J'ai bien peur qu'Hitchcock ne serve à rien aujourd'hui. Disons que c’est un nom de code pour décorateurs. Par décorateurs, j'entend l'ensemble des gens de cinéma, réalisateurs, scénaristes, critiques, qui ne se servent de ce nom que comme marqueur, un truc pour convaincre plus vite spectateurs, producteurs, lecteurs. En vérité c'est comme ça depuis 1955, l'année où Hitchcock déserte le cinéma avec armes et bagages pour la télévision. Cette année là, il commence à produire des miniatures noir et blanc, sous un titre frimeur, Alfred Hitchcock présente, en utilisant sa silhouette (qui n'est pas encore célèbre, mais qui deviendra sa marque de fabrique) pour présenter des films. Il fait son propre attaché de presse, au moment où la profession n'existe pas encore, pour inciter le maximum de spectateurs à rester devant leur télé.
Dès 1955, alors qu'il est loin d'être considéré comme cinéaste, et encore moins auteur, on accuse Hitchcock de trahison. Ce sentiment d’incompréhension est encore plus répandu aujourd'hui, malgré l’ahurissante vogue des séries télé. On fait un contresens auteuriste quand on réédite les Hitchcock présente en n’incluant que les épisodes qu’il a réalisés (pas forcément les meilleurs). Ces miniatures minimalistes doivent autant à la radio, à la nouvelle, qu’au cinéma, qu’elles réinventent de manière radicale. Au moment où des intégrales boursouflées de la moindre série à la mode envahissent le marché, personne n’a encore compris l’intérêt d’une intégrale des Hitchcock présente, qui inclurait évidemment ceux qu’il n’a pas réalisés. Définitivement schizo, ce qui n’aide pas à le comprendre, Hitchcock réalisera d’un côté des chefs d’œuvre de post cinéma comme Vertigo, tout en produisant ces épures minimalistes en noir et blanc sur lesquelles personne ne s’est encore vraiment attardé. Comment critiquer la perfection froide qui s'est saisie du "7ème art" entre 1955 et 1959, si on n’est guidé que par une politique des auteurs myope ? A y réfléchir de plus près (ou de plus loin, c'est à dire un peu moins passionnément), les classiques en prennent un coup, à commencer par ceux d’Hitchcock lui-même: les films tardifs du maître (North by Northwest, Marnie, les Oiseaux), surlignés et surproduits, sont loin d’avoir le génie et la légèreté des 39 marches. Pareil pour Hawks ou Ford : Rio Bravo n'est pas le plus beau des westerns comme on l’a longtemps pensé mais une simple variation distanciée, surlignée elle aussi, sur le travestissement, une sorte de minstrel movie. Il en va de même pour la Prisonnière du désert, exemple parfait de postcinéma, que Ford lui-même considérait au moment de sa sortie comme un mauvais film. Il changera d'avis plus tard pour faire plaisir à ses admirateurs. C'est plus fréquent qu'on ne pense.
Les super techniciens de cinéma (Scorsese aux Etats Unis, Pialat en France, et leur descendance) ont remplacé depuis longtemps l'acte de créer par l'acte de recréer. Au moment des premiers Scorsese ou des premiers Pialat, on a pu ne pas voir que le premier remplaçait l'inspiration par la virtuosité d'expression (la vitesse devant masquer l'absence d'âme ou de personnages), et que le second n'était qu'un ersatz de Renoir, cherchant à produire en direct l'accident qui provoque la grâce. Il devrait être plus facile de voir aujourd'hui, par exemple à travers la faveur extravagante dont jouit Mad Men, qu'un produit de télévision bien fabriqué, dont toute l'énergie consiste à 99% à recréer d'Hitchcock ce qu'il y a de plus superficiel (éclairages, cadrages, postures) comment le faux Hitchcock (dénué de toute posture morale, évidemment) a définitivement remplacé le vrai. Je ne vois que Brisseau, totalement isolé dans le monde des images et des fabricants d'images, à savoir encore recréer l'ensemble du processus hitchcockien, identification avec les personnages compris. Mais lui, c’est un OVNI. On peut dire qu’il est à lui seul le cinéma. Ou ce qu'il en reste.
louis skorecki (les inrockuptibles, 19/01/11)
le protecteur/the guardian (2001-2004), ma série favorite, avec simon baker, tous les jours sur jimmy (17h) ... ce qui se fait de plus proche des feuilletons/mélo de david e.kelley (practice, ally mcbeal, boston public, boston justice)
vendredi 21 janvier 2011
1975: la lettre perdue
je me demande où est passé lettre de n.?, le film que j'ai réalisé en 1975 ... ...
en 1973, j'avais découpé eugénie de franval en 9 ou 10 plan-séquences ....... .... j'ai dû attendre un an (pas assez d'argent) pour tourner l'image, dans un appartement aux fenêtres vêtues de noir .... le principe d'EDF était le même que celui d'india song: il s'agissait de traiter séparement son et image ... c'est l'une des deux raisons pour lesquelles duras adorait le film (ils ont été tournés en même temps, sans avoir eu vent l'un de l'autre) ...
... l'autre raison pour laquelle elle aimait beaucoup EDF, c'était la présence d'une toute petite fille devant laquelle un homme, moi, se masturbe ... marguerite avait même cru (pure hallucination, pur désir) voir le sexe de cette toute petite fille à un moment où elle croise et décroise les jambes (elle est assise par terre) ...
... ... l'idée de mon film suivant, lettre de n. , c'était de rééditer cette idée d'une fiction où son et image se donnent la main tout en s'ignorant, voire en se faisant la guerre ...
cette fois là, le principe n'était pas vraiment sadien, encore que ... j'avais demandé à une amie, nathalie, plutôt douée pour l'écriture, avec laquelle je venais d'avoir une brève liaison, de m'écrire une lettre qui décrirait de manière assez échauffée, nos rapports ... j'ai fait lire cette lettre par une jeune femme, et j'ai balancé cette bande-son sur des plans presque fixes d'une très
très jeune fille, presque un bébé ... c'est tout ...
le seul endroit, si je me souviens bien, où le film a été montré, c'est en 1976 (ou 77) à digne, au moment où pierre queyrel animait ces rencontres auxquelles il avait donné une ferveur extraordinaire (duras était une habituée, stavros tornes, robert kramer, philippe garrel aussi)
... ... pour témoignage de la ferveur exceptionnelle des années queyrel à digne, voir philippe garrel à digne, le film de gérard courant qui est précisément dédié à pierre queyrel, l'homme qui a créé ces rencontres cinématographiques, un véritable espace d'utopie rarissime dans le paysage cinématographique français, où étaient montrées les avant-gardes cinéma du monde entier ... .... queyrel organisa ces rencontres, autant littéraires et philosophiques, que cinématographiques, pendant dix années, de 1973 à 1983 ... ... j'y suis souvent allé ... l'endroit était magique ...
... la projection de lettre de n. eut lieu dans une salle où pouvaient tenir au maximum 20 personnes ... il y en avait 30 ... on le projeta de nouveau: encore 30 personnes ... et ainsi de suite plusieurs fois ... aucun de mes films n'a jamais fait cet effet sur des spectateurs ... ça n'avait rien d'un film porno, mais pour les cinéphiles qui s'y ruaient, séance après séance, ce devait en être un ...
j'aurais adoré le revoir ... je n'ai pas eu le temps de reporter cette lettre de n. sur un autre support, et c'est aujourd'hui impossible ... cette video 1/4 de pouce (qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à une K7, n'existe plus ... je l'ai cherchée et recherchée mille fois, elle est irrémédiablement perdue .....
seul le souvenir qu'en ont des spectateurs que je ne connais pas et que je rencontrerai jamais continue peut-être à faire vivre quelque part au loin cette lettre de n. et à lui apporter, peut-être, un peu d'amour ...
en 1973, j'avais découpé eugénie de franval en 9 ou 10 plan-séquences ....... .... j'ai dû attendre un an (pas assez d'argent) pour tourner l'image, dans un appartement aux fenêtres vêtues de noir .... le principe d'EDF était le même que celui d'india song: il s'agissait de traiter séparement son et image ... c'est l'une des deux raisons pour lesquelles duras adorait le film (ils ont été tournés en même temps, sans avoir eu vent l'un de l'autre) ...
... l'autre raison pour laquelle elle aimait beaucoup EDF, c'était la présence d'une toute petite fille devant laquelle un homme, moi, se masturbe ... marguerite avait même cru (pure hallucination, pur désir) voir le sexe de cette toute petite fille à un moment où elle croise et décroise les jambes (elle est assise par terre) ...
