mardi 2 février 2010

this bootleg version of billy/from pat garrett and billy the kid to salute ZANZIBAR QUARTERLY




BOB & BONNIE
Si vous me lisez depuis longtemps, vous savez que j’adore me répéter. Ressasser, radoter, ça fait partie du crédo d’un ex-cinéphile qui n’a pas su guérir de son amour du cinéma, un ex-cinéphile qui n’a jamais que deux ou trois idées, pas plus, mais qui ne les lâche pas, comme un chien ne lâche jamais son maître. Plutôt se laisser enterrer avec lui que l’abandonner. En relisant sept ou huit chroniques écrites entre 2002 et 2007, sur Dylan dans Pat Garrett & Billy le Kid (reproduites dans le premier numéro d’une belle revue, Zanzibar QUATERLY & co), je me disais une fois de plus: tu radotes, Skorecki, mais tu es le seul à le faire si bien.
Voici la première de ces chroniques aléatoires:

PAT GARRETT & BILLY LE KID (Libération, 2002)
Au début des années 60, quand il zonait dans le village avec Pierre Cottrel, Dylan n'imaginait ce qu'il allait devenir : la mémoire ambulante de la musique populaire américaine, un crooner tardif, et même un acteur à succès. Le moins étonnant, dans sa métamorphose, c'est la greilmarcusation de son image, sa transformation en roi roots de l'Amérique blanche. Depuis Love and Theft, on sait que Dylan le vrai Dylan, se trouve plutôt du côté des black minstrels. Du coté de la peur, mêlée de fascination, des petits blancs pour les noirs. Il doit y avoir travestissement (du corps et de la musique) pour que ça passe. A travers Emmett Miller, le dernier black minstrel, Dylan rend enfin hommage aux branleurs prérock qui posent en nègres, et aux chanteurs de bordel transformés en preachers(Georgia Tom/Thomas A.Dorsey).
Si Pat Garrett et Billy le Kid est le moins mauvais Peckinpah, c'est à Dylan qu'il le doit. A sa musique mélancolique en forme d'aubades mexicaines, mais aussi à son apparition dans le film. Il ne joue pas, il est là. Se contenter d'être là, c'est bon pour les grands acteurs (Mitchum) ou pour les légendes. Dylan tisse en direct la toile d'invraisemblance qui supporte sa maladresse extrême, sa maigreur. Il n'a rien à faire, juste être là, au milieu de la rue, au milieu du film, comme un rappel de ce qu'il est. Il est quoi, au fait, Dylan? Avant de devenir crooner-acteur, on a longtemps cru qu'au mieux, ce nasillard nerveux vendrait des chansons aux autres. Fred Neil, l'ami des virées junky, n'arrêtait pas de lui dire: « T'es pas un chanteur, toi. » S'il avait su, pauvre Neil, que c'était la version Nillsson de sa belle chanson, Everybody's Talkin'About you qui allait triompher, et pas la sienne, il aurait fermé sa gueule. Et Pat Garrett? Et Peckinpah? Seule la fragilité évanescente de Dylan, aux côtés d'un crooner country moins convaincant, Kris Kristofferson, donne quelques inconsistances au film. Ressortir d'urgence Renaldo and Clara. Version longue ou courte, le film est une merveille d'étrangeté symboliste.
L'Amérique rigole quand on lui dit que Paul Newman et Bob Dylan sont ses plus grands cinéastes. L'Amérique rigole toujours quand il ne faut pas.

Sinon, les concerts japonais et coréens de Dylan sont sublimes (plus de 50 chansons, d’une beauté lourde et évanescente à la fois, sont en écoute au 2/02/2010 sur mon blog). Presque aussi beau, le dernier CD du mutant Bonnie Prince Billy : harmonies îvres, dissonances prédylaniennes, perfection malade. Ca s’appelle The Wonder Show of the World. Ne ratez pas ça.
(à paraître dans ROLLING STONE)

young bob dylan at osaka, 4th night (14/03, levee's gonna break (other brilliant songs on left column)

sylvia syms, l'une des deux ou trois chanteuses favorites de sinatra, chante "guess i'll hang my tears off to dry " (1983)


musique: jule styne/paroles: sammy cahn (c'est aussi l'une de mes chanteuses préférées, l'une des dernières TORCH SINGERS ....)

dans la colonne de gauche, les autres chansons les plus étrangement belles de la nouvelle tournée de dylan (osaka, japon, 11, 12, 13 mars 2010)


like a rolling stone (version longue)

i'll be your baby tonight (providence, 1997)



bob dylan/jolene/like a rolling stone (version courte très incisive, très belle)/i don't believe you (she acts like we never have met)/the ballad of hollis brown
his voice is gone, some say donald duck could sing better than he does, but i believe the spirit is back .... he seems to sing better and better

bob dylan/ cinquième concert à osaka




forgetful heart/most likely you go your way (and i'll go mine)/under the red sky/osaka (15 mars 2010)
éviter la Rafle, respecter ce qui reste de cinéma dans le cinéma (suite au 16/02/2010)

audrey, 17 ans, chante knockin' on heaven's door avec sa maladresse touchante de jeune française qui s'ennuie

