mercredi 18 mars 2009

il y a cinq semaines, j'étais à libération avec florence cousin (nouvelle version)

une assemblée générale venait de rejeter brutalement, par une énorme majorité, une action de grève qui aurait entraîné la non-parution du journal, en soutien au refus de florence cousin d'accepter son licenciement brutal du journal dans lequel elle avait passé 25 ans, pour des "fautes" que jamais elle n'avait commises ..... avec deux mois de salaire en guise d'au revoir ....

c'est dans cette ambiance de lâcheté générale qu'il faut re-situer le combat têtu de florence c. contre l'injustice violente, flagrante, méprisante, commise à son égard ....

j'ai moi-même quitté libération, où j'ai vécu et travaillé plus d'un quart de siècle, il y a très exactement deux ans dans le cadre d'un licenciement économique (on appelle pudiquement ça un guichet-départ) ..... j'avais choisi de partir, j'avais des projets ailleurs, d'autres envies que de travailler avec des gens que je n'aimait plus et qui le savaient .... florence cousin, elle; avait choisi de rester malgré la dureté du travail, les humiliations répétées, c'était sa seule famille, une drôle de famille mais une famille quand même ...

tous les trois ou quatre mois, florence m'appelait pour qu'on déjeune au chinois ou au turc près de la rue béranger ..... j'en profitais poour prendre deux ou trois cafés américains au distributeur et dire bonjour à la seule personne que j'ai jamais regretté en quittant libération .... la terrasse.

on tentait bien de me faire sentir que je n'étais pas le bienvenu, des journalistes bien intentionnés comme marc semo ou tonino serafini allèrent même jusqu'à me dénoncer à la direction (dénoncer quoi? eux seuls devaient le savoir), mais je n'en tenais pas compte ... respirer sur la terrasse, mes 25 ans de collaboration assidue à libé m'en donnaient bien le droit .....

jusqu'au jour où deux rédacteurs en chefs musclés me poussèrent brutalement dehors pour m'empêcher d'embrasser ma dernière amie à libération, une certaine florence cousin, obligée pour laver sa réputation ternie par une direction sadique, de se lançer dans une longue et dangereuse grève de la faim .....

jusqu'au jour où le fürher en chef lui même, un certain laurent joffrin me poussa lui aussi dehors en hurlant comme un putois qu'il allait me foutre son poing dans la gueule ... il était au bord de l'apoplexie mais heureusement ses petits bras étaient trop courts pour m'atteindre .... je savais que cette furieuse mise en scène (il hurlait à un journaliste de libération que j'aimais bien de me virer) était surtout destinée à terroriser la pauvre florence, alloàngée sur son lit de misère à cinquante cm de moi ....

je quittais le hall de libération; je quittais mon amie florence cousin ..... à ce jour je n'y suis jamais revenu, même pour lui faire une bise....

il y a cinq semaines, donc, florence est réduite à la grève de la faim pour laver son honneur ... ..... ...ne pas passer sous silence l'impopularité de florence cousin parmi les cadres du journal et beaucoup de ses journalistes ....elle aplus d'une fois été considérée par une grande partie des habitants de libé-ville comme une employée incompétente pour UNE SEULE RAISON: elle a toujours été hors normes; trop peu cynique et trop peu ambitieuse pour être reconnue comme l'une des leurs par une population de journalistes diminués, apeurés, des journalistes cyniques d'une ambition (personnelle et professionnelle) qu'elle n'avait jamais partagée et dans laquelle, avec la rigueur morale qui a toujours été la sienne, elle ne se reconnaissait pas ... pour eux, florence c. a toujours été une pauvre fille, qui "fout la merde dans les services où elle passe" ....

(sur son passé de journaliste -et d'excellente journaliste- brimée avec une rare brutalité par la hiérarchie et les cadres de libé, voir mon témoignage, DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS DE FLORENCE COUSIN)

après le vote terrible contre florence cousin et la violence inacceptable qui lui était faite, après cette mise à la porte sans indemnités, comme on le ferait pour une tricheuse, une voleuse, florence m'a dit:

"je suis décidée; je fais une grève de la faim"

sa copine fatima brahi, de la cgt, pleurait ......je me suis entendu dire à florence (comme si c'était un autre qui parlait) qu'elle avait raison de faire la grève de la faim; que c'était sa seule arme; sa dernière arme ....

deux ou trois jours plus tard, désespéré de ne voir apparaître AUCUNE réaction dans les médias, j'ai gribouillé furieusement un texte (MOURIR A LIBERATION), que jai proposé au MONDE .... qui l'a refusé ....

j'ai beaucoup réfléchi depuis sur l'assourdissant silence des médias face au combat d'une femme seule, une journaliste, dans ce quotidien tellement en vue ....

est-ce le réseau de joffrin qui a réussi à faire silence autour du corps souffrant de florence c. ou est-ce une conspiration du silence de toute la presse: quand l'un de ses représentants est en crise (et la presse est sacrément en crise), les autres membres de cette confrérie ne se sentent pas (solidarité des puissants, solidarité de classe) de critiquer l'un "des leurs" qui est encore (comme libé) plus fragilisé, plus en crise que les autres ...

le plus terrible, le plus terrifiant dans cette sinistre histoire, c'est que les faibles de la presse deviennent très vite et avec un rare sadisme des forts pour les autres: c'est l'édifiante parabole fassbinderienne du droit du plus fort sur le dos de la plus faible ...

grâce à la gentillesse et l'hospitalité de christophe kantcheff, mon papier cri de coeur refusé par LE MONDE après 3 ou 4 jours d'incertitudes mêlés d'espoir .....passa une semaine plus tard dans POLITIS, malgré ses faiblesses évidentes ....

politis est paru le 18 février

le même jour, un beau papier très émouvant signé d'une ancienne de libé, dominique conil, s'affichait dans mediapart


là au moins, les gens parlaient, discutaient, réagissaient ....