... ... l'idée de mon film suivant, lettre de n. , c'était de rééditer cette idée d'une fiction où son et image se donnent la main tout en s'ignorant, voire en se faisant la guerre ...
cette fois là, le principe n'était pas vraiment sadien, encore que ... j'avais demandé à une amie, nathalie, plutôt douée pour l'écriture, avec laquelle je venais d'avoir une brève liaison, de m'écrire une lettre qui décrirait de manière assez échauffée, nos rapports ... j'ai fait lire cette lettre par une jeune femme, et j'ai balancé cette bande-son sur des plans presque fixes d'une très
très jeune fille, presque un bébé ... c'est tout ...
le seul endroit, si je me souviens bien, où le film a été montré, c'est en 1976 (ou 77) à digne, au moment où pierre queyrel animait ces rencontres auxquelles il avait donné une ferveur extraordinaire (duras était une habituée, stavros tornes, robert kramer, philippe garrel aussi)
... ... pour témoignage de la ferveur exceptionnelle des années queyrel à digne, voir philippe garrel à digne, le film de gérard courant qui est précisément dédié à pierre queyrel, l'homme qui a créé ces rencontres cinématographiques, un véritable espace d'utopie rarissime dans le paysage cinématographique français, où étaient montrées les avant-gardes cinéma du monde entier ... .... queyrel organisa ces rencontres, autant littéraires et philosophiques, que cinématographiques, pendant dix années, de 1973 à 1983 ... ... j'y suis souvent allé ... l'endroit était magique ...
... la projection de lettre de n. eut lieu dans une salle où pouvaient tenir au maximum 20 personnes ... il y en avait 30 ... on le projeta de nouveau: encore 30 personnes ... et ainsi de suite plusieurs fois ... aucun de mes films n'a jamais fait cet effet sur des spectateurs ... ça n'avait rien d'un film porno, mais pour les cinéphiles qui s'y ruaient, séance après séance, ce devait en être un ...
j'aurais adoré le revoir ... je n'ai pas eu le temps de reporter cette lettre de n. sur un autre support, et c'est aujourd'hui impossible ... cette video 1/4 de pouce (qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à une K7, n'existe plus ... je l'ai cherchée et recherchée mille fois, elle est irrémédiablement perdue .....
seul le souvenir qu'en ont des spectateurs que je ne connais pas et que je rencontrerai jamais continue peut-être à faire vivre quelque part au loin cette lettre de n. et à lui apporter, peut-être, un peu d'amour ...
jeudi 20 janvier 2011
1988: cinéphiles 2 (eric a disparu)
il me faut convaincre paul rozenberg et george benayoun, mes producteurs, de me laisser bricoler deux films pour le prix d'un ... j'ai tourné en 3/4 jours plus de la moitié d'un film, pourquoi passer les deux semaines qui me restent à glander? rozenberg, méfiant, demande à lire les dialogues avant de prendre sa décision ... je travaille comme un fou avec ma nouvelle dialoguiste, britt nini, à écrire les dialogues les plus drôles du monde ... il ne les lira pas ... mais finira par dire oui ...
le film qui s'appelle cinéphiles 2 (eric a disparu), avec harold manning dans le rôle principal (un jeune homme agaçant dont benayoun voulait faire "le nouveau fabrice lucchini") est en réalité le tout premier que j'ai tourné, dont les 3/4 ont été bouclés en 3 jours ... c'est patrice kirchhofer qui a tourné sa drôle de photo acidulée .. il restera en 16 mm, au format 1.33, celui que je préfère ... (eric a disparu, exploité en 35 mm et en 16.9, a été photographié par joël david) .... disons qu' eric a disparu est un film rivettien, cinéphiles 2/le retour de jean, plus polissé, plus dialogué, étant plutôt rohmérien ....
le film qui s'appelle cinéphiles 2 (eric a disparu), avec harold manning dans le rôle principal (un jeune homme agaçant dont benayoun voulait faire "le nouveau fabrice lucchini") est en réalité le tout premier que j'ai tourné, dont les 3/4 ont été bouclés en 3 jours ... c'est patrice kirchhofer qui a tourné sa drôle de photo acidulée .. il restera en 16 mm, au format 1.33, celui que je préfère ... (eric a disparu, exploité en 35 mm et en 16.9, a été photographié par joël david) .... disons qu' eric a disparu est un film rivettien, cinéphiles 2/le retour de jean, plus polissé, plus dialogué, étant plutôt rohmérien ....
lundi 17 janvier 2011
1966/1974: bresson/skorecki
eight years after les pieds dans les nuages (et la tête dans la lune), here's 23 years old laura again, starring this time with future producer humbert balsan, in robert bresson's lancelot du lac, 1974 ... .... i had directed her eight years before, when she was only fifteen (she was clumsy and gracious at the same time) .... as she was supposed never to have been filmed before bresson (who insists on cinema virgins), she had to lie to get the part ... and as the legend insists on being the only truth ever, her appearance in les pieds dans les nuages is not mentioned anywhere ...
1982: serge daney a toujours pensé ...
... ... que mon meilleur film était l'escalier de la haine, que j'ai réalisé -bricolé, plutôt- avec mon meilleur copain, patrice kirchhofer pendant quelques jours de l'hiver 1981/82 ... j'avais filmé six ans plus tôt lettre de n. et je l'avais perdu ... ça ne me semblait pas très important à l'époque de perdre un film, surtout un film que je considérais n'être qu'une suite mécanique, une vague réplique d'eugénie de franval ... .... celui-là, je savais qu'il était important ... historiquement, moralement, esthétiquement, il tenait le coup ... il a d'ailleurs voyagé dans plusieurs coopératives de cinéma underground, et m'a assuré quelque légitimité dans le domaine puisque (avec kirchhofer, encore) nous représentions au colloque de l'a.c.i.d.e à lyon (association des cinémas indépendants, différents et expérimentaux) la paris film coop qui avait fini par héberger eugénie de franval ....
... .... si l'ami daney pensait tant de bien de l'escalier de la haine, c'est qu'il s'agissait là d'un film irréductible, un film aphasique, un film d'artiste ... il n'y avait rien à en tirer, il ne voulait strictement rien dire ... même moi, je n'y comprenais rien ... si daney avait su que l'escalier de la haine n'était qu'une épure, un brouillon, le film définitif -le juif de lascaux- devant reprendre certains des personnages et des thèmes de l'escalier pour leur donner enfin un sens, un sens hérétique et prophétique, il l'aurait aimé encore davantage, j'en suis sûr ... mais l'escalier restera l'escalier, et le juif de lascaux ne se fera jamais ... j'en ai décidé ainsi en décembre 1999, ou mars 2000, je ne suis plus sûr de la date ... ... ... ... pourquoi? c'est comme ça ....
... .... si l'ami daney pensait tant de bien de l'escalier de la haine, c'est qu'il s'agissait là d'un film irréductible, un film aphasique, un film d'artiste ... il n'y avait rien à en tirer, il ne voulait strictement rien dire ... même moi, je n'y comprenais rien ... si daney avait su que l'escalier de la haine n'était qu'une épure, un brouillon, le film définitif -le juif de lascaux- devant reprendre certains des personnages et des thèmes de l'escalier pour leur donner enfin un sens, un sens hérétique et prophétique, il l'aurait aimé encore davantage, j'en suis sûr ... mais l'escalier restera l'escalier, et le juif de lascaux ne se fera jamais ... j'en ai décidé ainsi en décembre 1999, ou mars 2000, je ne suis plus sûr de la date ... ... ... ... pourquoi? c'est comme ça ....
1988, elle bouge pas, la queue ....
dans les cinéphiles (le retour de jean)/1988, on reconnaît l'acidité gamine des dialogues signés britt nini... on reconnaît aussi, ici, michel cressole marie nester, andré mouallem ....
fin 1988, je termine les cinéphiles... .... je crois en avoir fini avec le cinéma ... ... mais vingt ans plus tard, grâce à la télévision -ou à cause d'elle (deloye/durance/cinécinéma club), je décide d'ajouter un dernier volet aux cinéphiles, et d'en faire une trilogie dvd: un garçon, deux ou trois filles, un enfant-roi (louis), des improvisations écrites, les ruses de frédéric beigbeder en bonus, et rio bravo en tant que minstrel movie invité... deux volets de plus surgissent: cinéphiles 3 (les ruses de frédéric) et le retour des cinéphiles (inédit, la première production des films d'occasion) ....
2007: kirchhofer filme le tournage de cinéphiles 3
patrice k. films the shooting of cinéphiles 3 (les ruses de frédéric) on liberation's terrace .... you can see skorecki's radical techniques in directing his actors ...