à quelques minutes près, je bouclais lundi après midi un projet de film, la pimbêche à vélo

c'est raté, mais on dira que c'était un jeu .... .... ce film guilleret comme une chanson pop acidulée, qui aurait été réalisé et interprété par nathanaëlle viaux, est remis à l'année prochaine ... il se fera ou pas, nathanaëlle, j'en produirais un autre ou non, rien ne remplace de toute façon ce soleil d'hiver tardif ....

april march/la chanson de nathanaëlle?

bob dylan/desolation row (tokyo, septième concert, lundi 29 mars 2010)



CAN'T WAIT

COLD IRONS BOUND

MY WIFE'S HOMETOWN
des chansons différentes chaque soir, plus belles les unes que les autres ... dylan deviendrait-il un bon chanteur, aussi poétique et acide que dans les années défoncées (65/66), aussi inspiré qu'en 2000 ... à quelques mois de ses 70 ans?

BOB DYLAN/MOST LIKELY YOU GO YOUR WAY, AND I'LL GO MINE (TOKYO, SEPTIEME CONCERT, LUNDI 29 MARS 2010)


BOB DYLAN (TOKYO, SIXIEME CONCERT): GONNA CHANGE MY WAY OF THINKIN'/HIGH WATER RISIN' (FOR CHARLEY PATTON/DIMANCHE 28 MARS 2010)

bob dylan: great mysterious/lyrical version of i shall be released (supper club, 1993)

BOB DYLAN/DESOLATION ROW/SUGAR BABY/HONEST WITH ME/HIGHWAY 61 (SEOUL, 31 MARS 2010)




profitez de tous ces dylan ... ils seront bientôt tous renvoyés en archives (au 1/02/10)


bob dylan/delia, first live version of this lovely blind willie mc tell song (supper club, 1993)

c'est quoi ça? ..plus de 70 chansons de dylan au japon et en corée ... il a pété les plombs, skorecki!



this wheel's on fire (champaign, illinois, 1999/osaka, march 2010)/ two fabulous versions of this julie driscoll/brian auger/bob dylan hit

je connais mal annette hanshaw, un peu mieux lee morse, mais qu'est-ce qu'elles chantent bien ...


annette henshaw/am i blue? (1929)

annette hanshaw (vocal, piano)/calling me home (1926) ... je n'arrive pas à imaginer que ces deux chansons ont plus de 80 ans

lee morse (1930), hybride unique entre country et crooning ... vie tragique ... amour ... alcool ... pur génie ... trajectoire d'une comète

un jour dylan chantera comme ça ... ce jour là, promis juré, j'irais le voir ... ... ...


c'est encore plus beau avec les cordes hollywoodiennes de gordon jenkins, mais mes clips sont interdits, ils ne passent pas .... (regardez aussi dans la colonne de gauche les deux versions de YOUNG AT HEART: jimmy durante ... et son grand disciple méconnu ... dean martin)

skorecki déménage aujourd'hui à brive


frank sinatra/all the way (higiya park, japon, 1962)

suzanna toon chante dylan

three fabulous versions of delia: original by blind willie mc tell & dylan's version (world gone wrong, films d'occasion)/supper club, 1993






BOB DYLAN A TOKYO (CINQUIEME CONCERT): EVERY GRAIN OF SAND/JUST LIKE TOM THUMB'S BLUES/LAY LADY LAY/SUGAR BABY

bob dylan à tokyo/nettie moore (sixième concert)


bob dylan/nettie moore (dimanche 28 mars 2010, tokyo 6)

lundi 1 février 2010

jacob taubes, walter benjamin, woody allen
"... on m'a remis une thèse sur Walter Benjamin dans laquelle 20% des interprétations étaient erronées simplement parce que l'auteur n'avait pas vu qu'il fallait associer ce que Benjamin y disait à la Bible. L'étudiant arrive, son travail achevé. Je le lis et je lui dis: "écoutez, vous devriez aller au catéchisme et lire la Bible!" Et il me demande alors, avec toute la finesse des benjaminiens: "dans quelle traduction?" Je lui dis: "pour vous, toute traduction sera bonne" (jacob taubes/la théologie politique de paul)

jeudi 14 janvier 2010

avoid obama/white house version: this is bob dylan's best interpretation of the times they are-a-changin' (prague, 1995)
BONUS PRAGUE 1995


just like a woman/shelter from the storm
god knows/it's all over now baby blue
bonus, bruxelles 96 (suite des improvisations délicatement arabo andalouses)