(A Suivre)

samedi 14 mars 2009

des nouvelles de florence cousin (3)

chère florence.......
puisses-tu trouver la paix (et retrouver la santé) loin de
libération, le plus loin possible .... le 10 mars, c'était l'anniversaire du prophète mohamed (que dieu soit avec lui); c'était aussi le mien (que dieu soit avec moi) ... je sais que désormais dieu sera toujours près de toi .....
je t'embrasse très fort

des nouvelles de florence cousin (2)

j'ai eu un mail dans la nuit de vendredi à samedi ... elle va bien ....
... elle a le moral .... bientôt on ne parlera plus d'elle .... enfin, disons qu'on parlera ENCORE MOINS D'ELLE .... et ce sera tant mieux

des nouvelles de florence cousin.....

http://www.mediapart.fr/club/blog/fred-oberson/130309/le-libe-des-ecrivains#comment-123349

DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS SUR FLORENCE COUSIN (cinquième semaine de grève de la faim ....)

si vous le pouvez; répondez plutôt ici:
http://www.mediapart.fr/club/blog/fred-oberson/130309/le-libe-des-ecrivains#comment-123349
on parle à peine, ici et là, de ces "fautes professionnelles graves" qui auraient entraîné le renvoi brutal de florence cousin ... elle aurait été incompétente comme secrétaire de rédaction, un poste pour lequel elle n'a eu en tout et pour tout que ... quelques jours de formation.
mais avant, pendant ses 25 ans à libération, elle a fait quoi, florence? je ne peux témoigner que de ses essais malheureux (vexations, refus répétés, rejet de tous) pour devenir journaliste.
ah, quel beau métier, journaliste ....
j'ai travaillé aux côtés de florence plus de dix ans, au "guide culture", une période pendant laquelle (contrairement à ce que laisse entendre la direction, qui a même répandu la rumeur qu'elle était illettrée) elle a écrit plusieurs dizaines de papiers, dont au moins deux (je cite de mémoire) faisaient une pleine page, soit près de cinq feuillets .... il suffit de consulter les archives de libé, de vérifier ...
par ailleurs, florence (qui a aussi écrit un très joli livre pour enfants) a toujours été, dès le départ, une TRES BONNE JOURNALISTE, capable d'écrire un feuillet 1/2 très argumenté sur une émission de télé en moins d'une demi heure (je n'en suis pas capable), ce que nombre de scribouillards (de libé ou d'ailleurs) ne savent plus faire depuis longtemps.
pourquoi, demanderez-vous, n'est elle pas devenue journaliste?
tout simplement parce qu'à libé, on ne l'a pas voulu, on n'a pas voulu d'elle, on n'a pas voulu de son talent... on ne l'a pas non plus laissée écrire ces articles très originaux (sur les plantes, la cuisine, les épices, etc .... qui correspondaient tout à fait à son côté "démodé"), des articles légers et décalés qu'elle proposait, mais qui étaient toujours à la dernière minute, refusés ... même sur le site de libération, on ne l'a pas laissée écrire ...
et pourquoi ne l'a-t-on pas laissée écrire? parce qu'à libé, depuis au moins dix ans, il ne s'agit plus d'encourager le talent, mais bien de décourager ceux qui n'entrent pas dans le moule (cynisme, petits arrangements entre copains, carriérisme ...) ... et là, je confirme ce qu'on laisse entendre ici est là: oui, florence cousin est une psycho-rigide, une catholique pratiquante qui ne s'est jamais fondue dans cette identité d'arriviste petit bourgeois qui peuple libération: elle n'est jamais entrée dans le moule libé et c'est ce qui la rend honnête, courageuse, attachante .... florence cousin ne saura jamais (et ne pourra jamais) comprendre les injustice et les bassesses de la vie (à libé ou ailleurs ...)
ce refus qui lui était fait d'écrire (tu écris un jour, on te publie, ensuite on te censure, on te refuse ton texte, puis on publie .... c'était des choses à la rendre folle) ... c' est surtout un refus délibéré et répété de lui accorder (à elle qui n'avait effectivement pas le profil libé, dans ce que cette appellation a de plus horrible, de plus petit, de plus cynique) ce statut de journaliste qu'elle aurait tant aimé avoir, pour lequel elle s'est battue comme elle pouvait, à sa manière, et qui aurait vraiment enrichi les colonnes du journal, ce statut de journaliste qu'on donnait à d'autres, moins doués pour l'écriture, moins faits pour écrire, mais prêts à toutes les bassesses pour réussir, ces bassesses auxquelles florence était foncièrement incapable de s'abaisser ... .... ...
une dernière chose: elle ne s'est JAMAIS servi de sa carte de la CGT (ou de ses positions de délégué syndicale) pour se frayer un chemin vers la réussite sociale: elle n'était pas au syndicat pour ça, mais pour ses idées, pour défendre les autres avant tout ...
je l'ai assez engueulée parce qu'elle ne racontait même pas à la CGT les humiliations qu'on lui faisait subir quand elle tentait d'écrire (son statut officiel était "secrétaire du guide culture ..... pire qu'un placard pour femme de ménage , un placard humiliant en plus) ...
tout ça, personne ne vous en parlera, personne ne s'y intéresse, personne à libé ne s'y est jamais intéressé
florence a toujours été fragile, c'est pourquoi le fürher de libération s'est acharné sur elle en premier .... les autres comprendront bientôt qu'ils auraient dû se sentir solidaires ...
qu'ils se rassurent, leur tour viendra ....

samedi 7 mars 2009

samedi 28 février 2009

une belle chanson de jean-claude vannier pour faire plaisir à daniel licht

cet homme là, dandy d'adoption et roucouleur de vocation, vaut bien mieux que ses rares digressions instrumentales (les seules qu'on trouve encore sur disque, tout ce qu'il a chanté est passé au rebut), bien mieux que ses somptueuses orchestrations pour gainsbourg (melody nelson) et sans doute bien mieux que le vieux gainsbourg lui-même. La preuve? Cherchez les vinyles ....