.... ... .... comment est-ce que je choisis mes acteurs? .... je ne les choisis pas, je ne les ai jamais choisis ... ils viennent à moi, c'est tout ... est-ce que j'aurais pu choisir d'autres acteurs? évidemment ... n'importe quel acteur me va ... si vous préférez, n'importe qui se vaut dans mes films, n'importe qui est parfait ....
celà veut-il dire que vous faîtes n'importe quoi, monsieur skorecki? si tu veux petit, si tu veux ...
.... ... .... comment est-ce que je choisis mes acteurs? .... je ne les choisis pas, je ne les ai jamais choisis ... ils viennent à moi, c'est tout ... est-ce que j'aurais pu choisir d'autres acteurs? évidemment ... n'importe quel acteur me va ... si vous préférez, n'importe qui se vaut dans mes films, n'importe qui est parfait ....
celà veut-il dire que vous faîtes n'importe quoi, monsieur skorecki? si tu veux petit, si tu veux ...
dimanche 16 janvier 2011
vendredi 14 janvier 2011
1965: je rentre de hollywood sans avoir réussi mon pari de journaliste
... .... j'avais décidé d'y rester un an, et de monter une radio avec europe 1 ... ... j'étais déjà envoyé spécial aux USA des publications filipacchi (les cahiers du cinéma, jazz magazine, lui, salut les copains, pariscope ...), la porte était ouverte .. .... rencontrer tous les vieux artistes qui venaient mourir sur les hauteurs de beverly hills, personne ne l'avait encore fait ... avoir igor stravinsky devant mon micro, c'était facile, il habitait à côté de chez moi ... je comptais aussi envoyer sur les ondes des entretiens avec josef von sternberg, ray bradbury, walt disney, buster keaton, john wayne, robert mitchum ... .... (ceux là, je les avais tous déjà interviewés, mais j'ai perdu les bandes) ... .
.. déprimé par le schizo-cimetière hollywoodien, j'ai craqué au bout de quatre mois et je suis rentré à paris ....
début 1966, le journaliste raté que j'étais décide de faire un film ... .....
1965: dylan's screen test for andy warhol
... ne pas oublier que la chose dont je suis le plus fier aujourd'hui (j'ai même du mal à y croire parfois), c'est à dire avoir vu dylan enregistrer highway 61 revisited à new york, comptait pour du beurre ... ... je n'en avais aucune preuve enregistrée, et il était d'être connu du côté de chez nous...
l'idée de mon film (je n'avais jamais touché à une caméra, c'était le tout premier): 21 minutes, 21 plans, c'est plus facile ... ... le titre, les pieds dans les nuages (et la tête dans la lune), une référence évidente à goodis ..... montage (bout à bout, plutôt): jacques doillon, mon copain du lycée voltaire, photo: renan pollès, son: jacques kébadian, deux professionnels de la profession qui me torturaient à longueur de plan en me répétant d'un air supérieur que je n'étais pas robert bresson ... ... n'empêche, la jeune fille de 15 ans qui joue le rôle principal des pieds dans les nuages mentira à ce même bresson, huit ans plus tard, pour avoir le droit de jouer (vierge de tout regard caméra, croyait-il) dans lancelot du lac, de loin son plus mauvais film ... dois-je absolument dire que si elle est belle, maladroite et gracieuse à la fois, dans les pieds dans les nuages, elle joue comme un sac de patates dans lancelot?
.. déprimé par le schizo-cimetière hollywoodien, j'ai craqué au bout de quatre mois et je suis rentré à paris ....
début 1966, le journaliste raté que j'étais décide de faire un film ... .....
1965: dylan's screen test for andy warhol
... ne pas oublier que la chose dont je suis le plus fier aujourd'hui (j'ai même du mal à y croire parfois), c'est à dire avoir vu dylan enregistrer highway 61 revisited à new york, comptait pour du beurre ... ... je n'en avais aucune preuve enregistrée, et il était d'être connu du côté de chez nous...
l'idée de mon film (je n'avais jamais touché à une caméra, c'était le tout premier): 21 minutes, 21 plans, c'est plus facile ... ... le titre, les pieds dans les nuages (et la tête dans la lune), une référence évidente à goodis ..... montage (bout à bout, plutôt): jacques doillon, mon copain du lycée voltaire, photo: renan pollès, son: jacques kébadian, deux professionnels de la profession qui me torturaient à longueur de plan en me répétant d'un air supérieur que je n'étais pas robert bresson ... ... n'empêche, la jeune fille de 15 ans qui joue le rôle principal des pieds dans les nuages mentira à ce même bresson, huit ans plus tard, pour avoir le droit de jouer (vierge de tout regard caméra, croyait-il) dans lancelot du lac, de loin son plus mauvais film ... dois-je absolument dire que si elle est belle, maladroite et gracieuse à la fois, dans les pieds dans les nuages, elle joue comme un sac de patates dans lancelot?
je n'avais pas prévu d'écrire l'histoire
.... de ma famille, une histoire éparpillée, impressionniste, forcément inaboutie ... c'était juste au départ des impressions new yorkaises (le bronx, la cousine tsella, les musiciens de jazz) ou hollywoodiennes (ces rencontres inattendues d'un jeune journaliste globe trotter et d'artistes d'usine qui s'ignoraient -raoul walsh, allan dwan, jacques tourneur .... - que personne ,n'avait jamais interviewé ...) ... de là, j'ai glissé imperceptiblement à une rencontre fondatrice du jeune chasseur d'autographes que je n'étais déjà plus (elvis presley, j'avais 16 ans à peine), suivie d'une autre encore plus importante (bob dylan, enregistrant highway 61 revisited, en juillet 1965) ....
.. .. .. de vagues souvenirs de famille se sont bientôt, sans crier gare, glissés dans ce blog ... rassurez-vous, c'est presque fini: je n'ai ni mémoire, ni famille ... c'était d'ailleurs le sujet du dernier projet de film que j'ai eu au siècle dernier, le juif de lascaux ... un projet ambitieux, entre dodesk'aden et le film que fellini ou welles n'ont jamais tourné, un film impossible et utopique abandonné un jour de janvier (ou février) 2000
le juif de lascaux s'attaquait métaphoriquement, poétiquement, schizophréniquement, à ces fantômes de ma famille exterminés en pologne, au bas mot une centaine de personnes dont je ne connaitrai jamais ni les noms, ni les prénoms, ni l'âge qu'ils avaient au moment de leur mort .. ...
.. .. .. de vagues souvenirs de famille se sont bientôt, sans crier gare, glissés dans ce blog ... rassurez-vous, c'est presque fini: je n'ai ni mémoire, ni famille ... c'était d'ailleurs le sujet du dernier projet de film que j'ai eu au siècle dernier, le juif de lascaux ... un projet ambitieux, entre dodesk'aden et le film que fellini ou welles n'ont jamais tourné, un film impossible et utopique abandonné un jour de janvier (ou février) 2000
le juif de lascaux s'attaquait métaphoriquement, poétiquement, schizophréniquement, à ces fantômes de ma famille exterminés en pologne, au bas mot une centaine de personnes dont je ne connaitrai jamais ni les noms, ni les prénoms, ni l'âge qu'ils avaient au moment de leur mort .. ...
don't do much these days ...
... except sleeping in the sun, listening to van morrison singing two fabulous versions of ballerina (demo from astral weeks, 1968/live in dublin, 2000), wondering how he can sing so lean and thin, and be so plump at the same time
vendredi 7 janvier 2011
czarna et krupi
j'ai eu un singe, un macaque rhésus ramené de bombay, je ne l'ai gardé que pendant un an (1969-1970), mais je pourrais écrire un livre sur lui ... sur elle, plutôt, c'était une guenon, elle s'appelait krupi (je crois que ça voulait dire choux-fleur en hindi) ... une image, une seule, vaut le livre que je n'écrirai pas: ma mère, accroupie , émue et effrayée comme une gamine, tentant de donner une feuille de salade à manger au singe ... ... c'était drôle et attendrissant, pathétique ... krupi était attachée, ma mère ne savait pas que les singes ne mangent pas de salade ... .... plus tard elle s'est enhardie jusqu'à la caresser ... plus tard encore, je crois qu'elle lui a donné une banane, mais je n'en suis pas sûr ...
samedi 1 janvier 2011
why do i write in english so often?
i don't know ... it's like putting words to some kind of song ... ça installe une distance, cette langue étrangère, une manière d'étrangeté à soi-même peut-être
2010 has been a strange year ...
