Le point commun entre Dylan et les frères Delmore, c’est un art déstabilisant du mélange entre des paroles tragiques et une mélodie presque guillerette, le tout étrangement nimbé de sombres pressentiments harmoniques.
Le disque insiste sur l’étrange intimité qui s’est faite depuis les débuts de folksinger du jeune Zimmerman avec les versets de la bible, souvent cités littéralement, qu’il a à l’évidence appris à connaître par la musique gospel plutôt que par l’ancien testament lui-même, même si sa conversion momentanée aux disciples de Jésus Christ (il était devenu un “born again christian”) suggère une étude tardive des textes fondamentaux de la religion chrétienne. On suit presque à la lettre, d’une chanson à l’autre, les incursions dylaniennes dans des thèmes de plus en plus ouvertement religieux, centrés sur ses obsessions du déluge, de la pluie, des inondations, de l’arche de Noé, et surtout de l'Apocalypse, la partie de la Bible dont il s’est le plus souvent inspiré si l’on en croit le spécialiste des rapports entre Dylan et Dieu, Brett Cartwright (The Bible In The Lyrics Of Bob Dylan).
Voilà. L’enquête se termine. On n’en sait pas beaucoup plus. Ne pas oublier de dire qu’on passe ici des plus célèbres exemples de blues religieux (Blind Willie Johnson, Mahalia Jackson, le révérend Gary Davis, Wynonie Harris, les Swan Silvertones) à des chefs d’oeuvre obscurs de la musique religieuse blanche, des grands moments country chantés par Kitty Wells, Reno & Smiley, Porter Wagoner. J’ai une préférence pour l’insituable son aigrelet de Washington Phillips. C’est un disque fascinant, dangereux, mortel, dont on ne sort pas indemne.
joie de vous lire aussi inspiré
RépondreSupprimerjoie de vous lire aussi élogieux, par un matin de juillet si froid ....
RépondreSupprimerles places pour le concert de bercy sont en vente en ait commande quatre aux balcons(les conditions ne seront pas les mêmes que celles décrites par vous à propos d 'un concert en allemagne),il doit rester des places en orchestre à 88 euros;d 'après vous avec knopfler,c'est risqué?C'EST TOUJOURS L 'ANONYME DE ce matin,il faut continuer à écrire(j 'ai le crabe et votre chronique aide à tenir,tout comme les ecrits de gilles tordjmann-j ai dû écorcher son nom)merci Monsieur LOUIS.
RépondreSupprimerje crois qu'il aime bien knopfler, de toute façon ils ne joueront qu'une ou deux chansons ensemble ... moi, c'est comme chaque année, j'hésite, encore et encore, à y aller ...
RépondreSupprimerDarby & Tarlton... je ne connais rien de plus beau (formule, bien sûr, on trouve toujours quelque chose d'au moins aussi beau) que le coffret Bear Family compilant les chansons gravées par la voix de tête de Darby roulant ses sombres mélodies sur les glissandis de guitare (hawaiian style) tenue par son comparse Tarlton. L'histoire, fulgurante, de ce duo magique finira mal : sombres questions d'argent, rivalité, jalousie, détestation, haine... tout le fonds de commerce de leurs chansons leur revenant en pleine gueule !
RépondreSupprimerReste donc le coffret de la Famille Ours et ce disque-ci rappelant que Bob Dylan, ayant toujours eu de bonnes oreilles, sait de qui tenir... et, cerise sur le gâteau, on y trouve même le Reverand Blind Gary Davis, la plus belle guitare (six et douze cordes) du blues... la formule, encore, toujours !
et je lis qu'il y aurait aussi, outre l'immense Blind Willie Johnson, Washington Philips (et son improbable dolceola) dont j'aimerais tant que mes amis jouent le "what are they doing in Heaven today" le jour où je passerai la rampe... histoire de, littéralement, partir en beauté.
RépondreSupprimerquelqu'un qui possède le précieux petit coffret bear family avec les trois cd presque magiques de darby et tarlton ne peut pas être entièrement mauvais ...
RépondreSupprimerMerci pour ce beau texte, qui a ce mérite rare de nous donner envie, quand bien même nous ne serions fans de Dylan. Il donne envie de voir ce qu'il y a derrière toutes ces références, de faire un travail de recherche passionné ; il nous ouvre des horizons. Et "Anonyme" a raison d'évoquer Gilles Tordjman (avec un seul "n", merci) : ses écrits nous manquent diablement. Je rêverais d'un magazine musical, clandestin, où Skorecki nous parlerait longuement de Dylan ou du coffret Bear Family par exemple, et Tordjman de Cohen (Dylan versus Cohen, donc), de Joni Mitchell, ou de musique classique. It's only a dream...
RépondreSupprimerje ne me souvenais plus des Staple Singers et encore moins donc de ce "this may be the last time" en 10° place sur cette compilation tombée des mains de Bob quand pourtant cette chanson mérite sans délai le devoir de mémoire. J'aime quand l'élégance habille la musique, qu'on en juge : un léger twang de guitare, vibrato et reverb lente pour cordes à peine heurtées, drumming discret (ici on bat l'Assemblée pas la Diane) et le canon "chair de poule" des répons. Rien d'autre. Pas de gras, pas de rab, the less is the best, l'esthétique punk avant l'heure. Le tout début du morceau n'est pas sans rappeler le "(it could be) the last time" des early Rolling Stones. La suite est une toute autre histoire.
RépondreSupprimer@debout: écoutez UNCLOUDY DAY si vous ne connaissez pas, c'est le beau son de guitare au monde, et le seul gospel qu'il est IMPOSSIBLE de ne pas aimer (PS. pops staples avait été l'ami de charley patton ...)
RépondreSupprimercher louis, le titre exact de la géniale compile cherry red est "touched by the hand of bob". à+
RépondreSupprimer@fgo: merci
RépondreSupprimer"Uncloudy day" c'est... comment dire ? Soit on l'écoute et c'est sublime, soit on écoute Louis en parler et on a des frissons qui vous parcourent le corps. On peut faire les deux. On peut aussi n'en faire qu'à sa tête...
RépondreSupprimerhello casper, merci de revenir de temps en temps ... cette chanson là, oui, elle donnerait des frissons à un hérisson paraplégique, non?
RépondreSupprimerje reviens tout le temps, Louis, tous les jours ou presque mais très discrètement, oh ça, très discrètement, j'en conviens, je laisse peu de traces. Ici, chez vous, et vous le savez, c'est mon refuge préféré. J'y peux rien, j'y peux rien...
RépondreSupprimerde temps en temps, j'ai besoin de le savoir
RépondreSupprimermerci
Même à quatre pattes, même réduit à l'état de hérisson paraplégique, je viendrai toujours vous rendre une petite visite.
RépondreSupprimerc'est touchant ... merci encore, petit fantôme ....
RépondreSupprimerPour tout vous dire, Louis, cette chanson, elle bouleverse même une ado d'aujourd'hui, (pourtant habituée à d'autres sons, et quels sons !...). Personne, en fait, pas plus les hérissons paraplégiques que les ados, ne résistent à Uncloudy day, personne. Je me trompe sûrement, mais c'est tellement beau d'y croire.
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