jean claude vannier/une histoire vécue (1990)

love sick (best live version, baltimore, 1999)

i'm walking through streets that are dead
walking, walking with you in my head
my feet are so tired, my brain is so wired
and the clouds are weeping

did i hear someone tell a lie?
did i hear someone's distant cry?
i spoke like a child; you destroyed me with a smile
while i was sleeping


i'm sick of love but i'm in the thick of it
this kind of love i'm so sick of it

i see, i see lovers in the meadow
i see, i see silhouettes in the window
i watch them 'til they're gone and they leave me hanging on
to a shadow

i'm sick of love; i hear the clock tick
this kind of love; i'm love sick

sometimes the silence can be like the thunder
sometimes i wanna take to the road and plunder
could you ever be true?
i think of you
and I wonder

i'm sick of love; i wish I'd never met you
i'm sick of love; i'm trying to forget you

just don't know what to do
i'd give anything to
be with you

samedi 21 février 2009

bob dylan, 2009: danemark (29 mars), suède (27/28), norvège (25)

it's an absolute best of/le reste est désespérément nul ...

bob dylan/desolation row (29 mars)

bob dylan/watching the river flow (28 mars)
la seule chanson de la soirée à la guitare ... un peu de la bouillie ... mais bon, ce n'est pas sa meilleure chanson et ....bientôt 70 ans, hein? ......

bob dylan/the ballad of hollis brown (28 mars)

bob dylan/(to be stuck inside of mobile with the) memphis blues again (28 mars)

bob dylan/beyond the horizon (28 mars)

tweedle dee & tweedle dum/the man in me (malmö/28 mars)
BONUS/jönköping (27 mars)/oslo (25 mars)

bob dylan/don't think twice it's alright (27 mars)

bob dylan/make you feel my love (27 mars)

bob dylan/when i paint my masterpiece (oslo, 25 mars)
pas sa meilleure chanson non plus ....et ....bientôt 70 ans, hein? ......

mercredi 14 janvier 2009

ode to billie lee (from bob dylan with love)

le petit bob s'est imbibé de tout ce qu'il entendait: de little richard à hank williams, d'emmett miller à charles aznavour, des everly brothers à billy lee riley...

billy lee riley/repossession blues (1958)
bob dylan/repossession blues,1978,RUNDOWN STUDIOS),


ODE TO BILLY LEE

Cette chanson-là en vaut mille. Par ses paroles, sa musique poisseuse, son incroyable actualité: écouter, réécouter Reposession blues, et regardez le film qui défile dans votre tête : on est en 2009 dans le Sud dévasté, ou la Nouvelle Orléans qui ne se remet pas. Reposession blues est pourtant sorti chez Sun il y a….. un demi-siècle. Well, i ain't got no money, chante le jeune homme à l’accent Arkansas/Mississippi, à la voix de délinquant pré-Elvis,
I'm gonna lose everything i own. En bon français, ça donne : Je n’ai pas d’argent/Je vais perdre tout ce que j’ai . Crise économique, typhons, ouragans, cyclone, tout se précipite dans ces mots simplement désespérés. Well, i ain't got no money/I'm gonna lose everything i own/You know a man was coming out this morning/Wanna reposess my home. Les images s’accélèrent : Un homme est venu ce matin/Il veut reprendre ma maison. On passe en un montage sec, un flash furieux, des Raisins de la colère revus par John Ford aux milliers de nouveaux pauvres qui squattent la rue, qui ont tout perdu: travail, maison, dignité.
Qui a écrit ça ? Qui chante ça ? Retenez son nom, bientôt le monde le connaîtra par cœur. Il s’appelle Billy Lee Riley. Sa célébrité tardive, il la doit à un homme, un seul, un certain Bob Dylan qui lui voue depuis toujours une admiration sans borne. Un beau jour de 1978, dans les Rundown Studios, le jeune Bob (il n’a que 38 ans après tout) enregistre des demos pour une nouvelle étape de son Never Ending Tour, celle où il tournera avec l’aide de Larry Ratso Sloman, son génial Renaldo and Clara. Parmi ces maquettes, une version poisseuse, plombée, fiévreuse de Reposession Blues de son héros de jeunesse, Billy Lee Riley (Bear Family a publié en double CD l’intégrale de ses enregistrements Sun, dont une moitié de superbes inédits).
Well, they took my television/Now they're coming for my radio/Well, they took my television/Now they're coming for my radio (Ils m’ont pris la télé/ Ils viennent me prendre la radio),
They don't like the way i'm doing/They say i pay my bills too slow (Ils n’aiment pas mon mode de vie/Ils disent que je paie mes factures trop lentement). Dans le remake de Dylan, les vingt ans qui séparent de l’original Sun ont alourdi la dette, symbolique, réelle, terrible, une dette de sang et de larmes, d’un poids d’apocalypse, un poids dylanien, un poids biblique.
I paid twenty dollars down/I bought a new Chevrolet bel air/I paid twenty dollars down (J’ai avancé vingt dollars/Je me suis payé une Chevrolet Bel Air), I bought a new Chevrolet Bel Air/Was a man he came out and got it/And now i got to walk everywhere (Un type est venu, il l’a prise/Et maintenant je n’ai plus qu’à marcher). Ecoutez les deux versions, le rockabilly noir du petit blanc illettré des plantations de coton, Billy Lee Riley, le Steinbeck-boogie de Dylan, et dansez, dansez, dansez (tout ça est sur skorecki.blogspot.com, avec des tonnes de sinatra, de nilsson, de blues noir, de dylan juif …)
A plus de 70 ans, Billy Lee recommence à chanter sur scène ses tubes les plus connus (Red Hot, Flying Saucer Rock And Roll). Regardez le à l’harmonica avec l’orchestre de Slim Harpo, il est carrément swampy. Certains soirs, Dylan traîne backstage. Ce qu’ils se disent? Vous voulez savoir ?Repasse moi la bouteille de moonshine, mec, i wanna get stoned. Comment je le sais? J’y étais
(paru dans le dernier ROLLING STONE)

mardi 13 janvier 2009

MOURIR A LIBERATION?

