mardi 14 décembre 2010

j'ai vu bécaud juste avant sa mort

je devrais dire monsieur bécaud ... à l'olympia, il avait été royal, et sur sa péniche, en juillet 2001, il m'avait reçu comme un prince ... il était assis en lotus à même le sol, un whisky et une cigarette à la main ... ses yeux faisaient des bonds de pierrot ... au bout de vingt minutes de conversation, il m'a demandé: "c'est quoi votre petit nom?" j'ai répondu "louis", et je crois que j'ai rougi ...
sand and sea (hollywood, novembre 1966)

... quand je disais qu'il m'avait reçu comme un prince, je voulais dire que c'était lui qui était un prince ... j'ai eu un sentiment rare d'intimité, de chaleur, de distance, un sentiment étrange que je n'ai éprouvé qu'en face des plus grands: elvis presley, john wayne, robert mitchum, jacques tourneur, raoul walsh, allan dwan ... le sentiment que c'était de grands personnages d'une modestie excessive, et d'une chaleur exceptionnelle ... quand bécaud est mort, à peine quelques mois plus tard, j'ai eu le sentiment de perdre un ami

i remember blake edwards' peter gunn


peter gunn (blake edwards, tv series, 1958) ... i'll never never forget how much it influenced cassavettes' johnny staccato (that started production more than a year later, in 1959) ... blake edwards also produced another black and white tv series, mr lucky ... both programs featured henry mancini's sophisticated musical variations ... four years before that, in 1955, young blake edwards worked on his best friend's richard quine's script, for the great musical, my sister eileen
i'll never forget richard quine, who comitted suicide more than twenty years ago ...
PS. j'ai vu blake edwards tourner à hollywood (c'était un mauvais film, the great race), je suis même certain de l'avoir interviewé ... je ne me souviens de rien .... il était léger et petillant comme le champagne: aussitôt bu, aussitôt envolé ....

i'm thinking about robert frank ...

... i last saw him in paris three or four years ago with my friend brigitte ollier ... he was very sick ... didn't look like he would live much longer ... we hugged him, like americans do, to try and give him energy, at least a little bit of it ...
here's what elliott errwitt says of robert frank:
"quality doesn't mean deep blacks and whatever tonal range ... that's not quality, that's a kind of quality ... the pictures of robert frank might strike someone as being sloppy - the tone range isn't right and things like that - but they're far superior to the pictures of ansel adams with regard to quality, because the quality of ansel Aaams, if i may say so, is essentially the quality of a postcard ... but the quality of robert frank is a quality that has something to do with what he's doing, what his mind is ... it's not balancing out the sky to the sand and so forth ... .... it's got to do with intention."
just wonder how he's doing these days ... i still don't care much about photography these days ... but robert is an artist, a filmmaker, much more than he is a photograph ... i love you brigitte, i love you robert ...

o.v. wright/more soulful than al green?


a little more time/o.v wright, nearly forty years old, no more teeth, approaching death ...a story of love, music, and respect ... for don van vliet, maybe ...

bobby troup/their hearts were full of spring (1958)

their hearts were full of spring/original version of this great bobby troup composition/los angeles, august 1958 (films d'occasion)

it happened once before (with wife julie london)/my funny valentine/misty

hey man, dig this early, rough and pretty violin blues


elder green/charley patton & henry sims (septembre, 1930)/also check son simms four (henry sims & young muddy waters, stovall's plantation, clarksdale, mississippi, 1941/42, )

lundi 13 décembre 2010

what did i think when i was 16?

i thought about girls, that's about all ... had drawings of elvis i made myself, pasted on my wall ... loved the everly brothers above all ... around 1972 (i was 28 or 29), some kind of frightening suicidal junkie i had the stupid idea to invite to stay home (i was living with my musician friend patricio villarroel at the time, we ate rice and vegetable one of his girl friends cooked for us) robbed me of everything i had, and what was most important for me at the time were my records ... he stole each and everyone of them, only left the everly brothers cadence 45's cause they had no cover ...only records from that time period i still have ... my father used to like gilbert bécaud a lot, if i remember well ... not me ... in fact, i just tolerated him at the time (along with montand) but deep within, i hated anything that was sung in french ... in fact i had to wait until bashung and rita mitsouko came along, years later, to buy my very first records speaking french ...