... less and less urge to make films anymore, mais en même temps incapacité de liquider les films d'occasion ...comme si la disparition de ma boîte de production (au chômage forcé, depuis que l'envie de produire ou de réaliser m'a quitté) signifiait aussi ma propre disparition .... in the same time, skorecki déménage saw more interest than i've ever known in my films, ce qui n'a pourtant pas réussi à me convaincre de montrer le retour des cinéphiles, la toute première production des films d'occasion ... tout celà est pour le moins déstabilisant ....
1966: les pieds dans les nuages (et la tête dans la lune)
summer 1966: i'm directing my first film, les pieds dans les nuages (et la tête dans la lune), starring niki de st phalle's daughter, laura, and my friend emmanuel crimail (who just died).... music by archie shepp (a solo he offered me in 1965, in new york) and monteverdi's le combat de tancrède et clorinde, mixed with l'orfeo ...
at the same time, dylan embarks for his best series of concerts ever (highlights are melbourne and sydney, that i posted a long time ago on youtube before some kind of web sheriff paid by sony/columbia chased me) ... i had seen dylan the previous summer (1965) in newport and in a new york studio where he was recording highway 61 revisited ...
niki's daughter laura
23 years old laura, daughter of niki de st phalle, in robert bresson's lancelot du lac (italian version, 1974) ... .... i had directed her eight years before (she was clumsy and lovely then) in les pieds dans les nuages (et la tête dans la lune) ... .... as she was supposed never to have been filmed before bresson (who insists on cinema virgins) , her appearance in les pieds dans les nuages (et la tête dans la lune) is not mentioned anywhere ....
vendredi 31 décembre 2010
i listen to dylan every morning ...
... taper blackjackdylan (ou hollis1960) sur youtube: it's only here that i find the great bootlegs brave enough to brave web sherrif's instructions (in fact, sony/columbia's orders to ban unofficial dylan from youtube)
the ballad of frankie lee and judas priest/best live version (portsmouth, 2000) ... song is from dylan's best album ever, john wesley harding (1967)
the ballad of frankie lee and judas priest/best live version (portsmouth, 2000) ... song is from dylan's best album ever, john wesley harding (1967)
cinéphiles are 4 years old, dylan is 50
1992: cinéphiles are 4 years old, dylan is 50 and singing hey joe at juan les pins
remember jimi hendrix did a great version of several dylan tunes, all along the watchtower from dylan's best album, john wesley harding, being the most famous of course (he recorded it in 1968, hardly a year after dylan) ...
dylan pays his dues here, singing hey joe with great respect towards hendrix's version ....
as for myself, i was thinking cinéphiles were largely over and done with ... until i decided, nearly fifteen years later, do a sequel, les ruses de frédéric ...
new york 1962, j'ai 19 ans, j'écoute dylan pour la première fois ...
à 19 ans, âge bête s’il en est, âge con surtout, je pensais quoi ? … …. … j'aimais quoi, j'écoutais qui, en 1962? à new york, j'écoute dylan pour la première fois ... sa voix m'agace ... je n'achète pas le disque ... il me faudra un an pour m'y faire, et c'est seulement don't think twice, it's alright qui me convaincra (et pas le bêlant blowin' in the wind, qui faisait la face A du 45 tours sur lequel la chanson était initialement sortie) .... c'est seulement l'été 1963 que j'achète mon premier 30 cm de dylan ... à paris, il faudra encore aller à lido musique sur les champs elysées pendant un ou deux ans pour trouver ses disques, et demander bob daï_lan, comme on prononçait en français à l'époque ...
... j'écoute encore presley, un peu, un tout petit peu ... mais j'écoute surtout du blues, du blues, du blues, et depuis quelques mois, abruti par la vogue de la musique improvisée, je me défonce au jazz, cette musique d'abrutis prétentieux qu'il me faudra bien vingt ou trente ans pour apprendre à détester ... le rock et la country m'y aideront généreusement ... pour le moment, je file dès que je peux écouter dexter gordon au chat qui pêche ou au birdland, avec deux ou trois tarés de mon genre, persuadés que rien, jamais, n'égalera la pure dextérité de cette musique de l'âme noire ... bientôt, comme un jeune con que j'étais, je me débarrasserais pour quelques pauvres ray charles de tous mes presley signés ...
non, non, je ne rêve pas, je me rappelle ... ... c'est la vérité vraie de ma jeunesse de crétin, défoncé à la pure bêtise depuis l'âge de quatre ou cinq ans,... .... oui, j'ai été assez con pour échanger mes 30 cm et mes super 45 tours signés par elvis trois ans plus tôt, lors de son seul passage à paris, contre des vinyles quelconques de l'aveugle le plus con du rythm'n'blues, qui n'avait pas encore eu le bon goût de graver ses seuls bons disques, des disques country évidemment ...
ray charles, 1962 .... the man was saved by country music's love hymn, you don't kow me (written by cindy walker & eddy arnold in1955)
... j'écoute encore presley, un peu, un tout petit peu ... mais j'écoute surtout du blues, du blues, du blues, et depuis quelques mois, abruti par la vogue de la musique improvisée, je me défonce au jazz, cette musique d'abrutis prétentieux qu'il me faudra bien vingt ou trente ans pour apprendre à détester ... le rock et la country m'y aideront généreusement ... pour le moment, je file dès que je peux écouter dexter gordon au chat qui pêche ou au birdland, avec deux ou trois tarés de mon genre, persuadés que rien, jamais, n'égalera la pure dextérité de cette musique de l'âme noire ... bientôt, comme un jeune con que j'étais, je me débarrasserais pour quelques pauvres ray charles de tous mes presley signés ...
non, non, je ne rêve pas, je me rappelle ... ... c'est la vérité vraie de ma jeunesse de crétin, défoncé à la pure bêtise depuis l'âge de quatre ou cinq ans,... .... oui, j'ai été assez con pour échanger mes 30 cm et mes super 45 tours signés par elvis trois ans plus tôt, lors de son seul passage à paris, contre des vinyles quelconques de l'aveugle le plus con du rythm'n'blues, qui n'avait pas encore eu le bon goût de graver ses seuls bons disques, des disques country évidemment ...
ray charles, 1962 .... the man was saved by country music's love hymn, you don't kow me (written by cindy walker & eddy arnold in1955)
faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches?
j'ai acheté le livre pour son titre ... dans quelques jours, ou quelques semaines, je vous en dirai davantage ...
à 24 ans, j'avais déjà oublié elvis
.. ... ... ... j'avais évidemment tort .... la preuve:
you don't know me (clambake, 1967)
you don't know me (clambake, 1967)
type blackjackdylan on youtube for the best dylan bootlegs
to make you feel my love (rare lovely live version, 2002)
jeudi 30 décembre 2010
beverly kenney sings harold arlen
i never has seen snow/(words by truman capote) ... .... beverly kenney singing arlen's melody like no one will ever be able to do anymore (listen to barbra streisands's rather decent version, just to have an idea of who we lost when beverly kenney comitted suicide in 1960, at the tender age of 30, for strictly unknown reasons .... (i posted other songs of beverly on youtube, you may want to hear them, her records are really hard to find ... and out of price)
harold arlen sings harold arlen
harold arlen singing his own yiddish like melody like a good rabbi's son ... ... and
barbra streisand's correct version
shelter from the storm (prague, 1995)
... so bizarre and unrecognizable i wasn't sure i liked it at first ... but i finally have to admit it's one of the strangest reworkings dylan ever did of one of his songs
mardi 28 décembre 2010
irving berlin a écrit white christmas avec un accent yiddish
... eh oui, c'est un petit juif du shtetl, irving berlin (1888-1989), qui a écrit white christmas en 1941 pour son ami bing crosby ... du shtetl, il a gardé toute sa vie l'accent yiddish de sa jeunesse russe ... il jouait tellement mal du piano qu'il sentait bien que les autres compositeurs avaient un peu honte de lui ... pour réussir en amérique, le mieux c'est encore d'écrire l'hymne américain ... en 1938, irving berlin a écrit god bless america ...
this is how imagine my father at fifteen
jimmie rodgers in 1930 ... only three years to live ... daddy was 15 ...
these three filmed hollwood songs represent something like the birth of popular american music to me ... do i have to translate: here is the birth of music ...