Je ne suis pas le mieux placé pour parler de Libération, ni de la crise qui l’agite. En même temps, vu mon passé (vingt-cinq ans de fidélité exclusive à Libé dont je suis parti volontairement, mais à bout de force, à bout de nerfs, voici bientôt deux ans), j’en connais assez sur le fonctionnement de la maison Libération, celle de July autant que celle de Joffrin, pour pouvoir émettre deux ou trois hypothèses, ne serait-ce que des hypothèses purement météorologiques, des hypothèses d’ambiance, sur la crise grave, une crise d’un nouveau genre, qui l’agite.

L’ambiance. Il me reste deux ou trois amis, pas plus, à Libé. Les autres sont morts (Serge Daney, Michel Cressole) ou partis (Nidam Abdi, Daniel Licht, Jean-Luc Allouche, Emmanuel Poncet …). Je ne veux pas dire par là que rester à Libé, c’est se mettre sur une position idéologique avec laquelle je serais forcément en désaccord, c’est juste un titre de presse, déboussolé, sans énergie, fatigué tout autant par la mollesse de sa direction que par le manque d’enthousiasme de ses journalistes. Disons que c’est la lâcheté ambiante qui m’a fait partir, pas l’absence d’amis dans la maison.
Si je raconte tout ça (qui n’intéresse peut-être pas grand monde) c’est pour témoigner à la première personne du peu de cas qui est fait de la vie d’une de ses journalistes, Florence Cousin, qu’on tente de déstabiliser et de renvoyer brutalement du journal où elle travaille depuis plus de vingt ans, avec deux mois de salaire pour tout dédommagement, sous prétexte qu’elle serait "incompétente". On aurait pu s’en rendre compte plus tôt. Florence Cousin est actuellement secrétaire de rédaction à Libération, elle y a occupé sept ou huit postes différents par le passé. Elle sort d’une longue et grave maladie. Elle a entamé depuis mardi 10 février, dans le hall du journal, une grève de la faim.
Faut-il mourir pour son journal ? Faut-il mourir pour Libération?
Florence cousin fait partie du petit peuple de Libé, les obscurs, les faibles, ceux dont on ne remarque l'absence qu'une fois qu'ils sont partis pour de bon. C'est l'une de ces deux ou trois personnes dont je disais en ouverture de ce texte que ce sont encore pour moi "des amis". Sans doute pour cette raison aussi peut-on penser que je ne suis pas le mieux placé pour la défendre. Doit-on se taire pour autant quand un ami souffre, quand il souffre injustement? Doit-on se taire quand ces souffrances, on les partage, on les comprend un peu, on les a un peu soi-même vécues (j'ai été viré manu militari de Libé, un mois avant ma date officielle de départ volontaire, avec une violence et un sadisme rares)? C'est pourquoi j'ai décidé, même si je ne suis pas la personne la mieux placée pour parler du peu de cas qui est fait de la vie de Florence Cousin, de parler quand même. Avec des mots peut-être excessifs, excusez-moi, ce sont les miens, je n'en ai pas tant que ça. Ecrire pendant quarante ans aux Cahiers du cinéma ou à Libé vous donne un peu de vocabulaire, mais pas ce vocabulaire là. Que Libération se mette ou non en grève -pour protester du peu de cas qui est fait du sort de l'une de ses employées, mais aussi et surtout pour s'indigner légitimement de certaines nouvelles inégalités salariales, insupportables en temps de crise- ne me regarde pas. Je prie juste pour la vie de Florence. Elle en sera jeudi à sa dixième journée de grève de la faim. Elle est digne, courageuse. Mais la lassitude profonde, la fatigue réelle, se font évidemment sentir. Un peu de décence, un peu de justice, un peu de compassion, un peu de pitié, messieurs de Libé, serait tout à votre honneur. J'ai la faiblesse de n'attendre rien d'autre de vous.

quand libération interdit aux medias l'entrée au journal ...

terrorisés par la peur de perdre le combat que leur livre fièrement et désespéremént florence cousin, les dirigeants de libération semblent bel et bien avoir décidé d'interdire le journal au monde extérieur ... de peur que des reportages trop réalistes ne viennent entâcher l'image que joffrin et ses sbires tentent de communiquer au monde extérieur, avec l'appui actif de la section CGT extérieure au journal, pressée elle aussi de "liquider vite fait" le cas florence cousin.
non seulement on la harcèle de partout, nuit et jour, en lui reprochant d'être une tâche, une plaie ouverte qui fait mauvais effet au journal, et pire encore à l'extérieur du journal mais la panique aidant, la kyrielle de petits chefs rageurs (chloé nicholas, didier pourquery, françois sergent, et bien sûr l'invisible joffrin, qui ne se montre plus qu'aux AG, bien déterminé à gagner son combat contre la pauvre florence cousin par KO) semble décidée à murer véritablement le journal contre le monde extérieur: qui entre doit montrer patte blanche .....pour la première fois de son histoire, libération filtre les entrées ... et si la télévision venait faire un reportage sur florence, hein, que se passerait-il?

DYLAN, éléments de généalogie


blind willie mctell/bob dylan/delia

blind willie mctell/bob dylan/broke down engine
elvis presley/bob dylan/tomorrow night

tomorrow night/bob dylan, live, japon (15 février 1994)

frank hutchison,
blind willie mctell/bob dylan/broke down engine
bob dylan/elvis presley/tomorrow night

elvis presley/tomorrow night (great overdubbed version recorded 11 years later, in 1965)


bob dylan/frank hutchison (great white bluesman)/stack'o lee
mississippi john hurt/bob dylan/frankie and albert

bo carter
(et les mississippi sheiks) /bob dylan/corinna corinna
henry thomas
(le poète du texas folk des années vingt)/bob dylan/honey just allow me one more chance
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four or five superb versions of POSITIVELY 4th STREET, la plus belle étant l'australienne (sydney, 1966)

positively 4th street est l'une des rares chansons méchantes de dylan, un type pas spécialemement gentil  -ni avec lui-même, ni avec les autres-  ce qui a fait dire qu'en fait, l'objet de la chanson, le sujet plutôt, était lui-même (positively 4th street, c'est aussi le titre du meilleur livre sur les débuts de dylan, et du quatuor fondateur: dylan, joan baez, dick farina (son vrai role model, le seul type dont il ait jamais été jaloux) et mimi farina, la soeur de joan baez, belle comme le jour, dont dylan était positivement amoureux)

bob dylan/positively 4th street (original 45 rpm version, 1965)

décidément, l'australie réussit à dylan ... après les fabuleux bootlegs de melbourne (1966) que j'ai tous postés sur youtube (et certains sur ce blog), voici un trésor caché enregistré un soir de défonce à sydney ...
bob dylan/positively 4th street (sydney, 1966)


bob dylan/positively 4th street (hambourg, 1991)

bob dylan/positively 4th street (prince's trust, 1996)

