vendredi 25 septembre 2009

melville et moi (remix)
du temps où j'écrivais au jour le jour sur le cinéma, je n'y allais déjà plus, et parler de vieux films en étant le plus loin possible de cet art industriel qui virait de plus en plus à l'industrie ... produisait des effets, des flashs inédits ailleurs, dans la littérature cinéphile ordinaire ... ... c'est la musique, et elle seule, qui me fait vivre depuis plus de vingt ans ... c'est avec l'expérience sensible (et non plus intellectuelle) de la musique que je me permets d'écrire encore de temps en temps sur le cinéma
j'ai toujours aimé melville -et surtout adoré un flic, son dernier film si maniéré qu'il en devient, paradoxe rarissime, déchirant de vérité.... l'émotion vient pour une fois du trop de mise en scène, d'une sorte d'usure en direct qui se transforme en larmes ... ... ... ... tout ça pour dire que j'ai vu l'autre jour le deuxième souffle à la télé et que je suis passé insensiblement -et en direct- de l'admiration à la détestation... .... .... c'est du cinéma filmé au pire sens du mot, surligné, apprêté, artificiel, distancié, mythologisant, référencé cinéma à tous les étages -et en plus en noir et blanc (en 1966, faut le faire)... ... ... jean renoir au moins (pas mon cinéaste préféré) préférait la vie au cinéma, même dans le cinéma il préférait la vie. ... ... ... dans ce sens là, sa leçon de cinéma accidentel a été bien oubliée (même par pialat, qui le singeait artificiellement) .... .... .... .... si hawks avec rio bravo (1958) était le premier postcinéaste, flamboyant d'humour et de vie, melville avec le deuxième souffle, enterre huit ans plus tard le bébé avec l'eau du bain: plus de vie, plus de larmes, plus de rires, juste des effets-cinéma à en crever ... ... on en est là depuis plus de quarante ans, dans un désespérant sur-place dont personne ne semble se soucier.... .... ....
.. et moi, au fait? qu'est ce que je viens faire là-dedans ... disons que j'ai sans le savoir, du moins sans l'avoir prévu, préparé avec cinéphiles 3 (les ruses de frédéric), et skorecki déménage, le retour à un cinéma plus modeste, plus léger, situé le plus loin possible des sentiers battus du cinéma filmé ... un cinéma pochette-surprise, fidèle à l'appellation originelle des "films d'occasion" ("loin du cinéma productions"), qui dit mieux quelle était mon ambition de producteur .... créer autre chose, ailleurs, qui délaisse le cinéma pour les rires et les larmes enfantines de la vie comme elle va ... ... ... .... .... .... à d'autres maintenant de bricoler, le plus loin possible de ce cinéma plus froid que la mort qui squatte les salles, des films rigolos, sans prétention, pour des spectateurs impatients de naître au grand jour ...
... .... parmi mes amis cinéastes (patrice kirchhofer, stavros tornes, jean-claude biette), et mes copains (jean-claude brisseau, joseph morder, pierre léon, laurent achard, pierre brody, vladimir léon, harold manning ...), l'unanimité est loin d'être faite autour de cette question d'un cinéma modeste à venir -un cinéma personnel, disons ... il y a autant d'opinions que d'individus, ce qui n'est pas plus mal après tout ... signe que cette tribu est vivante, hétéroclite, frondeuse .... et qu'elle pondra des oeufs dont naîtront des films, dont naîtront des films, dont naîtront des films .... ....
(a suivre)
les cinéphiles (le retour de jean)/skorecki,cressolle,abdi (1988)

31 commentaires:

Casper a dit…

Et si Melville avait trop tôt et trop longtemps regardé tous ces films muets puis parlants - d'abord sur son pathé baby et ensuite dans tous ces cinémas parisiens de quartier - jusqu'à l'overdose ? Et si l'homme au Stetson était en fait le premier "cinéphile français", ce que n'ont jamais été ni Gance, ni Renoir, ni Bresson (à cette époque bénie - la même que celle de Ford, Walsh, Hawks et cie - où le mot cinéphile n'existait même pas).
On ne vous en voudra pas, Louis, de ce revirement (momentané ?)à propos de Melville (ou en tout cas du "Deuxième souffle"). Après tout, "s'effacer du cinéma, c'est votre programme minimum depuis longtemps", pas vrai ? Etait-ce vraiment celui de Melville ?... A vous lire aujourd'hui, on en doute.

skorecki a dit…

je parlais juste de ce melville là (et du samouraï), comme symptômes d'un trop d'amour et d'un trop grand respect du cinéma -qui gèlent toute création dans ce domaine depuis ... ah ah ah ... longtemps

Anonyme a dit…

http://www.youtube.com/watch?v=KB1-1zuDGJ0

Pierre Léon a dit…

Il y a en plus quelque chose de terrifiant 1) dans le jeu prétavernesque de Paul Meurisse 2) dans la figure de Christine Fabréga, ravagée par l'indifférence de celui qui (ne) la filme (pas). Moi aussi revu par hasard, et brutalement dégoûté.