from "balls and kittens, draught and strangling rain"
j ae/ i still owe the morning.... si karen dalton avait été enregistrée en 1875, dans un coin perdu de scandinavie, je parie qu’elle aurait chanté comme ça
i remember buddy holly
not fade away(1957)/portrait of the young artist (1936-1959) as the most modern rock and roll crooner ever
not fade away (2000)/portrait of the sixty year old artist as a rock and roll singer
deux ou trois choses que j'ai faites à la fin du mois de mai 68
difficile de raconter comment j'ai passé mai 68 -ou plutôt comment mai 68 est passé sur moi ... je n'étais plus lycéen, et même plus étudiant depuis cinq ou six ans, mais je me suis littéralement enflammé, premiers signes d'exaltation précoce (ou de psychose bipolaire si l'on préfère) ... disons que l'essentiel, pour le sujet skorecki, fût d'apprendre, à ses dépens, sur son corps même, l'addiction extrême des cinéphiles aux images ... j'ai eu le malheur, un jour de mai, vers la fin du mois, au ciné-club universitaire où s'éteignaient dans le noir de la salle les dernières vélléités de révolte pré-situationniste, d'essayer d'entraîner avec moi les quelques spectateurs présents sur le lieu des derniers combats, c'est à dire dehors, dans la rue ... sans penser un seul instant que je les privais de leur film, de leurs images .... j'ai reçu à même le corps la preuve (des coups très violents) de l'addiction extrême du spectateur -n'importe quel spectateur- aux images qu'il est en train de regarder ...
hendrix sings dylan in a hotel room (tears of rage, 03/1968)
... c'est ingmar bergman, un cinéaste que j'ai cessé d'aimer à 17 ans, qui a la plus belle formule que je connaisse sur le cinéma (piquée à un nobel nordique): "le cinéma, c'est le refuge des poltrons devant la vie"
hendrix sings dylan in a hotel room (tears of rage, 03/1968)
... c'est ingmar bergman, un cinéaste que j'ai cessé d'aimer à 17 ans, qui a la plus belle formule que je connaisse sur le cinéma (piquée à un nobel nordique): "le cinéma, c'est le refuge des poltrons devant la vie"
march 1962: i'm not 60 yet, dylan's singing better than ever
i saw dylan only a few months later in hamburg, he was moaning like a sick rabbi
patrice et stavros
j'ai eu deux frères en cinéma, tous deux rencontrés en 1975 à toulon, où le festival d'hyères avait émigré ... patrice kirchhofer, projectionniste occasionnel, cinéaste expérimental, fonctionnaire, chef opérateur de mes trois ou quatre derniers films ... mon meilleur ami à ce jour ... cette même année, j'ai découvert coatti, le premier film de stavros tornes que je voyais ... j'ai découvert aussi stavros, plus chien que moi, plus errant, plus poète ... cet homme-là, je ne l'oublierai jamais ... même si je voulais, je ne pourrais pas ...
mardi 21 décembre 2010
skorecki et moi, c'est un truc compliqué ... ...
... ... ... disons qu' on a appris à se connaître mais aussi à se méfier l'un de l'autre ... j'ai une fâcheuse tendance à oublier au fur et à mesure qui il est exactement ... .... d'où ces notes? peut-être ...
lundi 20 décembre 2010
i'm dreaming of a yiddish christmas ....
... ... je suis si peu juif pourtant ... il y aurait du pain natté, beurré, avec du hareng gras ... il y avait rarement du hareng gras à la maison (maman n'en achetait pas souvent) mais quand il y en avait, c'était toujours la fête ...
et maintenant que vais-je faire?
où aller? sur quoi écrire? sur qui? respecter l'unité de cette autobiographie éclatée en train de s'improviser en ordre dispersé devant mes propres yeux? ou obliquer ... aller ailleurs ... revenir à mes musiques mutiques, à peine légendées ?
un souvenir d'enfance
je n'en ai pas beaucoup, de souvenirs ... de souvenirs d'enfance, encore moins ... c'est pourquoi cette scène (presque primitive) m'est précieuse: j'ai cinq ans, on est en bas de la cage d'escalier, au 90 boulevard ménilmontant, là où on habite tous les deux, richard et moi ... on joue avec des clous, des boulons ... un autre gamin du même âge surgit, vole les clous et les boulons, s'enfuit en courant ... c'est michel klein ... j'ai déjà parlé ailleurs de richard, de la BRJL .... ...et de michel klein, sa ressemblance étrange avec le jeune dylan, sa jalousie maladive ... j'en reparlerai sûrement ...
mama you've been on my mind ... ...
mama you've been on my mind ... ....
& don't think twice, it's alright (portsmouth, 2000)
les poltrons devant la vie ... ...
c'est ingmar bergman, un cinéaste que j'ai cessé d'aimer à 17 ans, qui a la plus belle formule que je connaisse sur le cinéma (piquée à un nobel nordique): "le cinéma, c'est le refuge des poltrons devant la vie"
dieu et moi, c'est une longue histoire ...
... qui a tourné court ... le dieu des chrétiens, je ne l'ai approché que de loin grâce à jacob taubes et paul ... celui des juifs (dont marcion prétendait -superbe hérésie- que ce n'était pas le même que celui des chrétiens), je l'ai croisé tardivement du côté du baal schem tov et des récits hassidiques de martin buber .... mes parents ne m'avaient même pas appris les fêtes juives, ni les interdits alimentaires, c'est dire si je suis plus proche d'un goy que d'un juif à certains égards ... j'ai davantage croisé dieu du côté des grands cantors d'avant-guerre, david roitman, berele chagy, pierre pinchik, découverts par hasard, ou presque, dans une vieille boutique new yorkaise, en 1962 ... .... une éducation musicale qui s'est poursuivie rue des écouffes, à la librairie du progrès, où le vieux joseph nachman me faisait écouter ses vinyles rarissimes de cantors polonais ou ukrainiens, qu'il vendait pour une poignée de sous, une poignée de main ... il est mort il y a un an, je ne le savais même pas ... dieu lui pardonnera d'avoir été si méchant avec sa femme, son fils, sa fille, qu'il terrorisait à longueur de journée ... dieu pardonne toujours à celui qui aime la musique, surtout cette musique là ... au fond, c'est le dieu des musulmans que je connais le mieux ... .... j'en parlerai une autre fois .... peut-être ...
"il faut servir dieu, le diable, n'importe qui ..." (gotta serve somebody, 2000)
"il faut servir dieu, le diable, n'importe qui ..." (gotta serve somebody, 2000)
gurdjieff raconte comment il a fait fortune au tout début du siècle dernier ... ... en russie, avec des tonneaux puants dont les gens cherchaient à se débarrasser, ignorant qu'ils contenaient de vrais trésors pour tout juif ashkénaze qui se respecte ... des harengs gras ..
gurdjieff & de hartmann/chanson orientale
gurdjieff & de hartmann/chanson orientale
mardi 14 décembre 2010
j'ai vu bécaud juste avant sa mort
je devrais dire monsieur bécaud ... à l'olympia, il avait été royal, et sur sa péniche, en juillet 2001, il m'avait reçu comme un prince ... il était assis en lotus à même le sol, un whisky et une cigarette à la main ... ses yeux faisaient des bonds de pierrot ... au bout de vingt minutes de conversation, il m'a demandé: "c'est quoi votre petit nom?" j'ai répondu "louis", et je crois que j'ai rougi ...
sand and sea (hollywood, novembre 1966)
... quand je disais qu'il m'avait reçu comme un prince, je voulais dire que c'était lui qui était un prince ... j'ai eu un sentiment rare d'intimité, de chaleur, de distance, un sentiment étrange que je n'ai éprouvé qu'en face des plus grands: elvis presley, john wayne, robert mitchum, jacques tourneur, raoul walsh, allan dwan ... le sentiment que c'était de grands personnages d'une modestie excessive, et d'une chaleur exceptionnelle ... quand bécaud est mort, à peine quelques mois plus tard, j'ai eu le sentiment de perdre un ami
i remember blake edwards' peter gunn
peter gunn (blake edwards, tv series, 1958) ... i'll never never forget how much it influenced cassavettes' johnny staccato (that started production more than a year later, in 1959) ... blake edwards also produced another black and white tv series, mr lucky ... both programs featured henry mancini's sophisticated musical variations ... four years before that, in 1955, young blake edwards worked on his best friend's richard quine's script, for the great musical, my sister eileen
i'll never forget richard quine, who comitted suicide more than twenty years ago ...
PS. j'ai vu blake edwards tourner à hollywood (c'était un mauvais film, the great race), je suis même certain de l'avoir interviewé ... je ne me souviens de rien .... il était léger et petillant comme le champagne: aussitôt bu, aussitôt envolé ....
i'm thinking about robert frank ...