POST SCRIPTUM: most recent slow version
bob dylan/positively 4th street (slowest weeping/jewish version, liverpool, 1996)

bursa, turquie (1939-1960)

je déteste aznavour depuis toujours (me, i'm a bécaud man), mais là, il m'a bluffé, le con

charles aznavour/she/yesterday when i was young

quand libération se mure dans ses murs

il y avait jusqu'à peu à libé une tradition d'ouverture, d'hospitalité minimale: pouvaient y revenir en particulier "les anciens", venus dire bonjour à un vieux copain ... maintenant on ne peut même plus, A L'ACCUEIL, venir embrasser une amie ...
juste pour rappeler que hier,  mardi, j'ai été hors du hall de libération où je venais soutenir florence, sans droit d'y revenir: c'est illégal mais les deux sbires qui m'ont expulsé devant quelques témoins paralysés (didier pourquery et françois sergent) le faisaient littéralement à la manière des CRS de mai 68: ironique retour d'histoire que ces ex maos, au déni de toute loi démocratique, de tout usage commun, et de tout sentiment humain, se transformant en flics monolithes, représentants d'un d'ordre absolu et rigide (mais quelle société défendent-ils, quel est cet état libé, cette ville libé, qu'ils encadrent ainsi?), un ordre qu'ils ont si longtemps combattus ...
inutile de dire qu'à libé, à l'accueil, personne n'a bronché: lâcheté ambiante, angoisses diffuses, peurs sur la ville-libé, tout a contribué à ce moment précis à faire de l'équipe un ghetto de zombies apeurés ...
au fond, cette stratégie hyperviolente est surtout destinée à affaiblir florence, à la faire craquer, à l'user au plus vite ...
ne t'en fais pas florence, je reviendrai ...

thelonious monk/bing crosby........just a gigolo


thelonious monk (piano solo)/just a gigolo (1961)

bing crosby/just a gigolo (1931)

just a gigolo ..... bonus


irene bordoni/betty boop/max fleischer/just a gigolo (1932)

new dylan cd to come out in five weeks ...

ROLLING STONE publiera dans un mois un  "spécial dylan" pour coïncider avec le nouvel album, dix chansons inédites, qui bouclera la trilogie commencée avec "love and theft" et modern times
il n'y a pas si longtemps, dylan savait encore chanter SA version de  all along the watchtower  (celle de john wesley harding, 1969), et pas ce piteux boogie rock mollement adapté de la reprise de jimi hendrix ...


all along the watchtower/mick taylor, guitar/it's all over now, baby blue (bob dylan, one night in hamburg, 1984)

original version of sad eyed lady of the lowlands, denver tapes, 13 mars 1966

DENVER TAPES

bob dylan/sad eyed lady of the lowlands
c'est dans cette première ébauche de sad eyed lady of the lowlands que s'écoute le vrai dylan, celui du mercury sound des disques sun qu'il tentait vainement de reproduire...
écouter soigneusement les paroles du "positively van gogh" (juste en face, colonne de gauche), enregistré aussi en 1966, dans cette même chambre d'hôtel où beaucup de choses sans doute trop électriques se jouèrent ... l'adoration qu'éprouvait dylan pour van gogh est connue ...mais si la chanson est belle, crypto-poétique, et tout et tout, elle renvoie surtout à la soeur du peintre ... une certaine johanna


bob dylan/seems like a freeze out (visions of johanna)
écouter cette première version de "visions of johanna", où dylan dit:
"he examines the nightingale's code, still written/on the fish truck that loads, my conscience explodes...
soit quelques mots effacés de la version définitive (la fameuse variation sur le "nightingale's code", le code de l'hirondelle)
sur lesquels des milliers de pages ont été écrites, évidemment en vain .....
ne pas oublier les peintures de dylan, ses pochettes de disques, ses expositions: serait-il peintre? serait-il le frère de johanna gezina van gogh, ou son fils? ... ou quoi?
DENVER TAPES (suite)

bob dylan/denver tapes (suite)/if you want my love (1966)
attention, la chanson ne commence vraiment qu'après 1 minute .....

postively van gogh

"Wait, the tune is gonna come, man. "
When I'd ask why the painting was deadly
Nobody could pick up my sign
'Cept for the cook, she was always friendly
But she'd only ask, "What's on your mind?"
She'd say that especially when it was raining
I'd say "Oh, I don't know"
But then she'd press and I'd say, "You see that painting?
Do you think it's been done by Van Gogh
The cook she said call her Maria
She'd always point for the same boy to come forth
Saying, "He trades cattle, it's his own idea
And he also makes trips to the North
Have you ever seen his naked calf bleed?"

I'd say, "Oh no, why does it show?"

And she'd whisper in my ear that he's a half-breed
And I'd say, "Fine, but can he paint like Van Gogh?"
I can't remember his name he never gave it
But I always figured he could go home
etc, etc
...
...
....
....
EXTRA DENVER TAPES
DENVER TAPES/don't tell him

EXTRA BONUS (l'un des tout premiers enregistrements du jeune dylan)
the minnesota tapes (1961)

bob dylan/wild mountain thyme (minnesota, 1961)

GILLES TORJMAN PARLE DE FLORENCE COUSIN (texte écrit le dimanche 15/02/09)

Aujourd’hui dimanche, je suis allé voir Florence Cousin dans le Hall de Libération. Pourquoi dans le hall ? Parce qu’elle y mène depuis une semaine une grève de la faim. C’est une réponse extrême à une situation plus extrême encore. Les nouveaux managers de Libération ont en effet décidé de la licencier pour « incompétence » et « faute réelle ». D’autres ont déjà fait remarquer qu’une direction qui met 25 ans à s’émouvoir de l’incompétence supposée d’un salarié ne prouve que sa grande rétactivité — c’est une compétence appréciée lorsqu’on prétend diriger un quotidien d’informations.