Joachim a dit…

Ah tiens, hier j'ai vu "Choirboys - Bande de flics" et Aldrich me paraît l'anti-Melville : un monde de mecs, mais qui assume sa bêtise ou disons qui retrouve une morale dans sa propre bêtise(plutôt que les soi-disant "code d'honneur"). Et puis le choix d'un cinéma "commedia dell'arte", décousu et rapiécé, plutôt que d'un cinéma "cinéphile". Du cinéma vivant, qui respire la santé de sa vulgarité, assez irrécupérable, somme toute.

skorecki a dit…

je vois ce que vous voulez dire joachim, même si aldrich n'est pas ma tasse de thé .... mais le dégoût soudain pour ce melville là était davantage pour moi, dans le rappel brutal d'une évidence: le cinéma n'a pas toujours été cet art distingué, radicalement creux, cet épate-bourgeois dont le seul sujet est lui-même (le cinéma), un "art" que je déteste ... oui, au fond, pour reprendre l'adorable casper (qui a le bon goût d'aimer à la fois jean richard et pierre pinchik), c'est sans doute la naissance de la cinéphilie (et de l'auteurisme) qui ont précipité la catastrophe: trop de respect, trop d'amour (et pas seulement trop de citations) pour l'objet de son amour (le "cinéma") ont fait cet art distingué, fait de bons ET de mauvais films), à des années lumière du cinéma populaire -ne jamais oublier que les bourgeois et les intellos méprisaient le cinéma, et qu'ils n'ont commencé à y aller qu'au moment où il était dégoupillé, il y a plus de 40 ans .... eh oui, j'ai découvert -et aimé passionnément- le cinéma en 1960, au moment où il était déjà -eh oui- quasiment moribond... c'est ça le paradoxe, et le fait que c'est le mien, de paradoxe (question de génération, je n'y peux rien) ne change rien à l'affaire: tout s'est écroulé (énergie, talent, génie, art/industrie, ou art industriel) entre 1958 et 1966, juste au moment où je découvrais qu'entre 1929 et 1959, pour ne prendre quez le parlant, des milliers de chefs d'oeuvre inconnus avaient vu le jour, sans que qui que ce soit ne s'en rende compte, ni ne les nomme, ni encore moins ne nomme leurs "auteurs".

Pierre Léon a dit…

Je suis d'accord en grande partie avec toi, Louis (tu le sais, du reste), sauf que mon esprit maladivement dialectique ne parvient pas à accepter la radicalité absolue de la position. Disons que j'y vois une sorte de déterminisme. Je crois qu'il est tout à fait possible, et même probable, que nous ne soyons pas dans l'après-cinéma, pas plus que nous sommes dans l'après-histoire. Il est tout à fait possible, et même probable, que la cinéphile a creusé sa propre tombe en se proclamant maladie (ou religion, c'est pareil) officielle. Je crois qu'il est tout à fait probable, et même possible, que, aujourd'hui, les seuls cinéastes indépendants, soient les cinéastes indépendants… du cinéma.

skorecki a dit…

plutôt que de dire comme toi que "les seuls cinéastes indépendants soient les cinéastes indépendants… du cinéma", j'irais jusqu'à affirmer, radical que je suis, que plus tu es loin du cinéma, plus tu te laisses de possibilités d'en faire: je viens de voir le joli film de ricardo munoz (sans howard) qui n'est beau que parce qu'il tourne le dos au cinéma, et lorgne plutôt -ouvertement- du côté des dialogues bêtement domestiques, bêtement poétiques de ... jane bowles ... l'auteur de "deux dames sérieuses" me comprendra, j'en suis sûr ...

Matthieu a dit…

Je ne comprends pas comment on peut être aussi insultant envers d'autres cinéastes en étant soi même impliqué dans le milieu. Là, je parle d'humilité surtout.

skorecki a dit…

l'humilité ... mon cul ....j'ai l'orgueil de penser sur le cinéma, quand et où ça me plaît (même si c'est de moins en moins) ... je l'ai toujours fait, avec quelques éclairs de lucidité de temps en temps ... et là, mon petit doigt me dit que tu manges et chies du cinéma 24 h sur 24 ... sors au soleil, ou écoute pinchik, petit con ...