mercredi 13 janvier 2010

sur rohmer
qu'un homme de cette qualité là puisse en un clin d'oeil disparaître sans bruit, sur la pointe des pieds, dit toute sa noblesse .... que les medias et surtout la télé restent muets devant sa mort (il filma pour la télévision scolaire des heures et des heures de pures leçons de cinéma) en dit long sur l'inculture de ces mêmes medias ... c'était évidemment le plus grand cinéaste français après bresson, et avant brisseau et moullet, deux de ses plus brillants disciples .... on va encore chercher deux ou trois autres mots à dire (qui s'ajouteront au seul texte digne qui ait été publié sur la mort de rohmer, celui de philippe azoury dans libération), mais on peut déjà avancer sans crainte de se tromper, qu'il était à lui seul le cinéma, et qu'il a tout appris à jean-claude biette, marguerite duras, jean eustache, et aussi à un certain .... woody allen (la collectionneuse est de 1967, annie hall de 1977)
à propos de la mort en douce d'éric rohmer, on peut d'ores et déjà remarquer une chose: seuls ses acteurs lui ont été fidèles, témoignant humblement de ce qu'il leur avait appris, avec une intelligence et une modestie qui forcent l'admiration ....
PS. la mort de rohmer permet enfin d'en finir avec l'hérésie fondatrice du cinéma de bresson , ce sublime aveuglement qui lui fit tenir le théâtre comme seul responsable de tous les maux du cinéma, alors qu'il aura été -de loin- le plus génialement théâtral des cinéastes, depuis ses deux films inauguraux, les anges du pêché (incursion sublime dans le porno mizoguchien), et les dames du bois de boulogne (contamination du récit par une intrigue parallèle sado-lesbienne)... rohmer se sera plutôt attardé, de biais, sur les perversités des petites filles modèles, bresson s'en tenant à un érotisme plus frontal, plus balthusien, mais tout ça n'aura été au fond que théâtre, sublime théâtre, et rien de plus ....
le coffret buddy holly définitif, not fade away, vient de sortir: juste pour le plaisir, l'énergie, la modernité rock, pop et tout ce que vous voulez, voici la version 57 de that'll be the day, et les versions 57 et 58 de peggy sue


introducing mickey newbury (you're my lady now) and james talley
portrait de dylan en crooner (1998)/tonight, i'll be staying here with you (ne pas manquer la danse de dylan à la fin de la chanson)


bob dylan/lay lady lay (7 nov 2009, ontario)
forbidden, l'un des quatre chefs d'oeuvre absolus du frank capra d'avant le code hays (avec flight, dirigible et rain or shine), quand la liberté au cinéma était absolue (la nuit du carrefour de renoir, steamboat round the bend de ford, etc ...) ...
rappeler qu'on parle de "pre-code films" (d'avant mars 1930, quand le code hays entre en vigueur), pour désigner ces films qui sont encore hors-genre, les "genres" n'étant apparus que quand le code hays a imposé de délimiter la nature des films (comédie, drame, western ...) pour déterminer l'âge du public ayant le droit d'y avoir accès ...
rappeler aussi le sentiment d'étrange errance, d'étrange liberté, qui existe souvent dans les "pre-code" films", ce passage du sérieux à la fantaisie ou même au burlesque (rain or shine, steamboat 'round the bend) ... et qui n'existent plus au cinéma depuis plus de 70 ans ...


barbara stanwyck, adolphe menjou/forbidden (capra, 1932)
sur chaplin
on peut dire que la transparence théâtrale des grands cinéastes épiques (bresson, rohmer, murnaü, keaton, mizoguchi, lang, dreyer ....) représente le pur génie de l'homme blanc..... on peut aussi ajouter à cette première bande des sept, des cinéastes aryens de l'ampleur et du génie de griffith, ford, walsh, dwan, mc carey, tourneur, renoir.... et ainsi de suite.... on peut aussi dire que rien jamais ne viendra surpasser celà .... et que le cinéma, c'est ça ... et rien d'autre
rien ne viendra jamais surpasser celà sauf les sales coups de charlot, le sale gosse, l'irrécupérable, celui qui se laisse écraser des oeufs dans le pantalon (james agee parlait de l'affreux rire de dégoût de sa mère, quand elle comprenait que des oeufs écrabouillés étaient en train de dégouliner dans le pantalon du petit vagabond) ... tout ça pour faire hurler les gosses du monde entier d'un seul et même éclat de rire, celui qui dépasse le cinéma et le théâtre, pour retrouver les chapiteaux forains et les minstrel shows travestis des débuts ...
oui, oui, charlot, souvent peu apprécié à l'époque des grands cinéastes du théatre et de l'épopée, qui le trouvaient -à juste titre- un rien trop vulgaire ....
sweet dylan of youth (1962)/tomorrow is a long time

tomorrow is a long time/1962 demo/rundown studios, 1978
l'une des plus belles chansons de dylan, sugar baby, sous influence emmett miller, dans deux versions parfaites (2001, 2009)/seems to get better every day ....

mardi 12 janvier 2010

bob dylan chante just like a woman pour edie sedgwick
bob dylan's isis (rolling thunder review, 1975)/white stripes' version (2001)
re-introducing frank sinatra and peggy lee/nice work if you can get it

jeudi 7 janvier 2010

three moving versions of to make you feel my love (manchester, 1998/duluth, 1999/delaware, 1999)


also check on youtube the 2001 version by jlnoames/films d'occasion
real good version of high water everywhere (for charley patton)/23 mars 2009 (stockolm)
VANNIER (VIE HEROIQUE)