Je n’ai jamais travaillé avec Florence Cousin, et donc ne peut porter aucun jugement sur ses compétences professionnelles. Je peux juste dire que, pour partager une expérience de la Presse aussi ancienne que celle de Florence, j’ai croisé un nombre extravagant de bras cassés, d’incapables notoires, de compromis protégés, de faux rebelles appointés qui, eux ne se sont jamais fait virer de nulle part. Au contraire, c’était bien leur docilité baveuse qui leur permettait de choisir leur laisse, quand le temps de changer de maître leur était venu.
En d’autres temps, on aurait trouvé comique qu’un journal qui a si longtemps donné des leçons de morale gauchiste à la terre entière se comporte désormais comme une entreprise ordinaire. Mais l’histoire de Florence Cousin ne nous fait pas rire. On peut y lire, en négatif, toute la conformité au pire de la société française acceptée par les plus virulents de ses contempteurs apparents : de la violence, de la morgue, du cynisme ; une immense lâcheté. De ce journal que nous sommes nombreux à ne plus acheter par découragement face à sa médiocrité décomplexée et désormais revendiquée comme une valeur positive, on n’attendait pas grand-chose. Mais seulement qu’il respecte le droit du travail ou, qu’à tout le moins, il s’abstienne d’en fouler au pied les plus élémentaires principes.

Nous soutenons Florence Cousin ; nous continuerons à aller la visiter, et à dénoncer la situation inique qui lui est faite pour de fallacieuses raisons, jusqu’à ce qu’on lui rende justice•

Gilles Tordjman

une lettre de daniel licht, ex journaliste à libération, sur l'état REEL de cet ex journal ... à méditer

cher cinémaniaque, merci pour l'attention prêtée...san antonio à peine, post celinien, pas le talent, le pitch? libé est la pire des entreprises que j'ai connues, une secte qui se fait passer pour une famille, un pseudo kibboutz où les privilèges sont versaillais, pas d'âme, pas d'humanité, ignoble machine à broyer, gestion de type république bananière, mafia parisienne en veine de sicilianisation, rien à attendre, décrédibilise toute démarche individuelle, à mettre en bière d'urgence pour régaler les vermines, une anomalie historique pour houdini qui ferait disparaître cet oiseau de proie qui joue les colombes...la morale gît dans l'extrait de ton film, lors de l'interpellation de semo par ta répartie "et toi tu n'as même pas de l------":Tout est dit:un journal qui n'a pas de lecteurs (pour l'anecdote filipis s'est retrouvé au gnouf pour avoir rangé les convocs direct à la poubelle----comme cela s'est toujours fait----on préfère se torcher avec les dr de rép; et payer des amendes exorbitantes , mais pour le personnel, zob!) suite à des décennies de présomptueux mépris ne mérite pas d'exister-------- et alors? l'artillerie du code du droit du travail, le feu d'artifice corse, ou le coup de boule (au propre et au figuré, car, et c'est un aronien kissingerophile qui te le confie, il y a des limites à l'art du compromis: sinon, ce n'est plus du judéo, c'est de la carpette-----)aux gnomes qui le méritent------bref, mieux vaut être un prince pendant une heure qu'un schmock toute sa vie------tu es plus sensible à l'injustice et l'hypocrisie, je le suis davantage à la bêtise, c'est égal, à nous deux nous réalisons une belle paire d'hérétiques----"il est des gens qui parviennent très vite à vivre, avec tout ce que cela suppose:je leur trouve une certaine vulgarité"("progrès en amour assez lents" de jean paulhan)-------zay gizind, bien à toi, je t'embrasse et pense à toi affectueusement, dl-

mercredi 7 janvier 2009


dylan/bible citations/lire les textes en commentaires

listen to the ghost of charley patton, the man who taught robert johnson: the one and only son house

si sa guitare n'était pas aussi bien accordée à sa voix (rauque, rugueuse, troublante), si elle n'était pas aussi mal accordée (d'un point de vue "moderne"), si elle n'était pas si désaccordéee, la magie noire passerait-elle aussi bien, aussi fort?

son house/downhearted blues

hey, hey, marmande, tu es vraiment un crétin


bob dylan/someday baby/pub ipod
(lire le texte en commentaires)

où sont les mots/WHERE ARE THE WORDS ... ?


mandy patinkin/criminal mind's greatest hits

when kokomo, the original milkcow man (wrote it, made a hit out of it), elvis, eddie and bob went milkcowin' their women, man, it sure was swingin'


kokomo arnold/milkcow blues(1934)+ milkcow blues 2 (1935)
elvis presley/milkcow blues (1954, sun records)

eddie cochran/milkcow blues (1958)/bob dylan/milkcow blues (1963, outtake from "the freewheelin' bob dylan")

this time he has come ... alexander "skip" spence

en réécoutant OAR d'alexander "skip" spence j'ai découvert cette furieuse mélopée hippie, avec batteries sauvages dignes des plus grand drummers nègres

alexander "skip" spence/this time he has come (films d'occasion prod.)

je t'aime, mandy (mandy is two ....mandy is three ) but who is mandy ... mandy patinkin?

ccc

what if the new dylan record was all about ......woody guthrie?

si l'on en croit les rumeurs, il semblerait que le nouveau disque de dylan (qui sort dans deux ou trois mois) soit constitué de reprises de woody guthrie ....now isn't that a good idea?

woody guthrie/une des rares videos d'archives qui a survécu.....

bob dylan improvise sur la chanson de woody guthrie, 1913 massacre (version live, inédite, de 1961)

woody guthrie's "pretty boy floyd/bob dylan's "pretty boy floyd"

bob dylan .. encore dylan ... haven't you got anything else to offer? anything else? no