je t'appartiens/let it be me/gilbert bécaud (1973)/everly brothers (1964)

i hardly listened to any music for a year after that creep stole my record collection ...i started buying some back (same ones) after a year and a half ... only thing that soothes me, is the idea he would have ALSO stolen the precious signed presley vinyls i had swapped for two or three early ray charles, bd de strasbourg, not far from république, where i would work later for nearly thirty years (first half wasin fact around the sacré coeur/château rouge) in the offices of libération between 1980 and 2007 ...

vendredi 10 décembre 2010

les ciseaux/ les oiseaux


les oiseaux (1963)

dylan, emmett miller et moi (2002)

sugar baby (stockolm, 2002)/best version ever, sweet and rough at the same time ... ... ....

i was 59, dylan was approching 62.. ... he was capable of singing this very sweet emmett miller influenced song even better than on "love and theft" ... as for me, i had decided to abandon my most ambitious film project, le juif de lascaux a long time ago .... had i definitly lost all desire for film making ... .... or was it just old age (like walter brennan used to mumble in rio bravo)
.. ... ... ...

HELLO DYLAN LOVERS
Ne pas oublier que 2000 est la meilleure année de Dylan, celle où il réapprend de A à Z le plaisir de chanter. Un an plus tard, en 2001, il sort son disque le plus important de ces vingt dernières années, "Love and Theft", le seul de tous ses disques à avoir un titre entre guillemets, parce qu'il est entièrement sous influence Emmett Miller/black minstrels. Love and Theft est en effet le titre d'un livre savant, une étude universitaire sur le phénomène des blackface dans la musique populaire du 19ème siècle, publié un an avant le "Love and Theft" de Dylan.
Ne pas oublier non plus que "Love and Theft" est un disque à la fois vieillot et révolutionnaire, mélancolique et inattendu, qui se terminait, rappelez-vous, par un petit chef d'oeuvre d'intimité fragile et de mélodies brisées, Sugar Baby, l’une des compositions les plus étranges et les plus inattendues du vieux Dylan. Pour aller vite, on pourrait dire que cette chanson suave est un pastiche des vieux airs nostalgiques de Leon Redbone, l’homme dont toute l’œuvre est placée sous le signe d’une dévotion absolue à Emmett Miller (l’intégrale, plutôt maigre, d’Emmett Miller, se trouve sur un seul cd, The Minstrel Man From Georgia, publié dans la collection prestigieuse Roots N’Blues, de Columbia/Legacy).
Pourquoi je vous raconte tout ça aujourd’hui ? Je viens de recevoir la plus belle version live que j’ai jamais entendue de Sugar Baby, la plus douce et la plus rugueuse à la fois, plus lente que l’originale, pourtant si nuancée et délicate. Cette version live a été enregistrée en 2002, à peine quelques mois après la sortie de "Love and Theft" à une époque où Dylan commençait à chanter sérieusement mal, à psalmodier et à massacrer ses propres mélodies avec rage.
Le type qui m’a envoyé cette belle vidéo est un Anglais d’une cinquantaine d’années, avec lequel j’avais pourtant commencé par m’engueuler sec sur le web à propos de Dylan (il ne supportait pas qu’on critique quoi que ce soit venant de Bob, comme la plupart de ses groupies), avant qu’on ne devienne presque des amis via youtube. La politique répressive de Sony étant ce qu’elle est, youtube lui a déjà supprimé son compte six ou sept fois. Il revient à chaque fois à la charge, plus fan que jamais, et décidément infatigable. On a supprimé mon compte youtube deux fois, je vous assure qu’on en a les jambes coupées et qu’il est dur de revenir à la charge, et de tout refaire de nouveau … sous un autre nom, évidemment. Le Dylan lover qui voudrait voir (et surtout écouter) ce joli petit film doit aller sur youtube, taper le nouveau nom de mon ami anglais, blackjackdylan, aller sur son compte, identifier la chanson : la seule mention est 2002, mais j’ai mis un commentaire enthousiaste qui identifie Sugar Baby, on s’y retrouve facilement. Il reste à espérer qu’au moment où vous lirez ces lignes, le compte de blackjackdylan n’aura pas été purement et simplement liquidé encore une fois. C’est tout le bien que je vous souhaite.
PS. pour aller plus vite et trouver Sugar Baby , faire juste
http://www.youtube.com/watch?v=Mni729Y-0uk
(à paraître dans ROLLING STONE)