Ironique qu’au moment où tant d’images de Gainsbourg nous submergent, au risque de la nausée, il n’existe presque aucune photo, et aucune vidéo en tout cas, de celui qui fût son double le plus créatif, Jean-Claude Vannier. Arrangeur de Melody Nelson et de tant d’autres succès baroques et ouatés, Vannier a aussi été un compositeur raffiné, un chanteur personnel et délicat, dont on hésite à parler au passé, puiqu’il est bel et bien vivant (il a même publié en 2005 un très joli double album, passé inaperçu, composé de deux CD : En public, relecture avec profusion de cordes de quelques unes de ses chansons les plus connues ; et Fait à la maison, recueil bricolé d’adorables nouvelles mélodies-comptines).
Le problème, c’est que celui qui fit tellement pour le succès international de Gainsbourg, n’est plus représenté depuis dix ans que par des musiques de films et des œuvres orchestrales, jusqu’à la nausée. Même si certains de ces films sont très beaux (ceux de Philippe Garrel), où sont passées ces chansons sentimentales pour piano-bar, un rien alcoolisées, un rien cyniques, qui s’étalent sur six ou sept albums d’un dandy très attachant? Les a-t-il lui-même retirés du commerce, ou ces disques sont-ils passés au pilon ? Qui sait encore aujourd’hui que la chanson qui a fait connaître Michel Jonasz, Supernana, était dans sa VO susurrée par un Vannier de l’ombre, à mille lieues du pathos slave de Jonasz ? Quand on ajoutera que ce mélodiste a souvent fait davantage que simplement arranger les disques sur lesquels il travaillait (Barbara, Gréco, Birkin, Bécaud, Dalida, Nougaro, Polnareff, Bashung, Françoise Hardy, Brigitte Fontaine, France Gall, Claude François, Julien Clerc …), et qu’on a souvent dit qu’il était pour beaucoup dans la composition de chansons signées par d’autres, Melody Nelson en particulier, on en saura un peu plus, mais bizarrement encore moins, sur le très étrange monsieur Vannier, dont la vie héroïque continue de se dérouler très énigmatiquement devant nos yeux (j’ai posté sur youtube et sur mon blog, à titre de documentation, six ou sept de ses très jolies chansons tristes).
Pour épaissir un peu le mythe Vannier, s’attarder sur deux aspects de sa vie : d’abord les ressemblances entre son univers et celui de Gainsbourg, une sorte d’ambiance désaccordée, entre piano-bar et réminiscences d’enfance amère ; et puis cet épisode inattendu de sa vie, qu’il raconte lui-même quelque part : « Je fus condamné « aux arabes », à l’époque où ce n’était pas réellement valorisant (la guerre d’Algérie venait juste de finir) mais moi, j’étais ravi, car j’adorais cette musique. Avec en poche un contrat de danseuse que je n’avais pas lu, griffonné en hâte à la fin d’une séance d’enregistrement, j’ai embarqué pour Alger, pour débuter à l’hôtel Aletty, comme pianiste, à 18 ans. Autodidacte, j’ai abordé la composition avec les musiciens de l’opéra d’Alger, puis en écrivant pour Michel Magne et Alice Dona, puisant mes premiers rudiments d’orchestration dans les "you you" de la Casbah et les manuels de la collection Que sais-je?» Avouez que ça vous donne envie d’écouter chanter Vannier. Au fait, il a 66 ans.

(à paraître dans ROLLING STONE)

jean claude vannier/le coeur qui penche (2005)
bob dylan à hammersmith en 2003 (l'une de ses pires années pourtant, je l'ai vu deux soirs de suite à hambourg dans une salle de 1500 places, il était pathétique) donne une version géniale de dear landlord
from guillaume ollendorff ("rouge", 2007)
‘You talkin' about me?’, says a voice? ‘Who are you?’, I ask. ‘I am Ford’, says the voice. ‘Me, I'm Skorecki.’ ‘And your first name?’, asks Ford. ‘Louis’, I say. ‘What do you think of She Wore a Yellow Ribbon
I love it; it inaugurates the more modern part of your filmography< ‘What is a filmography?’, asks Ford. ‘A list of your works’, I reply. ‘What is a work?’, he asks. ‘A movie worthy of an Old Master’s painting’, I reply. ‘I don't want to be in the museum!’, he protests. ‘Too late. You’re already there.’ Suddenly I hear a watery sound. From the eye of John Ford, that one good eye, runs a tear. ‘Are you crying, master?’, I ask. ‘Fool’, he says, ‘go away.’
guillaume ollendorff (rouge) (2007)
crooner's corner (2)
quelques étapes dans l'invention de la figure familière du crooner, du charmeur le plus énigmatique et le plus stylé, le flegmatique britannique (d'origine grecque) Al Bowlly, en passant par le mythique compositeur/chanteur willard robison, le charmeur blond rudy vallée, le baryton caresseur sans micro, "whispering" jack smith (sans doute le modèle caché de jean sablon), le génie lunaire tellement moderne qu'il en était presque "free", cliff edwards, alias "ukulele" ike, le génie foudroyé, russ columbo ... et le modèle absolu de tous les crooners à venir, l'immense bing crosby

al bowlly/the very thought of you (glorious great britain and its colonies)

willard robison 1./who do you love?/g. string melody (1927)

willard robison 2./garden in the rain/blue hawaï (1929)

rudy vallée/i'm just a vagabond lover (1929)

