvres qui n'ait été entretenue. Rouges, les lèvres? Evidemment. Il était comme ça, Juif. Rouge de la bouche aux cheveux. Tout rouge? Oui.
Ses amis l'appelaient Dorian Le Gris parcequ'il exigeait de son miroir qu'il lui rappelle que sans faire le moindre effort, il était le maître des lieux. Les lieux, quels lieux? Les siens, les miens,ceux que dans le beau monde, on ne prend même pas la peine de nommer. On dit "le monde", c'est tout.

4.
J'étais arrivé le premier ce jour là. Au café où Juif et ses amis se réunissaient, il n'y avait encore personne. Le soir n'était pas tombé, moi non plus. Je tenais encore sur mes jambes, je pouvais examiner de près la place de chacun.Chaque place vide était déjà pleine de la personne qui allait précisément l'occuper. Grenadine, Bleuette, Myrtille, chacune des femmes du juif exhalait par avance son parfum entêtant. Curieusement, aucun de ces parfums ne se mélangeait jamais à un autre. Mais les femmes du juif se mélangeaient-elles? Même si elles occupaient chaque soir la même place, elles s'ignoraient absolument, attendant chacune de son côté que Juif veuille bien lui faire la conversation. Leur faisait-il autre chose? Il est trop tôt pour le dire. Disons qu'il les courtisait à sa manière, toute juive en somme.
Et les hommes? Combien étaient-ils? Il est aussi trop tôt pour le dire. Disons qu'ils le courtisaient chacun à sa manière, toute juive en somme.
C'était une drôle de compagnie, c'est tout ce qu'on peut dire. Pour l'instant, c'est tout.

5.
Juif de Lascaux n'avait que 35 ans mais il avait déjà vécu plusieurs vies. Comment est-ce possible? C'est possible, c'est tout. Question de vitesse? Ah non, vraiment pas. Dédoublement de la personnalité? Mieux que ça. Disons que Juif mernait sept ou huit vie parallèles en même temps. Comment faisait-il? Il le faisait, c'est tout. Ca lui venait tout seul. Il était né comme ça, avec ce curieux pouvoir qui lui avait été donné comme un prénom en plus ou une seconde religion. Il faisait avec, c'est tout. Certaines de ses vies (conducteur de calèche à Izmir, vendeur de journaux au Caire, professeur d'anglais à mi-temps à Asmara) n'avaient pas plus d'intérêt que ça. Elles étaient presque monochromes à force d'ennui. D'autres vies lui avaient laissé de sérieux souvenirs. Elles le submergeaient de temps en temps sans prévenir. Son cerveau s'y était fait. Lui aussi.
Il avait été écrivain de science-fiction, cette vie là le ravissait souvent à lui-même. Des lambeaux de vie, des lambeaux de texte lui soufflaient au visage très tôt le matin. Avait-il été un grand écrivain seulement? Il aimait à penser que oui. Il avait été délirant, prophétique, défoncé du matin au soir. Il avait aimé ça.Il se rappelait avoir aimé ça.

6.
Il avait écrit un livre qui portait son nom, à un article près. Le livre s'appelait LE juif de Lascaux, ce qui ne sonne pour le moins pas pareil. Ca ne veut pas non plus tout à fait dire la même chose. LE JUIF DE LASCAUX, contrairement aux autres livres de Juif de Lascaux,n'était pas un livre de science-fiction à proprement parler. Un vrai livre de science-fiction n'est jamais comme un autre, objectera-t-on,ce qui n'est pas faux. Disons alors plus simplement que ce lIvre là ne resseblait à rien.Plutôt que de l'anticipation, c'était comme un bond en arrière dans le temps,un retour aux sources les plus archaïques de son imaginaire torturé. Comment retourner en arrière, au rouge cuisant des origines? Comment se retrouver nu, sans rien pour se cacher des autres et du monde? Comment remonter aux temps d'avant le temps? Pour Juif de Lascaux,ce livre était une fantaisie pré-civisationnelle qui ne ressemblait à rien de balisé, rien de connu. Pour lui aussi, pour lui surtout, c'était un saut absolu et sans espoir de retour dans l'inconnu. "Rien de connu", c'est ce que les critiques auraient écrit s'ils avaient lu le livre, mais voilà, il n'était jamais paru. On raconte que le manuscrit avait été détruit à Saragosse, un soir de Sabbath. Des fragments furent retrouvés des années plus tard du côté de Buenos Aires (Borges en eût une copie très abimée, dit-on). Tout ça avait-il existé? Cerains soirs, Juif en doutait. Mais il doutait de tout ces soirs là, même de lui-même. Et s'il n'était qu'une pure fiction? Il frissonna et se rendormit.Je décidais de faire de même.