jeudi 9 décembre 2010

"tu vas retirer ça vite fait, ou je te fous mon poing dans la gueule"

c’est richard qui m’avait dit ça un jour, en 1956 ou 57… on n’était pas fâchés, mais à une fraction de seconde près, je le recevais en pleine poire, son poing furieux … que s’était-il passé pour que mon meilleur ami, d’habitude doux comme un agneau (avec moi, en tout cas) s’énerve à ce point, et soit à deux doigts de me démolir le portrait … j’avais juste, couillon que j’étais, brisé l’un de ses rêves d’enfant/adulte les plus tenaces en lui disant, droit dans les yeux, que quand john wayne parlait, au cinéma, ce n’était pas john wayne … ce n’était pas sa voix … « c’est la voix de qui, alors » ?, avait demandé richard en hurlant … mais, mais … je bafouillais un peu, conscient que j’étais en train de remuer des choses que je ne connaissais pas, plus profondes que je ne pensais … j’ai répondu d’une voix hésitante et assurée à la fois : « mais c’est sa voix française, la voix de celui qui double john wayne en français » …

eldorado (1965), le temps de la croyance ou de la connivence?
un film de howard hawks (j'ai passé 6 ou 7 jours en arizona, sur le tournage de ce film moyen de howard hawks, devenant presque copain avec robert mitchum, john wayne, james caan... c'était comment? cherchez ailleurs ... ou attendez un autre texte ...

... ... tu vois, petit, tu es trop petit, mioche que tu es, pour avoir connu ça ... les années cinquante ... c’était encore le temps de la croyance… ce que tu voyais à l’écran, c’était la vérité, la vérité vraie … et celui qui voudrait ébranler cette vérité là, ébranlerait en même temps tes rêves les plus secrets, les plus tenaces … tout ça est fini, bien fini, on est dans le temps de la connaissance, de la connivence, du cynisme généralisé … est-ce que je regrette ce temps-là ? oui, évidemment … c’était le temps des rêves et des vaies peurs dans le noir, le vrai noir de l’enfance

bobby troup's their hearts were full of spring makes me cry each time i hear it


bobby troup/original version (first recording of the song was 1957)

four freshmen/first choral version, 1960/beach boys/second choral version (1965)

i was there when dylan recorded highway 61 revisited, at least half of it

was i that close when he recorded highway 61 revisited in 1965? i have doubts at times... he was so calm and furious at the same time ("il était tellement maigre, disait bernard gidel, il me faisait pitié") ... tout ça s'est passé comme un rêve ...
i had met him in newport a few days ago, we talked a little, he sang like that ...
maggie's farm/newport 1965

mercredi 8 décembre 2010

1959: beau et con à la fois

à seize ans, en 1959, j'étais aussi con qu'un autre sur le cinéma ... j'aimais encore presley, assez pour le courser comme un fan transi dans les rues de paris, mais je devais en même temps m'étourdir, j'en suis sûr, des couplets prétentieux de jacques brel ("beau et con à la fois") et si je me souviens bien, les notes que je donnais aux films que je voyais étaient d'une connerie somme toute courante: les meilleures allaient à deux artistes prétentieux du cinéma d'art et d'essai naissant, fellini et bergman, pour lesquels j'aurais du dédain lucide deux ans plus tard, le temps d'être moins con, disons, et d'aller voir du côté des vf pourries de ménilmontant de meilleures choses pour mon âge, des films d'aventures et des westerns signés de noms encore inconnus pour moi (plus pour longtemps ...), des noms de code comme hawks, hitchcock, ludwig, heisler, edgar g.ulmer ...
the amazing transparent man (edgar g.ulmer, 1960)
... tout comme je m'enfilerais par dizaines, à belleville ou à bruxelles, des dwan de série b., des walsh, des gordon douglas, ou des don siegel ... disons que cinéma, le vrai, m'a abruti très vite face à vraie vie (que je fuyais comme la peste) mais qu'il m'a déniaisé face au cinéma, au vrai cinéma, pour longtemps ....