Matthieu a dit…

Bien, les griffounettes sont sorties. Parfait, c'est plus simple pour moi.
Sur tes suppositions, cela t'appartient. Donc, je vous les laisse, et toi et ton petit doigt.
Effectivement, tu es libre de penser et d'écrire ce que tu souhaites sur le cinéma, cela va de soi. Mais cette espèce de nostalgie digne d'un Francis Cabrel mal inspiré et ce refus de l'évolution d'un médium, est ce vraiment utile ? Est ce que ça apporte quoi que ce soit ? Mis à part soulager tes aigreurs ?
Sans rentrer dans une leçon de morale (pas le genre de la maison), est ce que vomir sur les autres, comme tu as l'air de le faire si souvent, fait avancer les choses ? Est ce que ça te donne plus de talent ? Parce qu'en regardant l'extrait de ton film, je n'en vois pas une goutte. Il y a probablement plus de talent dans une image de Melville que dans tout ce que tu pourras jamais faire.
Alors oui, humilité. Apprends à te servir de ta quéquette avant d'en vouloir aux autres d'en avoir une plus grosse. Dans le doute, ça pourrait te servir.

(t'as vu, sans insulte, c'est possible)

skorecki a dit…

1. le cinéma ne m'intéresse pas, je n'y vais jamais
2. même les vieux films, même melville (que je respecte), vous devriez apprendre à lire dans les lignes, entre les lignes, et dans tout ce que j'ai pu écrire avant (notemment sur son plus beau film, un flic)
3. contrairement à ce que vous pensez, je n'appartiens, ni de près, ni de loin, au monde du cinéma
PS. il serait plus élégant de cesser d'écrire dans mon blog, ça me fatigue de vous lire ... ne m'obligez pas à vous en interdire l'accès

Matthieu a dit…

Avec plaisir. Merci j'ai eu toutes mes réponses.

pierrino 27 a dit…

Content de ce remix Louis car je pensais à "Un flic" justement. Je suis retombé dessus par hasard à la télé et, impossible de zapper. Je l'ai revu en entier depuis et je suis d'accord avec vous à 200%.
C'est un film incroyable et vraiment à part dans le cinéma français. Dès les premières images, tempête, voiture américaine, impers et chapeaux, attaque de banque dans une station balnéaire désertée, on est happé.

Je crois bien que ce que j'aime le plus dans "Le samouraï", si je suis franc, c'est la musique de François de Roubaix.

skorecki a dit…

1) j'ai toujours détesté le samouraï (et ses épigones japonais ou américains)
2) l'usure pastel d'un flic m'a toujours ébloui

skorecki a dit…

1) j'ai toujours détesté le samouraï (et ses épigones japonais ou américains)
2) l'usure pastel d'un flic m'a toujours ébloui

Anna a dit…

Je ne crois pas avoir vu un Melville dans ma vie. Il faut dire que je fuis ce cinéaste depuis que je sais que c'est le réservoir à clichés de certains des cinéastes qui me consternent le plus : John Woo (débile et vain), Tarantino (tout aussi débile et vain même si je sauve quand même Jacky Brown dans sa filmographie, à cause de Pam Grier)t je pourrais en citer d'autres. Bref, Melvile, ça ne m'a jamais fait envie, d'autant plus qu'il a souvent employé Delon (bêêêêêêê). Je prends note de ce que vous dites, Louis, ainsi que des commentaires de vos lecteurs, et je me pencherai sur "Un Flic" quand il repassera à la télé.

Au fait, dans un autre registre, suivez-vous Mad Men, la nouvelle série du créateur des Sopranos ? C'est du genre poseur, comme série, à mon sens, mais pas désagréable à regarder.

skorecki a dit…

allez y, au flic, oui .... sinon, mad men, non, jamais vu, mais j'aime vraiment très peu les séries "à angle" (soprano, six feet under, oz, prison break ....), je prèfère boston justice, mi 5, esprits criminels, ou même des niaiseries comme NCIS, bones,karen cisco ...) ... de toute façon, les séries, c'est fini, c'est juste du divertissement programmé pour ne pas trop penser à la vraie vie ...

Anna a dit…

Je nai jamais vu les Sopranos. Je l'avais cité en référence pour vous parce qu'il me semblait que vous connaissiez et appréciez cette série. Je viens de me rendre compte que je me suis complètement mélangé les pinceaux et que j'ai confondu avec NYPD Blues. Oups. Pas grand chose à voir en effet. En tout cas, je constate que vous êtes beaucoup plus calé que moi en série (je suis une spectatrice occasionnelle) : je ne connais pas la moitié des titres que vous citez !

skorecki a dit…

regardez ce que vous pouvez, faites-vous une idée, changez d'avis souvent, n'écoutez personne, dialoguez avec vous-même, revoyez les vieilles choses: columbo, moins vieilles choses: monk, encore moins vieilles choses: ally mc beal ... et même buffy contre les vampires ... tout est bon à prendre dans les séries, pourvu qu'on ne les prenne pas TROP au sérieux ....