7.
Retenez ce chiffre, "sept".Si vous l'oubliez, vous prenez un grand risque. Lui ne vous oubliera pas. Sept hommes échevelés le regardaient derrière les buissons. Il était nu, il était roux, il avait honte. La fille était à peine plus vêtue que lui. L'avait-elle vu? Il jurerait qur lui si on lui demandait.
Il avait trop froid pour penser. Dieu que la fille était belle. Elle était de leur clan, c'est sûr. Le clan de la caverne, le clan de la grotte. Il était juif mais il avait oublié ce que celà voulait dire. Comment était-il arivé là? Sur quel engin spatial, quel rêve inopiné? Quelle était cette caverne? Qui étaient ces hommes? Où était-il?
skorecki déménage (louis rostain/louis skorecki)


LA RAFLE

il arrive que l'abjection d'un film se lise sans même qu'on ait eu à le voir ...
éviter la Rafle, c'est respecter ce qui reste de cinéma dans le cinéma
putain de pétain, toujours là dans les corps et les esprits d'une france sous influence, trouillarde et dénonciatrice comme avant, comme si rien, ne s'était passé ... et si rien ne s'était passé? ... s'il n'y avait jamais eu de lettres anonymes? ... et si les juifs n'étaient pas passé par ce drôle de pays fuyant?
putains de juifs, même pas fichus de faire la différence entre un bourgeois sépharade de casa (gad el maleh) et un paysan russe ou polonais du shtetl (ashkénaze de mère en fils depuis vingt-et-une générations)? ... .... ....
putain de baal shem tov (israel ben eliezer, 1698-1760), l'inventeur oublié du hassidisme, charretier visionnaire qui parlait à dieu dans les yeux ... et qui l'engueulait s'il le fallait ... .... .... en moins d'un siècle la ferveur se tarit: "c'est à partir de la quatrième génération, dit martin buber dans les récits hassidiques, son grand oeuvre, "qu'on fixe d'habitude le début de la décadence du mouvement hassidique"
putain de longue litanie de rabbins magiques: le grand maggid de mezrtish (dov barer); son fils, abraham, l'ange; pinhas de koretz et son école; menahem mendel de vitebsk; levi yitzhak de berditchev; elimelekh de lisensk; schnéour zalman de ladi (le rav); shlomo de karlin; israël de kosnitz; yaakov yitzhak de lublin (le voyant); yaakov yitzhak de pjyzha (le juif); simha bounam de pjyzha; enokh d'alexander ... et c'est à peu près tout .... jusqu'au rabbi nachman et ses contes abstraits, codés, dignes d'un arrière petit fils du baal shem tov, et qui a détruit tout ce qu'il a écrit, sauf ses contes cryptés, kabbalistiques, indéchiffrables ...
putains de rabbins mélancoliques ou déprimés (le pire défaut selon dieu, qui n'aime que la joie évidemment), qui pleurent l'abandon de dieu, la fin du mouvement, sa décadence ... et voici que la pensée hassidique s'étiole, dégénère jusqu'aux années grotesques, aux années modernes, où des petits enfants de juifs tunisiens ou marocains se travestissent (redingote noire, feutre noir, pensées noires) en hassidiques purs et durs .... ..... .... .... .... ..... .....
putain de simulacre qui permet à un juif de prendre impunément la place d'un autre (un juif massivement mort, gazé, cramé) sans que qui que ce soit, juif ou pas, n'y trouve à redire ... j'aurais évidemment préféré, dans cette Rafle putassière qui prend le monde à témoin de sa bonne foi, qu'un catholique bon teint ou un musulman intégriste, interprète le personnage du juif polonais condamné à mourir en holocauste, mais tant pis, ça ne choquera jamais que moi ...
et c'est gad el maleh qu'on rafle? tu veux rire ou quoi? quant à moi, je regrette le temps heureux, disons avant 1956, ou la figure du juif n'avait pas encore été inventée, ce temps délicieux ou le jeune skorecki, treize ans, se sentait mieux dans ses baskets ... ... peut-être parce qu'il ne savait pas encore qu'il l'était, juif
(je n'ai pas vu ce film, je n'irai pas le voir, un ou deux extraits télé suffisent)

bob dylan - positively 4th street/1965/1999



LOUIE LOUIE



par adrian martin et guillaume ollendorff


"A movie exists only once. Then basta. Seeing it again for pleasure – OK, why not? But the idea of ‘re-evaluating’ a movie is a nonsense, a heresy, a horror. Ban this ‘re-evaluation’ business from your life. If the movie seems not so good the second or the third time around, then tell yourself that you are the one who's wrong".


You can read Louis Skorecki on-line, but that’s nothing like reading him in the newspaper, each day, several days a week. There are people who text each other, over breakfast, with the most outrageous things that Skorecki has just said in his column in the French newspaper Libération, which he has been writing for years. It is literally a column: one long column, hard to cut out successfully, with one small photo always in the same spot in the middle. The page is devoted to television; and Skorecki’s section is titled ‘Le Film’, meaning the film-of-the-day on TV – free-to-air or cable TV. But Skorecki makes a point of returning to certain films, and certain filmmakers again and again, and even recycling his own texts, with only slight changes.

" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."