1958/a prayer for zelig


you don't know what love is/lady in satin (i was fifteen, could have seen billie holiday sing, but i was stupid enough to miss this ultimate magic/don ellis arranges/and conducts the thousand violins she'd been dreaming of for years)

farewell angelina, 1968


mon père aimait aussi la voix de nana mouskouri mais il ne savait pas (et moi encore moins) qu'elle chantait si bien dylan, sur les paroles fades du vieux delanoë ... elle le chantait mieux en tout cas que ce crétin d'hugues aufray .....

highway 65 revisited

tout ça a commencé par un petit texte jeté sur mon blog un jour de pluie, un texte- flashback, un de plus, où je racontais par petites touches comment j’avais appris en un seul été, l'été 1965, ce qu’était la musique, la vraie, pas celles des faux bluesmen noirs et des jazzeux de toutes les couleurs qui ne jouaient que pour eux … cet été là, celui où j'ai suivi l'enregistrement de highway 61 revisited de bob dylan, l'un de ses plus beaux disques, a été mon highway 65 à moi, celui de tous les éblouissements : dylan réinventant à lui seul (et pour toujours) le format/chanson ; le free jazz d’albert ayler ridiculisant son public par son invraisemblable liberté ; sans oublier le jeune jimi hendrix, le jeune miles davis … … le cinéma, je savais ce que c’était depuis au moins deux ans ...
du coup, pfffttt, j'ai remonté le temps ... on est en juillet 1963, je me balade dans un décor de western en carton pâte, sur le grand plateau de la warner ... qui est cet homme élégant, dont un bout coton barre l'oeil, sans le légendaire bandeau noir de pirate qu'on lui connaît? ... raoul walsh, que j'ai la chance invraisemblable de voir tourner son dernier film, a distant trumpet ...
a distant trumpet (raoul walsh, 1963/musique max steiner)

... .... je lui parle longuement, il me répond encore plus longuement, gentiment, timidement, lui qui n’avait jamais parlé à un journaliste de toute sa vie ... quelques jours plus tard, c'est avec un autre borgne célèbre, fritz lang, que je passe la journée dans la villa de son ami gene fowler jr, monteur de plusieurs de ses films ... deux ou trois jours passent, et je me retrouve sur les hauteurs de hollywood, écoutant bouche bée allan dwan me raconter la naissance du cinéma telle qu’elle n’avais jamais été écrite ... j'ai discuté aussi cet été là avec jean renoir, jacques tourneur, samuel fuller ... disons que celà m’a ouvert les portes d’un art d’usine inexploré … ….
... .... d’un ou deux petits textes rageur sur l’été 1965, je suis passé –la pluie ne s’arrêtait pas, ma plume non plus- à d’autres expériences de plus en plus anciennes, de plus en plus personnelles (1962, 1959, 1957 ...), écrites à toute vitesse pour mon blog, c'est-à-dire -ne le prenez pas mal, c’est comme ça- pour personne … où cela me mènera-t-il, je n’en sais rien … c’est ce qu’on appelle de manière assez prétentieuse un « work in progress » … il paraît qu’on n’arrête pas le progrès … voyons voir ...

et si tout ça avait commencé à gürs?

.. ... un camp de concentration français où je suis né tant bien que mal en mars 1943? quand j'ai eu le mauvais goût d'évoquer ça un dimanche matin en comité de rédaction, à quelques jours de mon départ, toute la direction de libération s'est foutue de ma gueule comme un seul homme ... j'ai des preuves de ça ...c 'est dans skorecki déménage ...

morocco, 1969/1970


i lived in morocco a whole year, between 1969 and 1979, mainly in marrakech ... he played every night on djma el fna, as soon as he thought there was enough money, he played, he sang ... no other gnawa ever played or sang like that ... years later i tried to find his wherabouts, learned he'd died, met his son who had promised his father, just before he died, never to play gimbri ... to the old man, playing and begging in the street were the same thing, and he wanted his son not to live as he had lived ... guess he could not prevent destiny from dancing in the street (rare recording, made five or six years after i'd left, around 1975/76)

these days, i'm blogging along with dylan (simple twist of fate, 2010)



at 70, the old man is still able to make and old song completely new

2000: dylan is singing better than ever/this is the year i decide never to finish le juif de lascaux


frankie lee and judas priest/maybe the best live version ever (england, 2000)

" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."