 à chaque fois c'est comme une évidence, une fulgurance, une blessure: cet homme là, cette voix là,  sont comme un croassement de l'âme, un cri essentiel, le sourire d'un ami, la plus belle mauvaise foi du monde, l'impossibilité à vivre heureux, un sourire méchant, méchant, méchant: cet homme est un loup pour l'homme ...

bob dylan/my back pages (original ANOTHER SIDE OF version)
cette chanson est l'une des plus belles et des plus étranges de bob dylan, elle vient de son très bel album transitionnel, another side of bd ....

dylan's my back pages: best version, 1998, minneapolis


bob dylan/my back pages (minneapolis, 1998)

quelques images télé et cinéma de debra paget (pour jean-claude biette)


take your time, it's nearly ten minutes long: des images en couleur de debra paget: rien de glorieux,  pas d'allan dwan ou de jacques tourneur, juste un extrait noir et blanc  d'une série télé oubliée .. tout ça pour jean-claude biette?eh oui, on se refait pas ...

1. ELVIS AND DEBRA/milton merle show (1956)/HOUND DOG

FRITZ LANG/LE TIGRE D'ESCHNAPUR
LOVE ME TENDER/ELVIS and DEBRA

i love mandy (mandy is two, mandy is three ......)


mandy patinkin dans une fausse pub pour esprits criminels (tous les lundis, 22h30, TF1): parodies sanglantes de grands standards ....

dead like me/2. sunday in the park with george (sondheim)

mandy patinkin/i'm always chasing rainbows

harry nilsson + gordon jenkins/i'm always chasing rainbows

judy garland/i'm always chasing rainbows
 i'm always chasing rainbows, c'est juste pour mandy, les versions d'harry nilsson et de judy garland (historique) ne sont là que pour l'accompagner... 

frank sinatra, 1959

la musique presque langoureuse, presque désaccordée de ce triste mini mélo est d'harold arlen, les paroles sont de johnny mercer, what else to say? what else?

frank sinatra/one for my baby (and one more for the road)/1959

hey bukka, you got me ... shaaaakiiiiinnn all over


bukka white/aberdeen, mississippi

vince taylor/shakin' all over

notes sur luc moullet

1. Si ce texte est écrit à la première personne, c’est qu’il vient d’un endroit très particulier où je vis depuis bientôt vingt ans: hors du cinéma, loin de lui … le plus loin possible.

2. Il y a eu un pays où j’ai vécu longtemps, un pays que j’aimais appeler « le pays du cinéma », il n’existe plus pour moi, je m’en suis insensiblement, et presque malgré moi, exilé.

3. Ce pays n’existe plus mais certains de ses habitants -des cinéastes, des spectateurs- m’envoient régulièrement de leurs nouvelles. A vrai dire, je ne sais même pas s’ils m’envoient quoi que ce soit, mais ces nouvelles, je les reçois.

4. Luc Moullet m’écrit souvent, même s’il n’en sait rien.

5. Au moment de terminer la troisième partie d’un film, les Cinéphiles, que j’avais commencé vingt ans plus tôt, en 1987, j’ai écrit un petit papier sur les Sièges de l’Alcazar qui passait à la télévision sur l’une des chaînes programmées par l’ami Bruno Deloye. Je me suis rendu compte, et je l’ai écrit peut-être immodestement mais je m’en fous, que c’était avec Cinéphiles 3, la seule fiction qui s’attaquait de front à la cinéphilie, un truc bête et merveilleux, idiot et aventureux, qui avait sans qu’on s’en rende compte -digitalisation tout terrain et dvd aidant- viré en abrutissement marchand.

6. Les Sièges de l’Alcazar, comme tant d’autres films de Moullet -du long métrage inattendu à la miniature imprévue- prouve le génie modeste et singulier d’un réalisateur étrange, le seul cinéaste de ces trente dernières années (avec Brisseau) digne de l’appellation de cinéaste -qui est une appellation contrôlée. Qui la contrôle ? Moi. 

7. Je ne parle pas d’auteur, sinistre distinction qui n’a plus de sens depuis des lustres. Je parle juste de cinéaste. Presque contemporain de Godard, Moullet vient comme lui des Cahiers du cinéma. Comme lui, il en est sorti (même s’il écrit aux Cahiers de temps en temps, il n’y est plus du tout, ni physiquement, ni intellectuellement, ni artistiquement). Sous ses airs de Tati (maladresse feinte, naïveté calculée, génie du plan), Moullet ose des fictions obliques, des durées inédites, des gags qui ridiculisent Keaton.

8. Au fait, l’Alcazar est un cinéma. S’y affrontent deux cinéphiles rivaux, peut-être amoureux (avec les cinéphiles, on ne sait jamais). Jeanne est à Positif, Guy est aux Cahiers. Ça se passe en 1955, mais par commodité, Moullet filme ça (c’est le présent du tournage) en 1989. A force d’aller à l’essentiel, à force d’ellipse, le film ne fait plus que 52 minutes. Qui s’en plaindrait ? Pas moi.
9. Le garçon et la fille s’engueulent sur Cottaffavi. Qui s’engueule encore sur Cottaffavi ? Qui connaît Cottaffavi ? Savez-vous que le dernier long métrage de Moullet parle de la mort de Godard. Celui qui ne rit pas est mort. Toi, au fond de la classe, tu ne ris pas ? Pan! Tu es mort.