"whispering" jack smith/come on happy days (1929)

cliff edwards (ukulele ike)/i'll see you in my dreams (1930)

russ columbo/goodnight sweetheart (1931)

bing crosby (deux court métrages de mack sennett)/just one more chance, i surrender dear (1932)
POST SCRIPTUM (HOLLYWOOD, 1944)

hoagy carmichael/am i blue (1944)
(à suivre: fred astaire, gene austin, jimmie rodgers, lee morse, lee wiley, billie holiday, peggy lee, frank sinatra, dick haymes, dean martin, johnny hartman, nat king cole, ....)

vendredi 1 janvier 2010

the best version ever of willard robison's a cottage for sale (jack teagarden)




bonus mel tormé (la suite sur novland.blogspot.com)
which sea of love do you prefer: the original doo wop that gave its name to the al pacino film (phil philips) or the reggae version (heptones)?
newcastle, 1998


bob dylan/to ramona/gotta serve somebody/cold irons bound

a simple twist of fate/if not for you (newcastle, 1998)
introduction à un non-blog
ok, je tourne autour d'une évidence depuis 4/5 ans que le club skorecki existe: c'est un non-blog (pas d'effet ping pong people, de ragot politique, de décryptage sociologique, encore moins d'effet café littéraire, rien de ces dispositifs où le visiteur doit répondre au mot ... par un autre mot).... ce blog est un blog musical, et rien d'autre.... les mots sont accessoires. il faut juste prendre le temps d'écouter ... .... .... .... se souvenir que je ne savais pas ce qu'était un blog quand j'ai commencé, je voulais juste, au moment de quitter libération, qu'un ami branché me bricole un fan club, un endroit où se retrouveraient ceux qui auraient préféré mourir plutôt que de rater une de mes chroniques ... ... personne n'a rien bricolé pour moi, j'en ai été réduit à m'inventer un lieu .... ... un blog? je n'en sais rien ... ... dans un premier temps, avec un papier peint horrible, sous un autre nom, il y eût un blog bavard que j'ai détruit parce que trop d'insultes s'y déversaient, sous la houlette d'un certain zoolihof, ou zoohiloff, je ne sais plus ... de cette époque, reste un manuscrit que j'ai recopié ici, le début du juif de lascaux, roman/film impossible que j'ai abandonné sans jamais réussir à en faire vraiment le deuil ...
mais club skorecki, c'est un blog, oui ou non? tu nous le dis, à la fin? disons plutôt que c'est un club où écouter des chansons rares qu'on ne trouve pas ailleurs, pas dans cet ordre là en tout cas ... ... ... le cinéma me pesait à libé depuis une bonne quinzaine d'années déjà, j'avais hâte de m'étourdir de musique, et de rien d'autre ... ... ... avec la chanson dans sa forme la plus populaire, rien que du plaisir, rien à théoriser, juste des choses à apprendre, qui échaffauderaient en pointillé la généalogie des musiques ... .... qui existe un peu aux états unis, pas du tout en france où l'ignorance crasse prévaut ... ce serait pour moi un retour sur cette période fébrile et heureuse (début 60) où se balbutiaient dans les débuts aveugles de la cinéphilie les premières histoires du cinéma, et déjà des théories à ne plus savoir qu'en faire ... ... dans la musique, la théorie n'a pas de place, ce n'est que de la pulsion, du plaisir amoureux et rien d'autre ...

bob dylan/walker evans/ain't talkin' (modern times)

bob dylan/blind willie mc tell (best version ever, cardiff, 2000)
pleurer comme un juif en terre sainte/chanter dans le noir/pleurer dans le noir (bob dylan à tel aviv, 1993)

tomorrow night/don't think twice it's allright (tel aviv, 1993)

i and i (tel aviv, 1993)
bob dylan à tel aviv, six ans plus tôt

bob dylan/tangled up in blue (tel aviv, 1987)
leonard cohen raconte l'holocauste d'abraham ... du point de vue d'isaac, le fils sacrifié à dieu

leonard cohen/story of isaac (norvège, 1985, la version de tel aviv 85 est juste un peu moins bien, c'aurait été trop beau ....)
crooner's corner
l'un des plus beaux titres de think well of me, chef d'oeuvre méconnu du jazz vocal, et hommage du tromboniste mélancolique jack teagarden, à willard robison ..... et les versions définitives de september song, young at heart par jimmy durante ... ainsi qu'une leçon de chant qu'il administre à frank sinatra

jack teagarden chante willard robison/don't smoke in bed


jimmy durante/september song (1955)

jimmy durante/young at heart (1955)


jimmy durante & frank sinatra/the song's gotta come from the heart
dwight yoakam/nothing/modern country at its rocking best
willie nelson, merle haggard: les deux meilleurs interprètes country de stardust, la plus belle mélodie de hoagy carmichael


best ballad singer ever? re-introducing sweet jimmy durante & gordon jenkins, two of the men who had the biggest influence on frank sinatra

jimmy durante & gordon jenkins/i'll see you in my dreams
nat king cole: la version crooner idéale de stardust
deux chefs d'oeuvre absolus composés et joués en 1995 par le vieux lion du saxophone alto, benny carter, le premier avec peggy lee (qui en a écrit les paroles), le second avec shirley horn (paroles de johnny mercer)