... i last saw him in paris three or four years ago with my friend brigitte ollier ... he was very sick ... didn't look like he would live much longer ... we hugged him, like americans do, to try and give him energy, at least a little bit of it ...
here's what elliott errwitt says of robert frank:
"quality doesn't mean deep blacks and whatever tonal range ... that's not quality, that's a kind of quality ... the pictures of robert frank might strike someone as being sloppy - the tone range isn't right and things like that - but they're far superior to the pictures of ansel adams with regard to quality, because the quality of ansel Aaams, if i may say so, is essentially the quality of a postcard ... but the quality of robert frank is a quality that has something to do with what he's doing, what his mind is ... it's not balancing out the sky to the sand and so forth ... .... it's got to do with intention."
just wonder how he's doing these days ... i still don't care much about photography these days ... but robert is an artist, a filmmaker, much more than he is a photograph ... i love you brigitte, i love you robert ...
just wonder how he's doing these days ... i still don't care much about photography these days ... but robert is an artist, a filmmaker, much more than he is a photograph ... i love you brigitte, i love you robert ...
o.v. wright/more soulful than al green?
a little more time/o.v wright, nearly forty years old, no more teeth, approaching death ...a story of love, music, and respect ... for don van vliet, maybe ...
bobby troup/their hearts were full of spring (1958)
their hearts were full of spring/original version of this great bobby troup composition/los angeles, august 1958 (films d'occasion)
it happened once before (with wife julie london)/my funny valentine/misty
it happened once before (with wife julie london)/my funny valentine/misty
hey man, dig this early, rough and pretty violin blues
elder green/charley patton & henry sims (septembre, 1930)/also check son simms four (henry sims & young muddy waters, stovall's plantation, clarksdale, mississippi, 1941/42, )
lundi 13 décembre 2010
what did i think when i was 16?
i thought about girls, that's about all ... had drawings of elvis i made myself, pasted on my wall ... loved the everly brothers above all ... around 1972 (i was 28 or 29), some kind of frightening suicidal junkie i had the stupid idea to invite to stay home (i was living with my musician friend patricio villarroel at the time, we ate rice and vegetable one of his girl friends cooked for us) robbed me of everything i had, and what was most important for me at the time were my records ... he stole each and everyone of them, only left the everly brothers cadence 45's cause they had no cover ...only records from that time period i still have ... my father used to like gilbert bécaud a lot, if i remember well ... not me ... in fact, i just tolerated him at the time (along with montand) but deep within, i hated anything that was sung in french ... in fact i had to wait until bashung and rita mitsouko came along, years later, to buy my very first records speaking french ...
je t'appartiens/let it be me/gilbert bécaud (1973)/everly brothers (1964)
i hardly listened to any music for a year after that creep stole my record collection ...i started buying some back (same ones) after a year and a half ... only thing that soothes me, is the idea he would have ALSO stolen the precious signed presley vinyls i had swapped for two or three early ray charles, bd de strasbourg, not far from république, where i would work later for nearly thirty years (first half wasin fact around the sacré coeur/château rouge) in the offices of libération between 1980 and 2007 ...
je t'appartiens/let it be me/gilbert bécaud (1973)/everly brothers (1964)
i hardly listened to any music for a year after that creep stole my record collection ...i started buying some back (same ones) after a year and a half ... only thing that soothes me, is the idea he would have ALSO stolen the precious signed presley vinyls i had swapped for two or three early ray charles, bd de strasbourg, not far from république, where i would work later for nearly thirty years (first half wasin fact around the sacré coeur/château rouge) in the offices of libération between 1980 and 2007 ...
vendredi 10 décembre 2010
dylan, emmett miller et moi (2002)
sugar baby (stockolm, 2002)/best version ever, sweet and rough at the same time ... ... ....
.. ... ... ...
HELLO DYLAN LOVERS
Ne pas oublier que 2000 est la meilleure année de Dylan, celle où il réapprend de A à Z le plaisir de chanter. Un an plus tard, en 2001, il sort son disque le plus important de ces vingt dernières années, "Love and Theft", le seul de tous ses disques à avoir un titre entre guillemets, parce qu'il est entièrement sous influence Emmett Miller/black minstrels. Love and Theft est en effet le titre d'un livre savant, une étude universitaire sur le phénomène des blackface dans la musique populaire du 19ème siècle, publié un an avant le "Love and Theft" de Dylan.
Ne pas oublier que 2000 est la meilleure année de Dylan, celle où il réapprend de A à Z le plaisir de chanter. Un an plus tard, en 2001, il sort son disque le plus important de ces vingt dernières années, "Love and Theft", le seul de tous ses disques à avoir un titre entre guillemets, parce qu'il est entièrement sous influence Emmett Miller/black minstrels. Love and Theft est en effet le titre d'un livre savant, une étude universitaire sur le phénomène des blackface dans la musique populaire du 19ème siècle, publié un an avant le "Love and Theft" de Dylan.
Ne pas oublier non plus que "Love and Theft" est un disque à la fois vieillot et révolutionnaire, mélancolique et inattendu, qui se terminait, rappelez-vous, par un petit chef d'oeuvre d'intimité fragile et de mélodies brisées, Sugar Baby, l’une des compositions les plus étranges et les plus inattendues du vieux Dylan. Pour aller vite, on pourrait dire que cette chanson suave est un pastiche des vieux airs nostalgiques de Leon Redbone, l’homme dont toute l’œuvre est placée sous le signe d’une dévotion absolue à Emmett Miller (l’intégrale, plutôt maigre, d’Emmett Miller, se trouve sur un seul cd, The Minstrel Man From Georgia, publié dans la collection prestigieuse Roots N’Blues, de Columbia/Legacy).
Pourquoi je vous raconte tout ça aujourd’hui ? Je viens de recevoir la plus belle version live que j’ai jamais entendue de Sugar Baby, la plus douce et la plus rugueuse à la fois, plus lente que l’originale, pourtant si nuancée et délicate. Cette version live a été enregistrée en 2002, à peine quelques mois après la sortie de "Love and Theft" à une époque où Dylan commençait à chanter sérieusement mal, à psalmodier et à massacrer ses propres mélodies avec rage.
Le type qui m’a envoyé cette belle vidéo est un Anglais d’une cinquantaine d’années, avec lequel j’avais pourtant commencé par m’engueuler sec sur le web à propos de Dylan (il ne supportait pas qu’on critique quoi que ce soit venant de Bob, comme la plupart de ses groupies), avant qu’on ne devienne presque des amis via youtube. La politique répressive de Sony étant ce qu’elle est, youtube lui a déjà supprimé son compte six ou sept fois. Il revient à chaque fois à la charge, plus fan que jamais, et décidément infatigable. On a supprimé mon compte youtube deux fois, je vous assure qu’on en a les jambes coupées et qu’il est dur de revenir à la charge, et de tout refaire de nouveau … sous un autre nom, évidemment. Le Dylan lover qui voudrait voir (et surtout écouter) ce joli petit film doit aller sur youtube, taper le nouveau nom de mon ami anglais, blackjackdylan, aller sur son compte, identifier la chanson : la seule mention est 2002, mais j’ai mis un commentaire enthousiaste qui identifie Sugar Baby, on s’y retrouve facilement. Il reste à espérer qu’au moment où vous lirez ces lignes, le compte de blackjackdylan n’aura pas été purement et simplement liquidé encore une fois. C’est tout le bien que je vous souhaite.
PS. pour aller plus vite et trouver Sugar Baby , faire juste
Pourquoi je vous raconte tout ça aujourd’hui ? Je viens de recevoir la plus belle version live que j’ai jamais entendue de Sugar Baby, la plus douce et la plus rugueuse à la fois, plus lente que l’originale, pourtant si nuancée et délicate. Cette version live a été enregistrée en 2002, à peine quelques mois après la sortie de "Love and Theft" à une époque où Dylan commençait à chanter sérieusement mal, à psalmodier et à massacrer ses propres mélodies avec rage.
Le type qui m’a envoyé cette belle vidéo est un Anglais d’une cinquantaine d’années, avec lequel j’avais pourtant commencé par m’engueuler sec sur le web à propos de Dylan (il ne supportait pas qu’on critique quoi que ce soit venant de Bob, comme la plupart de ses groupies), avant qu’on ne devienne presque des amis via youtube. La politique répressive de Sony étant ce qu’elle est, youtube lui a déjà supprimé son compte six ou sept fois. Il revient à chaque fois à la charge, plus fan que jamais, et décidément infatigable. On a supprimé mon compte youtube deux fois, je vous assure qu’on en a les jambes coupées et qu’il est dur de revenir à la charge, et de tout refaire de nouveau … sous un autre nom, évidemment. Le Dylan lover qui voudrait voir (et surtout écouter) ce joli petit film doit aller sur youtube, taper le nouveau nom de mon ami anglais, blackjackdylan, aller sur son compte, identifier la chanson : la seule mention est 2002, mais j’ai mis un commentaire enthousiaste qui identifie Sugar Baby, on s’y retrouve facilement. Il reste à espérer qu’au moment où vous lirez ces lignes, le compte de blackjackdylan n’aura pas été purement et simplement liquidé encore une fois. C’est tout le bien que je vous souhaite.