P.S. J’ai peu parlé de ce qu’on appelle encore ici et là le « cinéma ». Entendons- nous bien: tout ça me fatigue. Je tiens quand même à dire deux ou trois choses de plus sur cet E.T. merveilleux qui s’appelle Luc Moullet. A un jeune cinéphile qui voulait en savoir plus sur Moullet et qui n’avait presque rien vu à part Barres -ou les différentes manières d’escroquer joyeusement l’Etat et la RATP-, j’ai répondu: «Essayez de voir sa trilogie personnelle (pour ne pas dire « autobiographique », un terme qui va mal à Moullet), une trilogie qui n’en est pas vraiment une: Anatomie d’un rapport, Ma première brasse, Genèse d’un repas, vous verrez, c’est tout simplement sublime de drôlerie, de simplicité, de génie timide et décalé ... il a aussi fait en 26 minutes la plus belle adaptation de Henry James (ça vaut l’œuvre complète de James Ivory), le Fantôme de Longstaff, que j’ai attrapé un soir au vol dans une programmation « surprise » de Canal Plus ... même pas annoncée ». Je me cite, c’est prétentieux, mais je ne peux pas faire beaucoup mieux.
P.S. 2 Il y a une bonne trentaine d’années, le jeune Moullet disait à un jeune journaliste que quand il rencontrait un problème de récit (de mise en scène, disons, dans ce que ce terme a de central et de méconnu), il se demandait ce que Mizoguchi ferait à sa place … et il le faisait. Il s’inspirait bêtement, platement, génialement, des conseils indirects, inattendus, du plus mystérieux cinéaste à avoir posé les pieds sur notre terre d’images et de sons. J’ai cru à l’époque qu’il exagérait, ou que c’était un gag de plus pour distraire la galerie des gogos et des godiches. Je sais aujourd’hui que c’était vrai. Personne d’autre que lui ne peut dire ça. Personne.

adieu blossom, rest in peace

la délicieuse blossom dearie a rejoint mireille (les compositions mutines, le piano, l'humour) au paradis des petites voix où elle retrouve la reine des crooneuses légères ... et beverly kenney, princesse idéale trop tôt suicidée ...
 
young blossom dearie/the surrey with the fringe on top (1962, live tv)

beverly kenney/born to be blue (films d'occasion prod.)
somewhere between a young blossom dearie and an even younger billie holiday, with a touch of julie london and allison statton (young marble giants), she recorded only six lps and comitted suicide in 1960. she was an angel of a singer. .. she was 28

Beverley and me, a love story
Avec les chanteuses, mieux vaut fermer les yeux. C’est ce que je fais depuis toujours, à la recherche du frisson inédit qui me fera oublier Billie Holiday ou Blossom Dearie. Mais depuis quelques mois, je suis tombé amoureux d’une nouvelle venue, je la dévore des yeux le jour et la nuit, je la veux pour moi tout seul, en un mot ….je l’aime.
Le problème, mon problème, c’est que cette nouvelle venue qui s’est emparée de moi corps et âme … est morte depuis près de cinquante ans. Et pourtant, et pourtant. Morte ou pas, elle m’a littéralement envoûté, je rêve à elle le jour et la nuit, je n’écoute plus qu’elle, en boucle, compulsivement, convulsivement. Imaginez -si vous le pouvez- un croisement entre la voix fluette d’Allison Statton (des Young Marble Giants) et les chuchotements érotiques de Julie London. Vous n’y arriverdez pas. C’est normal. Cela n’existait pas avant elle, cela n’existera jamais plus. Etre amoureux d’une morte, je vous jure que c’est terriblement compliqué.
Elle s’appelle Beverly Kenney, elle s’est suicidée en 1960, à 28 ans, après avoir publié six disques parfaits. Ensorcelants, immaculés, d’une mélancolie tellement joyeuse qu’on la croyait impossible.
On ne connaît rien d’elle sauf les pochettes de ses disques où elle est terriblement changeante, brune, blonde, alanguie ou rieuse, d’une beauté mutine qui la fait parfois ressembler à Audrey Hepburn, parfois à Marilyn. Pour compliquer les choses, ses disques ne se trouvent qu’en import japonais, c’est à dire … assez difficilement. Qu’elle soit accompagnée par le délicat Ellis Larkins au piano, ou le grand Johnny Smith à la guitare, sa voix cristalline cristallise les charmes d’une époque (1954-1959) où les plus grands chanteurs (Frank Sinatra, Dick Haymes, Johnny Hartman) ont enregistré leurs chefs d’oeuvre. Beverly Kenney est de cette race là (justesse impeccable, tempo parfait), elle flotte entre deux nuages d’amour pour l’éternité. Ah, j’oubliais. Juste avant de mourir, elle a écrit une chanson, une seule : I Hate Rock and Roll.
(A Suivre)



an even younger blossom dearie (en français)/it might as well be spring/mel tormé/it might as well be spring: two really splendid versions of the beautiful rodgers/hammerstein ballad: the first one in french (1956) by the delicious blossom dearie, the second in 1982 by the mellow mel tormé, plus george shearing on piano (if you want to hear the DEFINITIVE version, go check dick haymes on youtube, also produced by films d'occasion)

hank williams copiant un black minstrel démodé, emmett miller, qui s'en souvient?

je l'ai dit cent fois, pourquoi pas une fois de plus: toute la country (et le rock et la pop, et le rap qu'il a pratiquement inventé) n'existeraient pas sans ce petit blanc de géorgie, emmett miller, noirci au brou de noix pour jouer les vrais noirauds, les vrais négros, pour un public exclusivement blanc,  qui n'avait jamais vu un noir de près, et encore moins un noir chantant, et qui le dévorait des yeux sous les tentes itinérantes des vaudeville shows .... c'était un travesti, un travesti racial, c'est aussi celui qui a le plus influencé "love and theft" et modern times, les deux derniers dylan...  emmet miller, c'était le musicien préféré de bob wills, de lefty frizzell, de merle haggard ... tout ce qu'il a fait tient sur un cd, un seul ... promenez vous dans les archives de ce  blog pour en savoir plus .. si vous y tenez absolument ...

emmett miller's original lovesick blues (1928)/he had already recorded the song in 1925 for okeh

hank williams' lovesick blues (1948)

samedi 3 janvier 2009

en 1992, dylan bricole un disque minimal, lo fi, enregistré dans son garage, good as i been to you ... quelques jours plus tôt il enregistrait avec david bromberg des sessions inédites qui émergent peu à peu et qui devaient faire partie de ce disque .... trop bizarre, il les met de côté

bob dylan & david bromberg/catskills serenade

" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."