i see you, peggy lee, benny carter, her very last song/ 26 août 1995 (films d'occasion)

shirley horn/a kiss from you (films d'occasion productions)
catholic harmonies by two strange gothic man and wife teams


the innocence misssion: brotherhood of man/ the handsome family: just like tom thumb's blues (best cover ever of a dylan's song)
les versions originales (entre 1928 et 1932) de stardust: par hoagy carmichael lui-même (chanté/parlé), et jean sablon (VF/VO)



lisbonne/salinger, un aller -retour
je reviens de lisbonne, j'ai montré mes films à la cinémathèque devant une vingtaine de spectateurs très attentifs .... merci à luis miguel oliveira et à ses deux collaboratrices .... au même moment, jd salinger mourait ... je suis triste ... les mots me manquent ...
ce que j'ai le plus lu et relu dans ma vie, ce sont les aventures de la famille glass .... from esmé with love & squalor, a perfect day for bananafish et les autres nouvelles de nine stories, franny and zooey, raise high the roofbeam carpenters, seymour, an introduction ... comme je lisais et relisais raymond chandler il y a longtemps .... et comme je n'ai jamais cessé de relire lolita en anglais ... les enfants glass faisaient de la radio-réalité, les parents glass étaient des héros de vaudeville, comme les black minstrels, comme emmett miller, comme charlie chaplin à londres, aussi, le même chaplin qui ravira au jeune salinger la femme de sa vie, la belle oona o'neil (jd salinger insultera plus tard, à coup de lettres rageuses, le "vieil homme dégoûtant" qui lui avait volé sa fiancée, la trop jeune oona ...) ... c'est la fin d'un monde, un monde d'images et de mots, de mots parlés, rimés, et encore parlés.
parler le monde, salinger le faisait mieux que tout le monde, dans la langue la plus ordinairement poétique, la plus ramassée, la plus bavarde qui soit. il faisait en anglais, en américain plutôt, ce que le russe nabokov bricolait au même moment avec des bribes d'anglo-américain de collège, ce que céline faisait également de son côté, avec un côté plus noir mais tout aussi lumineux au fond .... cet ordinaire poétique de la langue américaine, salinger en a fait des énigmes, des bouts rimés, des koans ... on connaît le son de deux mains qui applaudissent, mais il n'est pas important de savoir ce qu'est le son d'une main, une seule ... le plus important est d'imaginer une petite fille qui bouge les lèvres dans le noir sans qu'un seul son ne sorte de sa bouche, répétant à l'infini une seule et même phrase, un mantra gamin pour extraterrestre urbain ... le lecteur finira bien par croire que cette prière là, faite de mots silencieux, lui permet, à elle, à lui, de flotter au dessus du sol et d'entendre voler les poissons, les poissons- banane, les poissons-chat ... et même les poissons-rat.
on garde salinger pour soi, on n'en parle jamais, ni à ses éditeurs, ni à ses amis ... .... en fait chaque lecteur de salinger pense qu'il n'y a que lui pour le lire, il pense qu'il est le seul ... ses lecteurs se comptent un à un, sur les doigts d'une main, sans que ça se sache, sans qu'ils n'en sachent rien, jusqu'à ce que ça fasse des millions de lecteurs uniques, à s'additionner sans jamais se toucher ...
je n'ai parlé de salinger qu'une seule fois, dans un coin perdu de bretagne, il y trente ans, avec deux amis que j'avais alors, pierre trividic et pascale ferran, et je me suis émerveillé tout haut, pour la première et la dernière fois de ma vie, de ce petit miracle: deux autres personnes, deux êtres humains, partageaient mon amour, un amour oblique et frontal à la fois pour les enfants butés et les jeunes adultes de j.d salinger ... c'est tout juste si on ne se récita pas des bribes de phrases tout haut, en plein jour, dans le vent ... des années plus tard, en voyant son premier film, petits arrangements avec les morts, j'ai su que pascale ferran -et pierre trividic qui venait d'en écrire le scénario et les dialogues- seraient parmi les seuls à avoir abordé de front, avec tout le sérieux de l'enfance, l'univers buté des nouvelles bavardes de salinger ...
encore un mot, peut-être le dernier. la religion bouddhiste n'a qu'une importance maniaque, répétitive, décorative, dans les textes de salinger. c'est juste un rituel comme un autre. il y en a de plus bêtes.
et pourtant, je suis passé de ces exercices zen plus pittoresques qu'immatériels, auxquels se livrent ses personnages, franny surtout si je me rappelle bien, à la lectures de vrais contes zen (en anglais aussi, il n'y avait rien en français), avec le même amateurisme enthousiaste dont ses personnages faisaient preuve. les rituels m'intéressant décidément plus que les religions elles-mêmes, je suis passé du bouddhisme zen aux contes hassidiques (martin buber, rabbi nachman .. et même elie wiesel), puis aux délires philosophiques abstraits des soufis de l'islam (ibn' arabi surtout), et enfin, in extremis, aux merveilles d'érudition chrétiennes d'un juriste juif trop peu connu, jacob taubes dont le seul livre (c'était un professeur, un orateur), théologie politique de paul, est devenu mon livre de chevet, malgré une sorte d'hermétisme lacanien qui me séduit plus qu'il ne me rebute. des rituels religieux, je suis passé à un moment aux écrits de leroi-gourhan sur la préhistoire (surtout son petit livre rouge sur la religion des hommes préhistoriques), mais là, je ne suis pas sûr qu'il y ait un rapport avec salinger. encore que ...
post scriptum . cette famille glass, ce mot là, ça tisse quoi? dire d'abord que la célébrité de salinger s'est faite sur un malentendu pré-glass, sur catcher in the rye, sur les gros mots poétiques mais convenus de holden caufield. je ne l'ai jamais vraiment aimé, ce livre là ... trop américain, trop conventionnel, trop doucement décalé, révolté, parlé/parlé/parlé ... avec les glass c'est différent: d'où viennent-ils? où vont-ils? leurs mots sont légers, presque immatériels, d'une pure musicalité de la langue parlée, hors réalisme, hors théâtre, hors cinéma, hors tout -la même immatérialité musicale que celle de l'étranger nabokov dans lolita, celui qui écoute d'une oreille distraite, étrangère, les étudiants, les fillettes, les nymphettes ... et les papillons.