PS. pour aller plus vite et trouver Sugar Baby , faire juste
http://www.youtube.com/watch?v=Mni729Y-0uk
(à paraître dans ROLLING STONE)
jeudi 9 décembre 2010
"tu vas retirer ça vite fait, ou je te fous mon poing dans la gueule"
c’est richard qui m’avait dit ça un jour, en 1956 ou 57… on n’était pas fâchés, mais à une fraction de seconde près, je le recevais en pleine poire, son poing furieux … que s’était-il passé pour que mon meilleur ami, d’habitude doux comme un agneau (avec moi, en tout cas) s’énerve à ce point, et soit à deux doigts de me démolir le portrait … j’avais juste, couillon que j’étais, brisé l’un de ses rêves d’enfant/adulte les plus tenaces en lui disant, droit dans les yeux, que quand john wayne parlait, au cinéma, ce n’était pas john wayne … ce n’était pas sa voix … « c’est la voix de qui, alors » ?, avait demandé richard en hurlant … mais, mais … je bafouillais un peu, conscient que j’étais en train de remuer des choses que je ne connaissais pas, plus profondes que je ne pensais … j’ai répondu d’une voix hésitante et assurée à la fois : « mais c’est sa voix française, la voix de celui qui double john wayne en français » …
eldorado (1965), le temps de la croyance ou de la connivence?
eldorado (1965), le temps de la croyance ou de la connivence?
un film de howard hawks (j'ai passé 6 ou 7 jours en arizona, sur le tournage de ce film moyen de howard hawks, devenant presque copain avec robert mitchum, john wayne, james caan... c'était comment? cherchez ailleurs ... ou attendez un autre texte ...
... ... tu vois, petit, tu es trop petit, mioche que tu es, pour avoir connu ça ... les années cinquante ... c’était encore le temps de la croyance… ce que tu voyais à l’écran, c’était la vérité, la vérité vraie … et celui qui voudrait ébranler cette vérité là, ébranlerait en même temps tes rêves les plus secrets, les plus tenaces … tout ça est fini, bien fini, on est dans le temps de la connaissance, de la connivence, du cynisme généralisé … est-ce que je regrette ce temps-là ? oui, évidemment … c’était le temps des rêves et des vaies peurs dans le noir, le vrai noir de l’enfance
bobby troup's their hearts were full of spring makes me cry each time i hear it
bobby troup/original version (first recording of the song was 1957)
four freshmen/first choral version, 1960/beach boys/second choral version (1965)
i was there when dylan recorded highway 61 revisited, at least half of it
was i that close when he recorded highway 61 revisited in 1965? i have doubts at times... he was so calm and furious at the same time ("il était tellement maigre, disait bernard gidel, il me faisait pitié") ... tout ça s'est passé comme un rêve ...
i had met him in newport a few days ago, we talked a little, he sang like that ...
maggie's farm/newport 1965
mercredi 8 décembre 2010
1959: beau et con à la fois
à seize ans, en 1959, j'étais aussi con qu'un autre sur le cinéma ... j'aimais encore presley, assez pour le courser comme un fan transi dans les rues de paris, mais je devais en même temps m'étourdir, j'en suis sûr, des couplets prétentieux de jacques brel ("beau et con à la fois") et si je me souviens bien, les notes que je donnais aux films que je voyais étaient d'une connerie somme toute courante: les meilleures allaient à deux artistes prétentieux du cinéma d'art et d'essai naissant, fellini et bergman, pour lesquels j'aurais du dédain lucide deux ans plus tard, le temps d'être moins con, disons, et d'aller voir du côté des vf pourries de ménilmontant de meilleures choses pour mon âge, des films d'aventures et des westerns signés de noms encore inconnus pour moi (plus pour longtemps ...), des noms de code comme hawks, hitchcock, ludwig, heisler, edgar g.ulmer ...
the amazing transparent man (edgar g.ulmer, 1960)
... tout comme je m'enfilerais par dizaines, à belleville ou à bruxelles, des dwan de série b., des walsh, des gordon douglas, ou des don siegel ... disons que cinéma, le vrai, m'a abruti très vite face à vraie vie (que je fuyais comme la peste) mais qu'il m'a déniaisé face au cinéma, au vrai cinéma, pour longtemps ....
1958/a prayer for zelig
you don't know what love is/lady in satin (i was fifteen, could have seen billie holiday sing, but i was stupid enough to miss this ultimate magic/don ellis arranges/and conducts the thousand violins she'd been dreaming of for years)
farewell angelina, 1968
mon père aimait aussi la voix de nana mouskouri mais il ne savait pas (et moi encore moins) qu'elle chantait si bien dylan, sur les paroles fades du vieux delanoë ... elle le chantait mieux en tout cas que ce crétin d'hugues aufray .....
highway 65 revisited
tout ça a commencé par un petit texte jeté sur mon blog un jour de pluie, un texte- flashback, un de plus, où je racontais par petites touches comment j’avais appris en un seul été, l'été 1965, ce qu’était la musique, la vraie, pas celles des faux bluesmen noirs et des jazzeux de toutes les couleurs qui ne jouaient que pour eux … cet été là, celui où j'ai suivi l'enregistrement de highway 61 revisited de bob dylan, l'un de ses plus beaux disques, a été mon highway 65 à moi, celui de tous les éblouissements : dylan réinventant à lui seul (et pour toujours) le format/chanson ; le free jazz d’albert ayler ridiculisant son public par son invraisemblable liberté ; sans oublier le jeune jimi hendrix, le jeune miles davis … … le cinéma, je savais ce que c’était depuis au moins deux ans ...
du coup, pfffttt, j'ai remonté le temps ... on est en juillet 1963, je me balade dans un décor de western en carton pâte, sur le grand plateau de la warner ... qui est cet homme élégant, dont un bout coton barre l'oeil, sans le légendaire bandeau noir de pirate qu'on lui connaît? ... raoul walsh, que j'ai la chance invraisemblable de voir tourner son dernier film, a distant trumpet ...
a distant trumpet (raoul walsh, 1963/musique max steiner)
... .... je lui parle longuement, il me répond encore plus longuement, gentiment, timidement, lui qui n’avait jamais parlé à un journaliste de toute sa vie ... quelques jours plus tard, c'est avec un autre borgne célèbre, fritz lang, que je passe la journée dans la villa de son ami gene fowler jr, monteur de plusieurs de ses films ... deux ou trois jours passent, et je me retrouve sur les hauteurs de hollywood, écoutant bouche bée allan dwan me raconter la naissance du cinéma telle qu’elle n’avais jamais été écrite ... j'ai discuté aussi cet été là avec jean renoir, jacques tourneur, samuel fuller ... disons que celà m’a ouvert les portes d’un art d’usine inexploré … ….
... .... d’un ou deux petits textes rageur sur l’été 1965, je suis passé –la pluie ne s’arrêtait pas, ma plume non plus- à d’autres expériences de plus en plus anciennes, de plus en plus personnelles (1962, 1959, 1957 ...), écrites à toute vitesse pour mon blog, c'est-à-dire -ne le prenez pas mal, c’est comme ça- pour personne … où cela me mènera-t-il, je n’en sais rien … c’est ce qu’on appelle de manière assez prétentieuse un « work in progress » … il paraît qu’on n’arrête pas le progrès … voyons voir ...
et si tout ça avait commencé à gürs?
