mercredi 28 avril 2010

c'était comment brive? chaleureux, presque planant .... comme ce très beau texte signé pierre léon


Skorecki déménage est un film primitif, un burlesque plus proche des Lubitsch allemands que des Charlot, mais d’une drôlerie juive aussi extravagante. Un slapstick politique géant, joué avec une ferveur, une énergie, une confiance aveugle dans sa propre vitesse — sa fuite en avant. Il incendie tous les ponts et se jette dans la vraie tragédie, celle des hommes ridicules. Les gags s’accumulent et se bousculent dans une répétition effrayante, des gags sinistres, mélangeant les humiliés avec les offenseurs, les victimes avec les bourreaux, et personne n’y gagne de beau rôle. Pas de rôle du tout, en réalité. Pas de rôle, dans le sens “registre” du mot — ou bien alors dans celui, médiéval, de “rouleau” — c’est la Torah, un récit infini à la Gertrud Stein.
Qu’est-ce que ça veut dire, de perdre sa place dans la communauté ? Comment faire pour que cette communauté ne se débarrasse pas de vous (en appelant les “encombrants”, puisqu'il est question de meubles et d'immeuble dans cette comédie minimale), alors que vous êtes certain qu’en procédant de cette façon elle signe son arrêt de mort ? Le tout agit ici sans métaphore aucune — depuis 1987, le journal Libération (c’est de ça que ça parle, et de Louis Skorecki, qui le quitte en même temps qu'il en est quitté), physiquement installé dans un garage, s’est peu à peu rangé des voitures, il n’a plus aucun soucis à se faire. Il n’a donc plus besoin de son dernier tireur imprévisible. Alors Skorecki s’en va — je veux dire l’acteur Skorecki —, il arrache l'affiche des Cinéphiles (ceux de 1989), fouille les poubelles à la recherche de cartons, va et vient, arpente les couloirs obliques et les gens le regardent comme un Diogène privé de son tonneau. D’ailleurs : encore un peu, et il va trouver un carton assez grand pour se coucher dedans, à la cloche de l'art.

à lire sur le blog de pierre léon http://le-blob.blogspot.com/2010/04/brives-louis-s.html
(photo: sylvain marchou)
http://www.brivemag.fr/?p=31801

8 commentaires:

Françoise a dit…

la photo!, je l'ai piquée!
et hop, pas vu pas pris!
Merci Louis!

Roland Hélié a dit…

Cher Pierre Léon, Cher Louis,

De Diogène, l'historiographie rapporte les propos suivants : « Vous m'avez condamné à l'exil, et moi, je vous ai condamné à rester. »
Tout est dit, avec élégance, distance et ironie. Je n'ai pas vu Skorecki déménage mais je suis bien certain que le film est de cette trempe-là.

frederic a dit…

Le rouge et le noir vous vont formidablement bien, vous savez. Et le texte de Pierre Léon est magnifique.
A bientôt, quelque part, ici, ou autre part.

Casper a dit…

Le rouge et le noir vous vont formidablement bien, vous savez. Et le texte de Pierre Léon est magnifique.
A bientôt, quelque part, ici, ou autre part.

Nathanaelle a dit…

que c'est agréable de lire de belles choses comme ce texte, j'ai lu un article sur toi dans le Monde aussi!
seras tu à paris le 8 mai? Je suis de passage et je passerais bien te dire "bonjour"...
Bises ensoleillées, Nath

skorecki a dit…

non, je rentre le 12 (bisous)

peter a dit…

Frankie, encore une fois:

http://www.youtube.com/watch?v=N-qPHG4i3u8&feature=related

Anonyme a dit…

Took me time to read the whole article, the article is great but the comments bring more brainstorm ideas, thanks.

- Johnson


" invraisemblable ou pas, crois-moi, c'est la vérité -et il n'y en a pas deux ..."