si j.d salinger chantait, il chanterait sans effort (moins, c'est mieux) comme bobby troup, le roi du minimalisme .... ou mieux encore comme sinatra .... deux versions de misty (bobby troup, après my funny valentine , et sinatra, prise inédite tirée de sinatra and strings)
a rare bob dylan film soundtrack song, waitin' for you (2005), written for divine secrets of the ya ya sisterhood (2002)

bonus. bob dylan's happily rocking version of a great grateful dead song, west l.a. fadeaway (jerry garcia/robert hunter), in 1999

... and the original grateful dead version, ten years earlier, in 1989

andrew bird/bob dylan, deux versions de "oh sara"

quelques mots élégants de gilles tordjman dans le webzine pinkushion

Dans un édito de Vibrations paru en mai 2004, titré « L’autisme critique », vous regrettiez que la critique délaisse « le risque et l’ardeur », ne cherche pas « à dire quelque chose du monde ». Force est de constater, en effet, que le discours critique musical met rarement en jeu un point de vue sur le monde, que les grands théoriciens, comme ont pu l’être Serge Daney pour le cinéma, sont rares ... .... À quoi attribuez-vous cette carence ?

Gilles Tordjman:
A une chose toute simple : le manque de générosité, l’absence d’ambition. Daney ne prétendait pas, du moins je crois, se poser en théoricien. Pas plus que l’ami Louis Skorecki. Pas plus, sans doute que l’énigmatique et stimulant Daniel Arasse. Et pourtant, ces gens qui n’étaient ni universitaires, ni théoriciens ont produit des écrits majeurs. Plus encore, ils ont fait une œuvre. Pourquoi ? Parce qu’on y entend, jusque dans leurs faiblesses, le bruit fracassant du désir. Et c’est considérable, le bruit du désir. Il n’est pas obligatoirement envahissant : il peut être discret comme du Morton Feldman, arachnéen comme du Durutti Column. Léger comme les beaux articles de Michèle Bernstein qui ont fait si longtemps, et à eux seuls, l’honneur de Libération.
L’impensé du critique, c’est l’Ange. Une entité intermédiaire entre le Ciel et la Terre ; un passeur. Comment faire dans un temps où il n’y a plus de distinction entre Ciel et Terre, mais où la distinction entre artistes et spectateurs reste si forte qu’on invente des émissions de télé pour convaincre le public que tout le monde peut être artiste, à condition de se plier à l’humiliation générale ? Contre ça, c’est le rôle, ou ça devrait l’être, du critique actuel : dire que tout ne se vaut pas, que le goût est une belle chose mais qu’il faut en accepter la nature discriminante, et qu’enfin tout est à la portée de tout le monde, mais à la seule condition qu’on se donne les moyens d’y parvenir. C’est une ambition modeste, mais cette modestie est devenue folle. Donc la plupart des critiques s’en tiendront à ce qu’on leur demande : aider à faire vendre des marchandises culturelles. Toute autre ambition, tout autre désir, tout pas de côté, sera sévèrement sanctionné, sur l’air bien connu du « on ne vous en demande pas tant ». Or, tous ces autres critiques, tous ces énergumènes qui ont cette vertu spéciale de donner envie se distinguent justement parce qu’ils ont excédé leur pratique, qu’ils ont essayé de dire quelque chose de leur temps. C’est à ça que je pensais dans le texte que vous citez, « l’Autisme critique », en regrettant que la critique musicale n’ait jusqu’à présent produit aucun Daney, aucun Skorecki, aucun Arasse. Résultat, je me suis fait clouer au pilori par des collègues qui s’étaient senti visés et protestèrent de leur bonne foi en disant que leur ardeur à défendre les « musiques du monde » prouvait leur « engagement politique ». Et donc, qu’ils étaient, eux, les plus parfaits représentants d’une critique musicale qui produit de la critique sociale. Vous voyez le niveau.