.. ... un camp de concentration français où je suis né tant bien que mal en mars 1943? quand j'ai eu le mauvais goût d'évoquer ça un dimanche matin en comité de rédaction, à quelques jours de mon départ, toute la direction de libération s'est foutue de ma gueule comme un seul homme ... j'ai des preuves de ça ...c 'est dans skorecki déménage ...
morocco, 1969/1970
i lived in morocco a whole year, between 1969 and 1979, mainly in marrakech ... he played every night on djma el fna, as soon as he thought there was enough money, he played, he sang ... no other gnawa ever played or sang like that ... years later i tried to find his wherabouts, learned he'd died, met his son who had promised his father, just before he died, never to play gimbri ... to the old man, playing and begging in the street were the same thing, and he wanted his son not to live as he had lived ... guess he could not prevent destiny from dancing in the street (rare recording, made five or six years after i'd left, around 1975/76)
these days, i'm blogging along with dylan (simple twist of fate, 2010)
at 70, the old man is still able to make and old song completely new
2000: dylan is singing better than ever/this is the year i decide never to finish le juif de lascaux
frankie lee and judas priest/maybe the best live version ever (england, 2000)
dimanche 5 décembre 2010
mes années rebelles (1)/jimmy
….elles sont loin les splendides errances de ma jeunesse d’idiot professionnel : quatre ans pour passer le bac (il y en avait deux à l’époque … ce qui n’était pas une raison pour devenir du jour au lendemain un crétin patenté) … entre quinze et dix-huit ans, je préférais glander avec richard ou jimmy, mes copains de la BRJL (bande rebelle de julien lacroix), plus rapides que moi à l'art de piquer leur sac aux bourgeoises péroxydées, … … jimmy, c’était un titi parisien, un voyou de la plus belle espèce qui se comparait volontiers au jeune belmondo (lui aussi avait fait de la boxe), mais pour parler vrai, jimmy avait autant de quasimodo que du héros gracieux et insouciant d’à bout de souffle … son année la plus flamboyante, à jimmy, si je me rappelle bien, c'était 1957 ... j'avais à peine quatorze ans, il devait en avoir dix-huit, visage déjà marqué ... le visage d'un blues de louisiane, miaulé férocement par le fondateur de la swamp music, lightnin' slim
1957/love me mama/i'm a rolling stone/lightnin' slim(two sides of excello single)
... il était tout petit, jimmy … je pense que c'était un vrai kabyle, mais, petit ou pas, il avait de ces coups de tête à vous éclater les arcades sourcilières (et plus si affinités) … jimmy a disparu, aux dernières nouvelles on l’avait renvoyé en algérie alors qu’il n’y avait aucune attache et ne parlait même pas la langue … faudrait que je me mette à sa recherche un jour ... mais la seule adresse que je lui connaissais, le bar de son frère dans un petit passage pavé entre ménilmontant et couronnes, a l'air d'avoir été détruit ... se mettre à sa recherche, tant d'années plus tard, ça ressemblerait à quoi?
mes années rebelles (2)/richard
... richard , c’est une autre histoire .... je la raconterais peut-être un jour cette histoire, celle du premier blouson noir de la france gaulliste, mon meilleur ami (avec son éternel rival, michel klein) depuis qu’on avait cinq ans … il était resté gamin dans sa tête, frimait avec une bande de tarés nettement plus petits, vivait des rapports contrariés et compliqués avec sa mère, une salope de première, capable de le laisser dormir toute la nuit sur le paillasson, quand il avait treize ou quatorze ans ... une mère qui par pure bêtise et inconscience l’enfonça à son procès en prétendant, l’idiote, qu’elle avait tout fait pour lui, et ne comprenait pas comment il avait pu tuer un brave homme, un juif, par une après midi ensoleillée sur les grands boulevards … je comprenais, moi, mais personne ne m’a posé la moindre question …richard voulait juste draguer son épouse grassouillette, aux charmes provocateurs, et le mari sépharade aux épaules de catcheur était allé s’empaler, le con, sur l’opinel frimeur de richard … maître floriot, l’un des ténors de l’époque, représentait la veuve juive … richard prit 15 ans, fit la une des journaux .... comme je le disais, j’en parlerais peut-être un jour ...
gaby/alain bashung("remets moi johnny kid ...")
… quand je ne zonais pas, opinel en poche, avec richard, jimmy, et une dizaine de blousons noirs de la BRJL, j’étais occupé à mal travailler au lycée en face de chez moi, boulevard de ménilmontant, ou à continuer comme un taré obsessionnel ma collection de buvards …. et surtout à poursuivre en amateur ma très personnelle chasse aux autographes …. …
a few things i know about autograph hunting in the early sixties
"des jeunes attendaient charlie chaplin pour le photographier" (paris, 1956)
ce titre glorieux de l’huma, c’était en vérité un sous-titre qui nous désignait, michel klein et moi (et trois ou quatre autres quidams), les yeux écarquillés, en train d’attendre l’apparition (au sens religieux) de ce vieux charlot que nous vénérions à quatorze ans au moins autant que le faisait -pour services rendus au parti- l’ensemble des militants d’extrême gauche français. …
ce titre glorieux de l’huma, c’était en vérité un sous-titre qui nous désignait, michel klein et moi (et trois ou quatre autres quidams), les yeux écarquillés, en train d’attendre l’apparition (au sens religieux) de ce vieux charlot que nous vénérions à quatorze ans au moins autant que le faisait -pour services rendus au parti- l’ensemble des militants d’extrême gauche français. …
… au dessus de cette légende, il y avait la photo, je l’ai perdue depuis longtemps, où deux jeunes lycéens transis de froid signifiaient par leur regard-caméra, un regard fixe et intemporel, qu’ils attendraient le temps qu’il faudrait pour avoir un autographe … … l’autographe, je l’ai toujours, collé dans l’un des deux ou trois cahiers d’école prévus à cet effet, où je scotchais maladroitement les signatures des « vedettes » que j’avais réussi à coincer à l’une des entrées des artistes que je fréquentais après les cours (surtout l’alhambra maurice chevalier, près de l'avenue de la république), ou devant l’un des palaces parisiens qu’ils fréquentaient : le raphaël, le prince de galles, le george V ….
contrairement à ce qu’on voit depuis vingt ans, l’activité de chasseur d’autographes était strictement limitée à un club d’une dizaine de tarés comme moi, elle se s’était pas encore démocratisée (grâce à la télé) … du coup, je peux dire aujourd’hui que nous formions l’avant-garde, l’aristocratie d’un hobby presque confidentiel, pas encore balisé, mais déjà empreint d’une religiosité bricolée, avec son pendant d’exaltation bien caché dans le cartable … savoir où était descendus romy schneider ou jack palance relevait du parcours initiatique … c’était plus difficile pour otto preminger ou jayne mansfield, et carrément impossible, trois ans plus tard, en 1959, pour elvis presley … mais celui là, il était hors de question que je le rate … il était pour moi …
jeudi 2 décembre 2010
comment travaillait walsh en 1963 ?
... .... la réponse est simple, mais il m’a fallu plus de trente ans pour la formuler, pour oser la formuler : c’est simple, il ne travaillait pas … à vue d’œil (si j’ose dire), il ne faisait rien … personne d’autre que moi ne vous dira ça, personne … pas un seul témoin n’est là pour le dire, pour oser le penser … ces scènes de tournage, ces scènes de walsh au travail, il n’y a que moi qui en ait été témoin … je l'ai vu se tourner les pouces sur le plateau, sans en avoir l'air évidemment ... raoul walsh a osé me dire, droit dans les yeux, qu'il adorait le jeune premier premier fadasse qu'on lui avait imposé, troy donahue ... entendre l'homme qui a découvert john wayne en 1929 vous dire qu'il adore suzanne pleshette et troy donahue, c'est trop fort ...
... ... le seul acteur que raoul walsh aimait vraiment et qui l'intéressait dans distant trumpet, c'était celui qui jouait le peau rouge ... ... il traînait à la cantine avec nous, il avait un nez énorme, entre nous on l'appelait gros nez ... sur imdb, il n'est même pas crédité au générique, c'est trop triste ... .... il est extraordinaire dans le film ... celui là, raoul walsh l'aimait vraiment ...
... ... un an plus tard, en 1964, j’ai vu howard hawks tourner quelques plans de raccord pour red line 2000 et j’ai surtout été pendant presque une semaine, l’observateur attentif, en août 1965, dans un village fantôme d’arizona, un village de cinéma, du tournage d’eldorado (pas le meilleur hawks, mais mitchum et wayne étaient quand même encore très bons -ça ne durera pas- …. et james caan était encore meilleur) … ….H.H. non plus ne travaillait pas … et vous en tirez quoi, skorecki, de ces expériences de tournage américains, de cette terrible et sublime déception de voir hawks et surtout walsh, sur l’un de ses plus beaux films, glander sur leur plateau, tenant au mieux le rôle de régisseur -un synomyme idéal au fond pour réalisateur?
attendez … à tout vouloir savoir trop vite, vous n’y comprendrez rien … s’il m‘a fallu trente ans de réflexion, de retour sur tout ça, de malaxage, de triturage, d’incompréhension, il vous faudra bien quelques secondes de plus … non ?
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" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."