Philippe L a dit…

Melville m'endort. J'aime bien me réveiller dans un Flic quand Delon saute sur le train...

skorecki a dit…

oui, l'épisode du train est magnifique ... mais melville est un petit bresson, il faut savoir s'ennuyer chez lui, comme chez bresson (le plus grand cinéaste français, quand même) ... ...
à part un flic et cette horreur de 2e souffle, je l'aime d'amour, melville, même dans ses moments/train/james bond qui vous réveillent ....

Philippe L a dit…

C’était pour faire le malin puisque j'aime dormir (au cinéma) pour mieux me réveiller flottant avec les films, d’ailleurs je crois que mes plus « grands souvenirs de cinéma » sont liés à cet état là... Par exemple, je me souviens du Champignon Des Carpates, j' étais seul dans la salle, je me suis presque endormi et dans mon demi-sommeil j'ai VRAIMENT vu le film. Idem pour Cat People, pour certain Borzage cotonneux... l'impression d’être avec (et dans) le film, une fusion par les songes...

skorecki a dit…

vous vous rattrapez joliment, philippe, un vrai chat: i've always loved cat people ....

Pierre Léon a dit…

les Carpathes c'est loin de Manhattan !

skorecki a dit…

loin de manhattan (un titre de l'ami skorecki, soit dit en passant) mais près du coeur ... stavros tornes aussi est un exemple pour moi, un ami vivant ...

Pierre Léon a dit…

je le sais bien, que c'est de toi, le titre, pourquoi crois-tu que ?
Tornes, quand il bouffe son riz froid dans la cuisine, j'ai rarement vu quelque chose d'aussi poignant. Dans quel film ? Le premier, je crois.

skorecki a dit…

1. c'était pour la ramener, ego et tout, que je le disais ... pour d'autres, plus jeunes, aussi
2. tornes, je sais plus ... peutêtre son premier film grec ... je me rappelle surtout du premier film de lui que j'ai vu, coatti ... jamais pasolini ne m'a ému comme ça
3. tu savais qu'il avait dédié un de ses films grecs, parmi les derniers, à l'escalier de la haine ... il y a comme dans l'escalier un personnage masqué, sautillant, ricanant.... et c'est dans ce film là aussi, je crois, qu'il a pris un ado italo_suédois très beau (ou suédois tout court) à qui j'avais donné le premier rôle d'une histoire sentimentale, une vidéo longue durée tournée à salso maggiore, dont j'ai un peu honte aujourd'hui, trop lent, trop culcul, et que je ne montre plus jamais ...

skorecki a dit…

dis-moi vraiment, pierre (toi je te crois) si ces nouveaux textes ne sont pas trop persos, ou trop prétentieux ... please tell me ... écrasé de soleil, ici, je ne sais plus bien ...

Pierre Léon a dit…

C'était Coatti, c'est sûr — je ne sais pas pourquoi j'ai un souvenir en noir et blanc, alors c'est en couleur. Bref. Je ne fais pas la différence entre perso et pas perso, je pense que le goût est une donnée objective, la seule objective possible. Chez toi ça ressemble à Gertrude Stein, avec cette façon de rouleau, de Torah (prendre la Torah par les cornes). Prétentieux, ils le sont, tes textes, heureusement qu'ils prétendent à autre chose qu'à de minables et modestes considérations. Je ne suis pas bien placé pour dire quoi que ce soit, d'ailleurs — d'ailleurs. Sauf que — plus tu es loin du cinéma, plus tu t'en rapproches, finalement. Tornes devait savoir ça, il a tissé les liens, il a montré des endroits où personne ne va jamais pour qu'on ne se perde pas et des gens qu'on ne voit jamais pour que ça ne se perde pas nulle part, pour qu'on pense toujours à eux, où qu'on aille.
Je me souviens de la dédicace, je m'en souviens bien, je l'avais presque prise pour moi, prétentieux immodeste que je suis. Tu le dis bien — on fait les choses dans les coins, sans s'occuper du reste, et il en sortira peut-être quelque chose. Ou pas. Le problème est inchangé — les gens ne pensent qu'à faire des chefs-d'œuvre. Là je vais tourner un portrait de Biette pour Cinécinéma, produit par Vladimir, et je me fiche de savoir si ça sera bien, j'aimerais juste que ça nous ressemble un peu.

skorecki a dit…

ton beau texte tirerait des larmes à un mort -stavros ou biette, disons .... moi aussi j'ai vu coatti en noir et blanc, on est deux, je t'embrasse ... très fort


" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."