ne pas oublier ceci, gilles, avec quoi tu ne seras sans doute pas d'accord: si le cinéma s'est enrichi un temps de la réflexion critique, ce n'est pas le cas de la musique (populaire, s'entend): c'est une question d'intelligence des sentiments ... pas de place pour la théorie ... on écoute, on aime, on apprend, on fait éventuellement écouter à d'autres, pour peu qu'on fréquente des autres (ce qui est loin d'être mon cas) ... on bricole des embryons d'idées, des amorces d'archéologie ou de généalogie, on ne va jamais beaucoup plus loin
harry choates (1922-1951), le presley des bayous, créateur cajun de jole blon ... avec la belle johnnie ruth manuel (c'est elle sur la photo)


yes, i love you, 1947 .... vocal and piano by the lovely johnnie ruth manuel , harry choates plays lead guitar in a django reinhardt sort of crazy cajun way ... un miracle d'équilibre sensuel décalé
one of the very best dylan concerts ever, portsmouth 2000 (his best year, anyway)

lovesick

can't wait

to ramona/forever young

gotta serve somebody/mama, you've been on my mind

visions of johanna
quatre nouvelles de jd salinger (fragments inédits)

both parties concerned
I followed her out to the floor, but just as we got there the orchestra got sneaky on us. They started playing Moonlight Becomes You.

bing crosby/moonlight becomes you (the road to morocco, 1942)
It’s old now, but it’s a swell song. I mean it isn’t a bad song. We used to hear it once in a while on the radio in the car or the one at home. Once in a while Ruthie used to sing the words. But it wasn’t so hot, hearing it at Jake’s that night. It was embarrassing. And they must of played eighty-five choruses of it. I mean they kept playing it. Ruthie danced about ten miles away from me, and we didn’t look at each other much. Finally, they stopped. Then Ruthie broke away from me like. She walks back to the table, but she don’t sit down. She just picks up her coat and beats it. She was crying.

blue melody (scratchy needle on a phonograph record.)

“Why you like this little ole boy like you do?” Lida Louise asked Peggy.
“I don’t know,” Peggy said. “I like the way he stands at the blackboard.”
Rudford considered the remark disgusting, but Lida Louise’s threnodic eyes picked it up and looked away with it. She said to Black Charles, “Uncle, you hear what this little ole Margar-reet say?”
“No. What she say?” said Black Charles. He had the cover of his piano raised and was looking for something in the strings—a cigarette butt, perhaps, or the top of a catsup bottle.
“She say she like this ole boy on accounta the way he stands at the blackboard.”
“That right?” said Black Charles, taking his head out of the piano. “You sing somethin’ for these here chillern Lida Louise,” he said.
“Okay. What song they like?…Who stole my cigarettes? I had ‘em right here by my side.”
“You smoke too much. You a too-much gal. Sing,” said her uncle. He sat down at his piano. “Sing ‘Nobody Good Around.’ ”
“That ain’t no song for kiddies.”
“These here kiddies like that kinda song real good.”
“Okay,” said Lida Louise. She stood up, in close to the piano. She was a very tall girl. Rudford and Peggy, already sitting on the floor, had to look way up at her.
“What key you want it?”
Lida Louise shrugged. “A, B, C, D, E, F, F,” she said and winked at the children. “Who cares? Gimme a green one. Gotta match my shoes.”
Black Charles struck a chord, and his niece’s voice slipped into it. She sang “Nobody Good Around.” When she was finished, Rudford had gooseflesh from his neck to his waist. Peggy’s fist was in his coat pocket. He hadn’t felt it go in, and he didn’t make her take it out.

Now, years later, Rudford was making a great point of explaining to me that Lida Louise’s voice can’t be described, until I told him that I happened to own most of her records and knew what he meant. Actually, though, a fair attempt to describe Lida Louise’s voice can be made. She had a powerful, soft voice. Every note she sang was detonated individually. She blasted you tenderly to pieces. In saying her voice can’t be described, Rudford probably meant that it can’t be classified. And that’s true.

a girl i knew

1.
probably for every man there is at least one city that sooner or later turns into a girl. how well or how badly the man actually knew the girl doesn't necessarily affect the transformation. she was there, and she was the whole city, and that was that.
2.
i had a phonograph and two american phonograph records in my room.
.... ....
on one of the records dorothy lamour sang moonlight and shadows, and on the other connee boswell sang

connee boswell/the nearness of you (1940)
(elle chantait where are you? dans la nouvelle de salinger, mais je ne l'ai pas trouvée)
.......
one evening i was in my sitting room, writing a long letter to a girl in pennsylvania, suggesting that she quit school and come to europe to marry me—a not infrequent suggestion of mine in those days. my phonograph was not playing. but suddenly the words to miss boswell’s song floated, just slightly damaged, through my open window:
"where are you?
where have you gone wissout me?
isought you cared about me.
where are you?”
thoroughly excited, i sprang to my feet, then rushed to my window and leaned out.

a young girl in 1942 with no waist at all
Ray put his arm around Barbara’s waist to steady her. She has no waist at all,” said Mrs. Woodruff and looked gently at Ray. “How perfect it must be for you to be out on a night like this with somebody who has absolutely no waist at all.”
where does his falsetto come from: rh harris or brian wilson?

liam hays and plush/take a chance (check lovely new cd, fed)

" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."